‹ Les Idées Politiques Des PhysiocratesChapitre 2 sur 13 · LES · texte numérisé non relu

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qualifiés, à juste titre, par M. Dubois de « véritable monument, érigé àla mémoire des physiocrates » (1) ? Nous ne l'avons pas pensé et on nous en excusera, croyons-nous, lorsqu'on saura que, suivant l'opinion du même critique avisé etsagace, M. Weulersse, se proposant d'étudier le mouvement physiocratique en France, « a dû employer la méthode du géologue : observer la formation de chaque assise ; noter, période par période, année par année, presque mois par mois, chaque apport fait au système et les répercussions exercées au dehors par l'apparition de telle ou telle doctrine». Tout en envisageant une étude de ce genre comme hautement utile et même indispensable, M. Dubois est cependant d’avis « que, ces recherches embryologiques une fois faites, il est également légitime d'exposer le système physiocratique en le prenant dans sa forme complète et définitive ».

Il faut aussi et surtout tenir compte d’une autreconsidération. M. Weulersse a consacré de nombreuses pages de son grand ouvrage aux principes de l’ordre politique, mais il n’en a pas moins méconnu l’importance de ces principes dans l'ensemble du système physiocratique. Il veut bien admettre que « les principes philosophiques, sociaux ou politiques que les Economistes ont proclamés, au moment même où leur école achevait de se constituer, ne sont sans doute pas étrangers à leur système » (2). C'est vraiment fort peu. Pour

(1) A. Duois, Revue d'histoire des doctrines économiques et sociales, 4612, n°5 2-3, p. 289.

(2) G. WeuLersse, Op. cit., t. Il, p. 683.

notre part, au contraire, nous estimons — et nous espérons en apporter la preuve dans cette monographie — que les idées politiques développées par Quesnay et ses disciples faisaient partie intégrante de cette vaste synthèse qu'était le système physiocratique. Ne fût-ce qu’à ce titre-là, leur étude, intéressante et instructive à bien d'autres points de vue encore, méritait d'être entreprise.

Pour dégager le sens et la portée de ces idées politiques, dénaturés par la légende, obscurcis par des polémiques et des controverses, le seul moyen était, nous venons de le dire, d'examiner les textes originaux,

Quelques traits caractéristiques du «gouvernement conforme à l’ordre de la nature même » ont étéébauchés par Quesnay dans son Analyse du gouvernement des Incas . du Pérou, publiée dans les Æphémérides du ciloyén de janvier 1767. Dans ce même recueil parut bientôt après (de mars à juin de la même année) un mémoire beaucoup plus important, Despotisme de la Chine, qui peut être considéré comme le précurseur de L'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, publié, en juin de la même année, par Le Mercier de la Rivière. C'est dans ce livre, dont les vingt-six premiers chapitres (sur les quarante-quatre que comprend tout l'ouvrage) sont consacrés aux questions d'ordre politique, que l'on trouve l'essentiel des idées professées sur cette matière par les physiocrates.

Cependant, un autre ouvrage, publié dix ans après par Le Trosne et intitulé: De l'Ordre social, mérite, lui aussi, une étude approfondie ; à certains égards, la doctrine,

il est vrai, ne s’y présente plus dans toute sa pureté première, mais les apports nouveaux que l’on y constate sont particulièrement intéressants au point de vue de l’évolution des idées politiques des physiocrates. |

Ces divers livres et mémoires n'étaient pas, d’ailleurs, les seuls matériaux que nous avions à analyser. Le champ de nos investigations devait être beaucoup plus large : pour bien comprendre la genèse des idées politiques des physiocrates et la place qu’elles tenaient dans l’ensemble du système, il convenait de fouiller minutieusement la « littérature » physiocratique (que l’on nous pardonne ce barbarisme !). Nous n’avons négligé aucun document, alors même qu'il s'agissait d’une brochure ou d’un article de Revue, pouvant à première vue paraître ne présenter qu'un intérêt d'actualité... rétrospective, et plus d'une fois nous en avons été largement récompensé. Voici, par exemple, dans les Ephémérides du citoyen de 1769 (tome VI), le « Discours prononcé le neuf janvier 1769, par M. le marquis César Beccaria Bonesana à l'ouverture de la nouvelle Chaire d'Economie politique... » : à propos d'une phrase de ce discours, l’abbé Baudeau, rédacteur du recueil, a ajouté une longue note, qui jette une vive lumière sur la méthodologie des physiocrates et permet de déceler la source de leurs erreurs mieux que ne l'ont fait de nombreuses polémiques.

Outre les sources imprimées, la collection de manuscrits du marquis de Mirabeau et de Quesnay, conservée aux Archives Nationales, méritait également d’être mise à contribution. M. Weulersse en a, il est vrai, non

seulement dressé, avec beaucoup de soin, l’inventaire, mais encore donné des extraits importants (1). Toutefois, parmi ces documents, il y en a un qui, en raison même de sa longueur, n’a pu trouver place dans ces extraits et qui offrait, pour nous, un intérêt assez considérable : c’estle Bref état des moyens pour la restauration de l'autorité du Roi et de ses finances, rédigé par Mirabeau et annoté par Quesnay (2). Un autre manuscrit de Mirabeau (malheureusement incomplet), portant sur la Déclaration des droits de Virginie, et dont M. Weulersse n’a donné que des extraits, touchait de trop près à nos recherches pour ne pas attirer toute notre attention.

On trouvera, à la fin de ce volume, la liste générale des auteurs cités, avec les renvois aux pages où nous avons indiqué les références bibliographiques correspondantes. Quant aux œuvres des physiocrates que

nous avons utilisées, en voici la liste :

(1) G. Weurersse, Les manuscrits économiques de François Quesnay et du Marquis de Mirabeau aux Archives Nationales. fnventaire, extrails et notes. Paris, 1910.

(2) Le chapitre de notre travail dansilequel ce document a surtout été utilisé était déjà terminé, lorsque M. WeuLersse publia le Bref état dans l’avant-dernier fascicule de la Revue d'histoire économique et sociale (1913, n° 2) : nos citations ont été faites d’après le

manuscrit même,

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