I .a discussion du projet fut pour un grand nombre
de Conventionnels Toccasion d'exposer leurs idées sur Torganisation de l'Etat ; ces idées sont souvent singulières et parfois amusantes ; elles ne pl^ésentent plus qu'un intérêt historique. Nous avons cependantsuivijour par jour la discussion jusqu'à la défaite des Girondins qui entraîna le définitif abandon de leur projet. Nous avons ensuite confronté ce projet avec la Constitution de l'an II, votée quelques jours après. Les différences étant assez rares et peu importantes, nous avons été amené à rechercher ce qui caractérise les idées des Girondins dans trois questions où on les oppose volontiers à leurs ennemis : La Religion, les tendances Socialistes et le Fédéralisme.
Les théories constitutionnelles des Girondins ne leur appartenaient pas en propre ; elles leur étaient communes avec beaucoup de Montagnards ; et dans le Comité même les Jacobins étaient représentés par Barère, qui, il est vrai, n'avait pas encore nettement pris parti,* et par Danton. Cependant les Girondins étaient en majorité dans ce comité et pendant la discussion ils semblaient encore les maîtres delà Convention ; ce projet fut violemment attaqué par leurs adversaires et tomba avec eux, c'est donc bien justement qu'il porte leur nom. L'étude que nous en avons faite et le tableau que nous présentons des idées politiques de quelquesuns d'entre, eux permettront peut-être d'imaginer ce qu'aurait été la République des Girondins.
Il reste à nous excuser d'avoir tenté l'étude d'un sujet qui touche à presque toutes les matières du
droit public ; l'entreprise était déjà téméraire. Ce qui la rend plus hasardeuse encore, c'est que nous avons dû souvent toucher à Thistoire des temps héroïques, histoire tant de fois écrite et par de tels maîtres que s'abriter et se perdre dans leur ombre est une assez haute ambition.
(( La Révolution, a dit Lanfrey, usera autant d'historiens qu'elle a usé de politiques. )> Sans aucune prétention au titre d'historien, nous avons voulu être l'humble ouvrier qui, sachant son œuvre plus fragile que toutes, a donné cependant sa journée de travail au monument que le temps bâtit à la gloire de nos pères.