‹ Les idées religieuses de Plutarque [microform]Chapitre 6 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

une mine inépuisable de sentences et d'anecdotes, l'érudition française jugeât superflu tout essai d'éclaircissement de l'œuvre de ce polygraphe, qui fut un croyant et voulut être un philosophe.

Parmi les lacunes de ce qu'on pourrait aj)peler la littérature plutarchienne, il en est une essentielle à combler. On n'a guère étudié les idées religieuses du prêtre de Delphes que de façon fragmentaire et uniquement en fonction de ses idées morales. L'auteur chi présent ouvrage a voulu reprendre ce sujet, le traiter plus à fond, ou du moins en dégager l'intérêt, qu'ont déjà laissé soupçonner quel(|ues études partielles.

En raison des circonstances qui en ont traversé la préparation, interrompue pendant quatre ans, ce travail est loin d'être aussi vaste et aussi complet que nous l'aurions souhaité. Volontiers, nous l'appellerions un essai ; mais, comme l'observa naguère un célèbre contemporain (1), tant d'illustres auteurs, anglais ou français, ont ennobli ce terme que l'usage en a démenti l'apparente modestie. Ce sera donc, si l'on veut, une ébauche, le tniwin d'un elïort [)lus patient qu'heureux, et la promesse d'une étude plus (lével()])pée, et mieux étayée peut-être, que nous espérons donner un jour. Si nous avions à former un vœu, ce serait que notre œuvre présente, malgré son imperfection, fît sentir la nécessité, ou, du moins, l'intérêt d'une édition nouvelle des Œuvres morales.

A tout le moins, le texte des trois Dialogues j)ythi(|ues et celui du traité d'/s/.s et liOsiris devraient être offerts au public érudit, solidement établis et pourvus de tous les éclaircissements que permettent les progrès de l'histoire des religions, de l'èpigraphie et de l'ègyptologie. Cette tache est bien propre à séduire de jeunes ambitions.

Au risque d'anticiper un |)eu, nous croyons devoir indiquer dès maintenant, parmi les traités parvenus à notre époque sous le nom de Plutarque, ceux que nous nous refusons à retenir. Ce sont, non seulement les dialogues sur V Education et sur les Xorns des fleures et des montagnes, dont nul n'admet plus l'authenticité, mais la Consolation à Apollonius et les Décisions des philosophes.

Dans le premier de ces ouvrages (XV, 109 D) l'insensibilité, contrairement à l'opinion constante de Plutarque, est présentée comme un bien. La formule tc xaf, très rare chez notre auteur, y est troj) fréquemment employée. La longue citation du mythe du (lorgias (XXXV I-XXX VII, 120 D) ne nous paraît ni fort en situation, ni conforme à ses habitudes; il aimait mieux essayer de composer des mythes que de transcrire textuellement ceux de Platon. Dans

l'apologue du Deuil, qui s'y trouve rapporté (XIX, 112 A), le deuil est assimilé aux démons, et non aux dieux, comme dans la Consolation à Timoxène (VI, 609 E), et le récit est attribué, non pas à Esope (Consolatio ad Uxorem, 609 E), mais cà un philosophe anonyme {ad Apollonium, XIX, 111 E).

Le De Placitis Philosophorum fut attribué de bonne heure à Plutarque, puisqu'Eusèbe le cite sous ce nom {Préparation évangélique, passhn) mais il n'en a ni l'esprit ni le style. Ce n'est qu'un recueil de notes insipide, et parfaitement indigne de n'importe quel écrivain de talent.

Malgré l'autorité de Xachstaedt, nous restons indécis sur l'authenticité des déclamations relatives à la Fortune d'Alexandre. Dans la première, tout au moins, Socrate est trop maltraité pour nous y laisser reconnaître la main de l'un de ses plus fervents admirateurs (1).

Les dialogues pythiques, le traité (ïlsis et d'Osiris, les Délais de la justice divine, sont les bases solides et indispensables de toute étude sur la religion de Plutarque. L'essai sur la Superstition nous le représente au naturel, dans ses fonctions de prêtre officiant. La Consolation à Timoxène nous le montre chef de famille, intermédiaire entre les siens et Dieu. Le Démon de Socrate et surtout le De Facie in orbe Luniv font tant de place à la fantaisie qu'on doit s'en servir avec une extrême réserve. Enfin l'on trouve plus d'une indication utile dans les Propos de table, les Questions grecques et romaines, et VAmatorius.

Tels sont les ouvrages que nous considérons comme particulièrement significatifs par rapport à la question qui nous occupe. Nous n'avons pas négligé les Vies morales, en tant qu'elles touchaient à notre sujet.

Nos citations se réfèrent en général cà l'édition donnée par Dubner et Dbhner dans la collection Didot : nous avons toutefois indiqué plus précisément (jue Dubner la concordance entre la division en chapitres et la pagination in-folio. Cette édition si vantée doit beaucoup à celle de Xylander (Ileidelberg, 1570). qu'elle reproduit en grande j)artie textuellement jusques et y compris la traduction latine.

([) ilï. infra.

(l) M. Robert de Montcsquiou.

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