‹ Les idées politiques des GirondinsChapitre 2 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

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Les Girondins ont été pendant le dernier siècle les figures sympathiques de la Révolution et, par une rare fortune, sympathiques à tous les partis. Comme ils furent les premières victimes de la Terreur, les royalistes leur pardonnaient la République à cause de leur mort héroïque et lamentable ; et les écrivains jacobins, se souvenant qu'à l'Assemblée législative ils avaient abattu la royauté, les confondaient en général avec leurs adversaires dans une commune admiration et une commune pitié.

Cette sympathie, si justifiée par l'admirable éloquence de leurs orateurs et la mort courageuse de la plupart d'entre eux, reposait cependant sur une équivoque. Les adversaires de la Convention pardonnaient aux Girondins parce qu'ils voyaient en eux des modérés. Les admirateurs de la Mon-

tagne, dans leur désir de donner pour origine à la lutte implacable qui déchira TAssemblée une différence de principes, s'efforçaient d'opposer leurs opinions aux théories jacobines. Cette équivoque a longtemps duré parce que Ton étudiait surtout l'histoire anecdotique du groupe Girondin ; et même lorsque l'on envisageait la politique des amis de Vergniaud, on se préoccupait peu de leurs principes constitutionnels.

Depuis le livre de Lamartine, ils étaient, pour presque tout le monde, la Révolution poétique et généreuse, à la fois modérée et imprudente, et enfin victime. C'est le privilège du génie de laisser partout où il passe une marque telle qu'elle déforme même le passé et que l'histoire ne vit plus dans l'esprit des hommes que selon les figures imaginées par lui.

Les Girondins ne ressemblent pas absolument à leur légende. Si leurs principes ont été si longtemps méconnus, c'est peut-être parce qu'on a négligé de les étudier dans le monument où ils sont déposés : le projet de Constitution qui porte leur nom. Les historiens cependant étaient avertis de Fimportance qu'ils attachaient à leur tentative constitutionnelle. C'a été longtemps pour eux le salut : au milieu de la lutte terrible qu'ils soutenaient contre la Montagne, alors que la France était menacée au dedans et au dehors par les pires dangers, leur espoir était dans le projet de Constitution, a Nos malheureux amis, écrit Louvet, voyaient à tant de maux un remède unique : le plan de Constitution qu'ils ache-

valent (1) )). M"'® Roland se plaint aussi de la place occupée par les théories politiques dans les soucis de ses amis : « Ces honnêtes gens emploient à rêver le bien public, le temps qu'il faudrait consacrer à l'opérer (2) » . Malgré cela le plan de constitution préparé par le Comité Girondin a été peu étudié. Mignet n'en parle pas ; Thiers et Michelet le signalent à peine ; de Maistre dit sèchement qu'il ne fut pas appliqué et qu'il n'en valait pas la peine ; Proudhon en donne une très rapide analyse; l'idée que s'en font Bûchez et Roux est extrêmement fantaisiste. Louis Blanc y cherche la matérialisation de la doctrine qu'il attribue aux Girondins : Rationalisme et Individualisme, pour l'opposer à la doctrine des Montagnards : Philosophie du sentiment et Fraternité. Quant à Lamartine, il en parle comme s'il ne l'avait pas lu.

Pendant longtemps, ce sont, en somme les historiens royalistes et modérés qui ont étudié le plus consciencieusement l'essai constitutionnel du Comité Girondin. Duvergier de Hauranne en donne une analyse complète et précise (3) ; Mortimer- Ternaux consacre au projet et à la discussion un chapitre impartial ^(4), Mais ces écrivains, particulièrement le dernier, ne mettent pas suffisamment en relief ce que ce plan a de profolidément démocratique . C'est un autre écrivain royaliste qui devait

(1) Méinoires, p. 241.

(2) Lettres à Buzot, éd. d'Auban, p. 49.

(3) Histoire du Gouvernement Parlementaire y tome 1,

(4) Histoire de la Terreicr, tome II.

se charger de ce soin. M. Edmond Biré a justement pensé « que pour connaître les Girondins il était indispensable de connaître leur projet de constitution n . Dans son livre haineux mais consciencieusement documenté (1), il consacre à ce plan un chapitre où il s'efforce de démontrer que les amis de M"'® Roland étaient d'aussi dangereux démocrates que les Montagnards.

Enfln M. Aulard, dont il faut prononcer le nom dès que Ton étudie la Révolution, a indiqué que sur les points rares où il ditîère de la Constitution de Tan II, le projet Girondin est en réalité plus démocratique. Si nous arrivons à des conclusions analogues, nous n'apporterons donc pas une nouveauté et notre étude viendra comme une confirmation de travaux antérieurs.

A ce titre déjà, elle présente quelque utilité ; mais à un autre point de vue, le projet Girondin nous semble mériter un examen détaillé. Les Assemblées révolutionnaires arrivaient à la vie politique avec une double mission : détruire le passé et reconstituer la Société selon un idéal nouveau. Elles confrontèrent cet idéal avec la réalité et tentèrent de Y\ incorporer. Dans cette œuvre difficile, la Constituante était gênée par Tombre encore épaisse que projetait la majesté royale et par tout ce qui restait debout du passé. Elle ne put donc manifester lîdéal entier de la Révolution. Au contraire, la Constitution de Tan II n est guère

{i\ La Lt\}t'nde des Ghxi^ndins.

qu'un programme politique pour Tavenir. , C'est bien ainsi que l'entendait la Convention, puisque après avoir soumis la Constitution à l'approbation des Français, elle en prononça l'ajournement indéfini ; aussi certains rouages essentiels n'y sont-ils même pas prévus : constitution des Assemblées primaires, rapports des administrations locales et de l'Exécutif (1).

Le projet Girondin, dans l'esprit dé ses auteurs, devait immédiatement subir l'épreuve de la pratique. C'est donc là, et là seulement, que nous saisirons sur le vif l'effort des révolutionnaires pour combiner l'idéal et la réalité ; c'est la seule tentative complète, avant les désenchantements qui suivirent la Terreur^ pour organiser effectivement la démocratie.

Avant d'étudier le'projet Girondin, il nous a paru nécessaire d'examiner rapidement la Constitution de 1791, c'était la meilleure façon de préciser les données du problème que la Convention avait à résoudre. Tout le monde alors avait hâte de voir la Constitution achevée, et tout le monde croyait à la

(1) C'est ce que Auguste Comte avait déjà vu très nettement : « Quoique constamment poussée, par sa philosophie métaph)' sique, à des conceptions vagues et absolues, l'Assemblée républicaine, après avoir spontanément accordé à cette inévitable tendance générale les seules satisfactions qu'elle ne pouvait lui refuser, fut bientôt heureusement conduite, par les actives exigences de sa principale mission politique, à écarter sous un respectueux ajournement une vaine constitution pour s'élever enfin à l'admirable conception du gouvernement révolutionnaire proprement dit, directement envisagé comme un régime provisoire parfaitement adapté à la nature éminemment transitoire du milieu social ». (Cours de Philosophie politique, LVIIe leçon.)

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Nous avons abordé l'étude de la Constitution (iirondine par le rapport de Condorcet qui en donne une idée générale. En l'examinant ensuite dans le détail, nous avons suivi, à travers le xix® siècle, la fortune*. d(î quelques-unes des conceptions les plus originales, telhîs que les Grandes Communes, rKI(5ctJon du Pouvoir Exécutif par le peuple, le Droit (Je f Censure.

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