PLUTARQUE ET LA CRITIQUE OBJET ET PLAN DE CETTE ÉTUDE
Un ouvrage naguère classique, l'excellente Litléralure grecque fin savant et vénérable IVI. Deltour, fait de Plutarque un portrait allrayant, encore que dépourvu d'originalité. «Bon, humain, affectueux pour sa femme, pour ses enfants, pour ses esclaves, animé de ce sentiment de fraternité universelle que répand le christianisme... il répand sur toutes ses dissertations un charme de bonhomie, de tendresse, de grâce aimable (1). »
Ne négligeons pas les manuels scolaires ; ils fournissent aux adolescents des formules commodes et dont l'homme fait ne se déprend pas toujours, ayant généralement autre chose à faire que de les rectifier. « l^onhoniie, tendresse, grâce aimable. » Depuis plus de trois cents ans, on croit avoir peint Plutanjue si l'on a dit cela. L'on a peint Amyot ; Ton a peint plutôt encore le seizième siècle (j'entends par là son langage), qui communiquait aux sujets les plus ardus le charme de renfance (2).
Je vois chez Plutarque un grand contentement de soi-même, quelque j)édanterie, le besoin d'étaler son érudition, un souci constant de se réserver le beau rôle. Son style est assez pompeux, volun tiers oratoire et souxeuL subtil. Abondant en métaphores cherchées et en citations, il prétend parfois à la rigueur scientifique. Les dialogues de Plutarque ont toujours quelque chose de la conférence, et ce caractère a complètement disparu chez Amyot.
Le document d'où date la légende de Plutarque est, je crois» le
(l) F. Dfltolk, Histoire de la liltêralure yrecque. 3® édition, Paris, Delàgrave, 1889, pp. 610-017.
^"2) Saint-Marc Girardin. |)rrsque seul au dix-neuvième siècle, a fait expres- Fémont cette réserve, avec sa finesse et sa pénétration ordinaires.
fameux passage de Montaigne : « Nous autres ignorants étions perdus, si ce livre ne nous eût relevés du bourbier... les dames en régentent les maîtres d'école (1). "
C'est le profane qui parle ici, l'homme du monde ; et je m'étonne que tel critique d'aujourd'hui (2) n'ait pas retenu ce texte pour l'enchâsser dans une des études fortes et pitpiantos où il montre le divorce qui, d'après lui, sépara toujours les savants de la foule, même lettrée. Ce qu'on apprécie chez IMularcjue, au seizième siècle, c'est qu'il est, qu'il semble être à la portée de tous. Grâce à ce guide excellent, une simple femme, sans prendre une minnlo sur le temps qu'elle doit au soin de sa beauté, peut en remontrer aux plus erudits. Une lecture superficielle de ce vieillard aimable suflil pour ilouner des clartés de tout.
Le dix-septième siècle fit moins de cas d'Amyot. La Hruyère (éloge inattendu !) trouve son style sérieux (3) ; Louis XIV dit avec une moue : « C'est du gaulois (4). » Au dix-huitième siècle, c'est encore la bonhomie du moraliste familier (|ui séduit Jean-Jacques lui-même bonhomme à ses heures (5). Il paraît d'ailleurs, comme la plupart de ses contemporains, avoir peu lu les Œuvres morales ; et, dans les Vies, il apprécie surtout les anecdotes, les détails de mœurs, tout ce bavardage un peu puéril, cette application h présenter les grands hommes en déshabillé, mais toujours gmnds.
Le mérite principal d'Octave Gréard fut justement de signaler l'importance des Œuvres morales. « Cette étude, dit-il dans sa ])réface de 1860, portera principalement sur les Traites ; ce sera sa nouveauté (C). » (Vêtait la prendère fois (ju'en France on consacrait un travail d'ensemble à la pensée de Plutarcpie. Le succès en fut grand. Villemain déclara cette œuvre « écrite avec goût, non sans éloquence (7) » ; elle valut à Gréard le prix Montyon d'abord, et, quelque vingt ans après, un fauteuil à rAcadémie française, ou IVI. le duc de Broglie, chargé de recevoir l'ancien lauréat de l'Institut, reprit à son compte l'éloge décerné, comme il disait, pnr un juge souverain (8) v. A la vérité, le style de M. Gréard se sentait parfois de ces mauvaises habitudes cpii pensèrent prévaloir sous le
(1) Essais, II, 4.
(-2) M. Julien Ik'iula.
(3) Des Ouvrages de Vesprit.
(4) Louis Racikk, Mémoires sur la vie et les œuvres de Jean liacine.
(5) Emile, IV.
(6) De la Morale de Plutarque. 6® édition, Paris, Hachette, 1902, p. xxii.
(7) Rapport sur les prix Montyon, 18G7.
(S) Discours prononcés... j)our la réception de M. Gréard, le 10 janvier iHH8. Paris, Didol, 1888, p. 56.
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second Empire (1). Mais surtout cet esprit orné, judicieux et informé respecta par trop cette espèce de possession d'état dont jouissait Amyot. H continua de voir à travers le même prisme celui qu'il appelait si joliment le dernier des Sages de la Grèce (2) ; et, quand il en parlait, le (lualificatif d'aimable revenait, comme de lui-même, sous sa j)lunie.
Emile Gebhart qui, prenant place à son fauteuil, sut le louer en termes exquis, définit excellemment l'impression que laisse au lecteur la Morale de Plutarque. « Il nous rapporta de son voyage un Phitnrque bien sympalhi(|ue, esprit curieux de toute chose huniaine, brave homme, vieillard charmant, délicieux convive (3). » Aimable, charmant, délicieux : de siècle en siècle, les Français déposent ces fleurs SU! \v cèiiolai)he de Plutarque.
Cela sufTit-il ? Dans sa thèse, œuvre capitale où ne manquent ni les vues ingénieuses, ni les idées justes, mais où, malgré tout, la sagesse de Plutarque prend une allure un peu plus mesquine que de raison et où son époque même se rétrécit, ]\I. Gréard, obéissant à un scrupule des plus respectables, hésite à rassembler en un corps de doctrine les opinions émises par son auteur. Veut-il faire des résfTves sur le livre (]c Volkmann, si nourri, si propre à faire comprendre rinij)ortante du moment philos()j)hiciue où Plutarque parut : « Ses procédés d'analyse serrée et grave, dit-il, sont moins conformes au génie de- Plutarcjue (1) ; il n'y faut pas chercher la grâce piquante de l'aimable moraliste. » Mais convient-il de demander « une grâce piquante r à des procédés d'analyse ? Il ne se le demande pas, et poursuit : « Il arrive qu'en voulant établir trop rationnellement (5) la philosophie de Plutarque, M. Volkmann se trouve conduit à lui prêter une sorte de système, bien qu'il sache comme personne que nul moins (pie le sage de Chéronée n'a porté dans ses écrits une pensée systématique. »
M. Gréard est trop évidemment tombé dans l'excès contraire à celui dont il accuse Volkmann. Plutarcpie a beau être un esprit discursif et curieux de toute chose ; n'avait-il pas suivi de trop près
(1) Il écrivait couramment: dans le f>ut de... 11 s'exprimait parfois en termes é(}iiivoqu(*s et obscurs, comme dans la phrase suivante : « 11 [M. de Fallonx] apprcuil (pie les Petites Sœurs des pauvres d'Angers ont perdu, dans une épidémie la bête avec laquelle elles alimentaient la table de leurs pensionnaires. (Discours de réception, p. 31.)
(-2) Op. cit., p. 38 i.
(3) Emile CiKiniAUT, Discours prononcé à IWcadémie le Jeudi 23 février 1005. Supplément au Journal des Délxits du 2i février i!)05.
(4) CiKKAKD, op. cit., p. II. Il vient de parler de la solide et savante diffusion de Volknijum, (pi'il juge bien appropriée au sujet.
(5) Souligné dans le texte.
■««Rnai
les leçons des philosophes pour ne pas s'être ta il, coniino tant d'autres, '( sa petite religion à part soi ». Ce Grec, si vraiment Grec,, aurait-il esjpiivé le besoin d'ordonner ses idées, au moins dans sa tête, si peut-être son dessein particulier et certaines circonstances, cpi'il y aura lieu d'examiner, l'empêchaient de reproduire cette ordonnance dans un traité d'ensemble ?
Quoi (prit en soit» ces lignes de M. Gréard trahissent la crainte que ses lecteurs, sur la foi de Volkmann, voient en Plu 1 arque autre chose qu un moraliste aflable, un peu radoteur, sans beaucoup de suite dans les idées, un bon aïeul [préoccupé de faire In morale à ses petits-enfants, le l)()nlu)mme Plutanpie après le boidiomme La Fontaine. La pénétration du fabuliste, son sens profond des ecuiditions générales de la vie, sa connaissance des hommes et son peu dillusions sur la société, furent longtemps voilés à nos \eu\ par cette naïveté dont il se piquait lui-même, et qui donna lieu, comme on sait, à tant de confusions fâcheuses. Craignons d être injustes envers Plular(|ue [)our une raison analogue.
Supposons (juAmyol n'ait point traduit Piutarcpie, eT (pie M. Gréard n'ait point écrit de lui : la lecture de ses œuvres ne nous donnerait-elle point de cet auteur une idée quelque peu difTéiente ? Sa physionomie n'est pas si simple, si unie qu'on le vonl. 11 n'v n rien, en détinitive, de bien compliijue dans ce brave liomnu^ )>, dit de Rabelais :\I. I^aguet (H, sans d'ailleurs administrer la preuve de cette assertion. La plupart des crilicpies de Plularciue ont à l'envi redit cette formule, ou tout autre analogue. Mais Plulariiue, Grec de l'Empire, épris de sa patrie, la croyant immortelle et la voyant privée de toute autonomie, Plutarque, diseiple de Platon, admirateur de Pythagore, plein d'un .saint respect pour li mathématique, cà la fois magistrat, prêtre d'Aiiollon et dévot dlsis, Plutarcpie est-il si peu conq)li([ué ? J'ai j)eine à le croire, je iavoue. Les cœurs peuvent être simples à ces époques où d'anciennes croyances tour à tour chancellent et se raniment, où les abus de l'esf^rit critique ont i^our contre-coup la vogue des plus étranges superstitions; les esprits simples y sont rares. Plutarcjue vit à un moment de trop grande elîervescence intellectuelle pour être sinq)le ; il s'intéresse à trop de choses, il en sait trop pour être sinq^-. 11 ne l'est point.
Il serait parfaitement vain d'essayer d'épinf;er sa personnalité par une formule. Mais on dégage assez aisément de la lectuFi> de son œuvre quelques caractères qui peuvent ne pas {)araître d'abord susceptibles de s'harmoniser. 4
Plutarque est un philosophe ; il le restera irti;;me, et c'est un lieu
(1) Ar/« iiicde.
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commun, quand il se fera biographe. îl se trouve, à plus d'un égard, sous l'influence directe de Socrate, qui, visiblement, lui paraît beaucoup jilub présent et aducl que ne semblerait le comi)orter le long espace de temps qui les sépare. Alors, sans doute, l'humanité vivait moins vite ; il en faut chercher la cause dans la lenteur du progrès scientifique et des transformations de la vie matérielle (1). Mais, en outre, par son regret du passé, Plutarque était un Grec de la grande épocpie ; à force de s'imaginer l'apogée de la civilisation dont les vestiges brillants le séduisaient encore, il se figurait presque y avoir vécu. La sagesse dont s'étaient contentés les plus grands des Athéniens pouvait-elle être prescrite ? Il ne le crut pas.
Comme Socrate. Plutarque s'intéresse d'abord à la nature humaine ; il est très rare que la préoccupation morale n'apparaisse pas au détour d'un de ses dialogues. Les visages divers des hommes. leurs costumes, leurs croyances bigarrées, qu'il essaiera de ramener, à riinité, sont l'objet de son attention. 11 aime à voir leur activité s'exercer dans les domaines les plus variés, qu'ils élèvent de beaux tenq)l< s, tassent des vers harmonieux ou de la musiipae, policent les villes ou travaillent au principal chef-d'œuvre ; c'est, pour chaeun, de sculï)ter sa propre statue. Socrate était, à la vérité, plus exclusif, qui niait le beau, jusque-là de le confondre avec l'utile (2). Et Phdon. sculpteur et pt)éte, ne se souciait de monuments ni de vers. Sachant que parfois la lecture des poètes est pernicieuse, Plutarcjue néanmoins les aime (3), et ne peut se tenir de les citer à propos et hors de i)roi)os. H aflecte de faire peu de cas des statues (4), mais quelle émotion sincère quand il décrit le Parthénon (5) !
Mais l'initiateur de la science psychologique, en partant du rvwOt cxoTov donnait une base singulièrement étroite à sa philosophie. v( Personne, (lit Xènophon, n'a jamais entendu dire à Socrate, ni ne lui a jamais vu faire rien d'innnoral ou d'impie. Car il ne discutait même pas sur la nature de l'univers, de la même façon que la plupart des autres philosophes, en examinant comment est né ce que les sophistes aj)j)ellent le nuuide et par quelles nécessités se produit chaque série de |)hénomènes cèlestc^s ; et même il montrait la folie de ceux cpii se préoccupent des ciuestions de cet ordre (G). »
(i) Cf. MoNTES(^Lii:u, Esprit des lois, IV, 5 : « Kpaminoiulas, la dernière aniHM' (le sa vie. disait, écoutait, voyait, faisait les iiicmes choses que dans ràg(.' nù il avait rommencé dclrc instruit. »
{"2) Xk>oimi().\, Mcmonihh'S, 111, 8.
(3) Xon posse siuiviler viri..., W\\ . 101)0 B.
(4) Périrlès, II, 15;-} A; De Iside et Usiride, LXXVl, in fine, 382 B.
(5) /.i., XI 11, io<) 1) sqq.
(6) Mèniornldrs, I. l.
Plutarque, lui, t()nil)e volontiers dans l'impiété et rininioralité dont Socrate se gardait. Il révère dans la science un attribut de Dieu (1). Les origines et le développement du monde, les mythes cosmogoniques. l'attirent (2). Non seulement rien (riuimain ne lui est étranger, mais rien d'existant. Il aime les animaux C^) et cite leur sagesse en exemple, plus sincèrement [)arfois ijue La Fontaine (1). Brel, il se ressent assez peu de cet orgueil humain que Socrate instaura dans la philosophie (5). Il eût aimé, sans doute, à marcher sur les traces de ces grands physiologues d'Ionie, que Xém)phon traite de sophistes dans ce passage où le terme commence de prendre un sens méprisant.
Il n'hésite pas h reconnaître partout son bien. Innombrables sont les auteurs quil cite, souvent, d'ailleurs, de seconde main. Il n'invoque pas seulement Homère et Hésiode, Platon et Aristote, mais Pythagore, Empédocle, Heraclite, Chrvsippe, Antislhene, I^irmenide. loutefois son souci de ne négliger aucune source d'information ne lui confère pas l'imparlialité du professeur chargé d'admirer tous les auteurs du programme. Il fait profession (Vuur doctrine précise; il est l'homme d'une école, un académicien. Il sonticndra donc souvent des polémiipies. Les adversaires d'un sage aussi conciliant seront légion. C'est surtout contre les stoïciens et les épicuriens qu'il lutte avec suite ; car ni Tune ni l'autre secte ne lui paraît exceller en sagesse pratique, puisque Tune demande trop à la nature et que l'autre lui cède trop. Kt puis toutes deux, en somme, organisent la vie humaine en dehors des dieux, nécessaires à l'écpiilibre du monde, mais dont il n'y a lieu d'attendre aucune aide .surnaturelle.
Plutarcjuc se plaît à les embarrasser dans leurs propres conlradictions; et il apparaît qu il n'agissait pas diiïéremment dans la vie privée, mais qu'il recherchait les occasions de convaincre ses adversaires, ou, tout au moins, de les confondre devant un auditoire complaisant. Nous voyons même, dans les Délais de la Justice divine (6) un épicurien, obsédé de sa persistance cà discuter, tourner les talons pour chercher ailleurs une Iranquillité plus conforme à la
(i) De hide et Osiride, I, 351 li.
(^)ne nnim.x procreatione in TinuTO, passim. De Iside et ihiride, LIII- LXIV, fragm. èx toO zsot trov iv riXaraia-:; Aa-.oàXwv, VIL
(3) De Iside et Osiride, LXXVI, 'AS^l; Calon IWncien, V, 330 A.
(4) De soltertia (tnimnlium, passim.
(5) Cf. JuLiKN Bknda, Sur lo succès du ber-souisnic. I'aM>, Mercure de France, 1914, {.[). ISî)-190.
(6) Op. cit., I. Il importe p(Mi de savoir si ce philosophe s'ap|)elail Kpieure ou non; lessentKj est cpie ses arguments contre la Providence le classent nettement parmi les éi)icuriens.
PLUTARQUE ET LA CRITIQUE
doctrine de l'itcole. Car Plutarque poursuit sans relâche tous ceux qui jugent autrement que lui du divin. Certains ont trop peur des dieux; et d'autres, pas assez. Les athées nient leur existence, les poètes leur attribuent mille absurdités ; les superstitieux en font des épouvantails. Le(iT^el est le pis ? Il n'ose en décider. \ Ses procédés de polémique sentent souvent le parti pris. Il résout la dinienllé i)ar la dilliculté même; il tombe dans la pétition de principe. Si l'on reproche aux dieux tel acte immoral, il nie que les dieux l'aient commis; car, en ce cas, ils ne seraient plus des dieux. Il marcpie volontiers quelque j)itié dédaigneuse pour ses adversaires et l'on ^ent qu'il ne dit pas tout ce qu'il voudrait dire. Parfois même, étant court d'arguments, il se retranche derrière le secret inviolable des mystères, qui rem})êche d'appuyer ses assertions de preuves éclatantes (1).
C'est que Plularcpie n'est pas seulement un philosophe, mais un croyant. Ksprit moins libre (|ue Platon et peu familier avec la méthode d'Aristote, il conte mille histoires de revenants et ne sourit jamais de surprendre ses dieux en posture fâcheuse. Il croit à la l*rovid(Mice et à la divination ; il s'étonne fort peu qu'Hercule ait une fois soupe chez le sacristain de son temple (2) et moins encore qu'Athéna ait opéré la guérison miraculeuse d'un ouvrier du Partlîénon (3).
On pouvait voir Socrate sacrifier à intervalles réguliers, Xénophon nous le dit (4); mais il est juste de reconnaître que ces formalités rituelles devaient avoir pour ce grand homme un sens et unv j)()rtée dilTérents de ceux qu'y attribuaient ses contemporains. Dans la \ie de Plutar(jue, le culte tient une place importante. Lu Béotie, la plupart des oracles sont inuets ; celui de Delphes rend des réponses en prose vulgaire par le truchement d'une femme ignorante. N'importe ! Le dieu par excellence, Apollon, n'a point déserté son sanctuaire ; et sa présence éclate en celte Pythô sainte où les oITrandes ne cessent d'afïluer. Après son retour de Uome, Plutarque ne quittera guère les abords du temple ; il saisira l'occasion d'en faire admirer les trésors aux étrangers (5). Prêtre d'Apollon, son sacerdoce ne couvrira pas, comme tel pontificat chez les Homains, une ambition politique ou tout autre calcul. l'ier de sa fonction, il se montrera prêtre en toute occasion. C'est
(l) De ïside et Osiride, XXXV, 301 D; Syinposiaca, IV, 6, i, 071 D. (2j liomulns. V. !-.*{, 19 F. • ^ .
(3) Pcrictès, .Xlll. 100 G.
(4) Mémorables. 1.1.
(5) l);in> 1(^ traité De Pylhiœ oracalis, ce rôle est joué par Théon, qui semble bleu nèlrc alors (pie son prcte-nom.
une joie de sacrKier ; l'athée l'ionore, et aussi le superstitieux (1). Heureux qui vit dans Taniour des dieux !
Rien d'étonnant que Plutarque ait séduit plus d'un humaniste. Aussi M. Gréard peut-il citer coniplaisanunent les propuh de Sylvestre de Sacy, lequel, se reportant par la pensée h l'époqui^ du « vieillard charmant ., déclarait : « Par moi-même, et livré au simf)Ie penchant de mon cœur, j'aurais brfdé de l'encens avec le bon Phitarque sur l'autel d'Ai)()llon et des Muses, j'en ai peur (2). .Mais, admis à l'honneur de la compai>nie de Plularcfue, M. de Sacy, sans doute, aurait éprouvé quelque déception, il eût risqué d'honorer non seulement des divinités gracieuses ou splendides, sculi)tées dans le marbre par d'habiles artisans, mais Aiiubis Faboyeui, !e noir Sera pis, Osiris. le dieu raduvvc (3) et Isis coillee de ses cornes de vache. Tous ces dieux sont respectés de Plutanpie, et la zoulàtrie même lui paraît excusable, et, finalement, rationnelle (i). Entre Apollon et Osiris, il ne tranche pas.
Ce sont deux puissants dieux
(Deux puissants dieux, à moins qu'ils n'en fassent (pi'un !) Philosophe, polémiste, prêtre, voilà ce qu'est Plutarque essentiellement. Les commentateurs français ont abondamment disserté sur les deux j^remiers points. Ils n'ont pas toujours insisté sur le troisième autant (pi'il eût convenu.
Villemain n'avait pas tort de voir dans le livre de M. Gréard un excellent morceau d'histoire (5). Mais peut-être le chapitre du Temple nous présente-t-il un Plutarque trop rnisonnnble, disons : trop rationaliste. Et surtout, comme l'exigeait le dessein du livre, l'auteur a dû laisser dans l'ombre ce qui était spéciticpiemeid religieux, n'ayant k connaître de la religion qu'en tant (pi'elle touchait à la morale.
Aussi M. Gebhart, dans son liiscours de réception, ne peut-il se tenir, lui, l'ancien Athénien, de refaire ce chapitn\ v( Je crois, dit-il après une émouvante descripti(m des alentours de Chéronée, (pie cette contrée étrange, isolée, farouche, manpia d'une enq)reinte profonde l'esprit et la conscience de Plutar(|ue, et qu'on peut y découvrir un commentaire au curieux chapitre de M. Gréard sur
(1) Non passe sunvifer vivi..., XXI, 1102 C.
(2) GuÉARD, op. cit., p. 317.^
(3) L'ex-prpssion est do M. Kmile Guiinet (Plutarque et VÉgypte. Paris, Leroux, 1898 .
(4j De Iside et Osiride, IJCXVl.
(.")) Cf. Duc DK BlUXiLlE, Op. cit., p. 56.
PLUTARQUE ET LA CRITIQUE
le remple, c'est-à-dire sur la religion de l'historien (1). » Il analyse en quelques pages profondes et délicieuses le charme, fait de grâce €t d'épouvante, indéniable pourtant, des bords du Copaïs et du Parnasse aux deux cou[)oles. P^.niin il conclut : « l^lutarque respirait cet air depuis sa jeunesse. Il avait ainsi pris une habitude d'émotion religieuse que ne put abolir l'instinct rationnel développé en lui par la méditation philosophique. Archidiacre d'Apollon et platonicien... ce dualisme d'une conscience méritait d'exciter la sagacité critique de votre confrère. »
A dire le vrai, ce dualisme ne paraît pas avoir embarrassé M. Gréard « Archidiacre d'.Vpollon et platonicien », c'était, à ses yeux, une juxtaposition, mais point du tout une contradiction. Si, peut-être, on aimerait (pi'il s'en fût explicpié plus nettement, on doit lui savoir gré de n'être point tombé dans le travers qui consiste à chercher, à tout prix, dans l'antiquité, des précurseurs aux doctrines modernes. « Plutarque, dit-il, est païen d'esprit et de cœur ; aucun moraliste de son temps n'est plus éloigné, par le caractère général de son enseignement, des principes de la morale chrétienne (2). »
(:ei)endant un prélat anglais (3) saluait en Plutarque une Ame <( naturellement chrétienne », et M. Deltour déclarait le sage de Chéronée « bien éloigné des anciennes crovances de la Grèce ». « Sa morale, allait-il jusqu'à dire, est celle même que prêchent les Apôtres (1). >. Avant eux, Joseph de Maistre, en dépit de Wyttenbach, a\;iil donné comme probal)le, sinon comme assuré, que l'auteur des Drldis de ht jiislice divine avait recueilli dans la ville savante d'Alexandrie, quelcpies échos de la prédication évangélique (5).
Les critiques les plus récents ont parlé, sauf exception, comme M. Gréard. « Philon, Plutarque, Apulée, dit M. Lafaye, ne doivent
(1) Gkiuiart, op. cit. — Pour aim ibles cpie soient ces lignes, il n'en faut point exagérer la portée Peut-être M. Gebhart y cèile-t-il trop à la tendance mjtlerne d'expliquer riiomiuc par sou milieu physique. Eu fait, Plulaniue, dans son pays, ne voyait gutTc qu(^ lo temple. Il s intéressait mMiiocrcment aux paysages et l'on ne voit pas quo, dans son œuvre si vaste, il en ait décrit un seul. II est d'ailleurs p'^u ju-ohable (juc l'aspect de la liéotie, et singulièrement des alentours de Chérouée, fût, ou parût, alors aussi « farouche »> al aussi n étrange » qu'à notre épociue.
(-2)(luK\ui), op. cit., pp. 378-371).
(3) Richard Chenevix Trench, archevêque de Dublin. Cf.GuÉAno, op. cit., jip. iv-v.
(4) Dkltouh, oj). cit., p. 517.
(5) Sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables, ouvrage de Pluianpie nouvellement tnuluit, avec des additions et des notes, par le comte Joseph de Maistre. Nouvelle édition, Lyon, Pélagaud et Gie,
LES IDÉES RfUGIEUSES DE PLUTARQUE
rien au christianisme (1). „ Mme Jules Favre, qui entreprit à son tour de donner une idée de la morale de Plutarque, était si éloi-née de le croire chrétien qu'elle ne peut même se résigner à lui :,llrihi,or aucune religion. « La morale si vivante et si ïaroe de l'hitanuie dit-elle, ne saurait se concilier avec une religion étroite et formaliste. Aussi l>lulai(|ue, par ses croyances, ne .semble-t-il se rattacher n aucune des religions positives dont il juge sévèrement les superstitions et les pratiques absurdes et souvent hvpocrilos (2). ..
Voilà qui s'appelle tirer un auteur à soi. Dans le livre de Mme Iules I^avre s'accuse nettement une tendance, <p.i sent son dix-huitième ■siècle, a faire de Plularciue un simpk. philo.soplu.. oblige de se confornur ai:x usages du temps et, par suite, aux rites de In relicrjon nationale. Cet éloge singulier se termine à le représenter commrnn hypocrite, lui qui, cependant, fait un crime aux stoïciens d,. pratiquer un culte dont ils nient refTicacité (a). .Si rien ne n.,us permet d imputer a l'hilar(|ue une contradiction qu'il ne supportail p.nnl chez autrui, reste (pie ce soit, comme le veut W . Millier, « une nninre proloadement religieu.se (4) ».
C'est justement cette double sincérité, sincérité du croyant sincérité du philosophe, ce dualisme signalé par .M. (iebhart avec' tant de Imesse, cpii fait l'originalité de Plutarque. Un Platon s'inquiète peu de concilier rinlerprétalion du monde, qui Im oaraît vraisemblable, avec ce (|ue les ancêtres ont dit des dieux Vu Furipide se montre si libre esprit que l'idée lui vient de reprendre aux Olvmpicn.s, a titre d'indemnité pour leurs rapis et autres forfaits' hs trésors amassés dans leurs temples (.5). Mais un Plutarque, p-Msuadé de I existence des dieux et de leur bienfaisance et, par ailleurs, docile aux lois suprêmes (pii régissent le monde et l'esprit, a bien des contradictions à résoudre. Il tient solidement les deux bouts de la chaîne; animé toutefois d'une certaine ardeur de prosélytisme cela ne lui peut sufFire. Il vent éclairer les intelligences, concilier les doctrines. A quelles subtilités, lui que l'on dit naïf et bonhomme ne devra-t-il pas recourir ?
Peut-être l'ironie dont se teinte chez plusieurs, et notamment chez Emerson (ti). la .sympathie qu'inspire Plularqiie, a-t-elle dé-
^1) G. LAF..YK llisloire du culte des divinilés d\ile.randrie... hors de l f^'jypte. Lyon, Thovïn, [SU.
pii^auIh^lOO^'"'' '' ''"''"'" ^' ^^'"^-'/-^ 1>''^<--Pt*'s et oxompl.s. (3j De Sloicoruni repuynnuliis, VI, 103; Ij. (4) Ueber die Heli(jion Plutarchs, 1883 (o) Ion, Ui-iil.
(6) Cf. GuKAUi), op.. cit., pp. vi-vii.
PLUTARQUE ET LA CRITIQUE
tourné parfois la critique d'analyser sa pensée sérieusement. Refuserait-on de le tenir pour un esprit supérieur ? C'est alors qu'il deviendrait plus représentatif encore ; car on entendrait en lui toute une époque (1). Ainsi, quelque opinion que l'on ait conçue de sa valeur propre, on ne saurait rester indiiTéient à ses idées.
Aussi bien rinlérét documentaire des Œuvres morales avait-il été mis en inmiere dès 183() j)ar Henri Uitter dans son Histoire de la philosophie. « Les écrits de Plutarque, disait cet érudit, révèlent, l)lus clauement que quoi que ce soit, la tendance, parmi les Grecs et les Romnins de ce temps, à concilier et à fondre la culture ])hiloso- |)hi(pie avec le culte public et national (2). »
Il est juste, toutefois, de reconnaître que les faiseurs de grandes syntlièses ont rarement mis Plutarcpie à sa place. En revanche, les spécialistes hardis et patients cpii, depuis plus d'un demi-siécle, travaillent h nous restituer la civilisation antique, dans la complexité de ses institutions et la diversité (W ses croyances, proclament v(>h)ntiers les titres du vieux j)()lygraphe à leur gratitude. Phitanpie, comme Hérodote, avait été victime de la réaction, légitime eu soi, mais excessive, qui s'était faite contre l'autorité des anciens, accusés d'avoir par trop arrangé la vérité. Pour mieux déblayer le terrain de leurs recherches, et désireux qu'ils étaient d'aborder sans idées préconçues des études on leurs seuls guides seraient l'archéologie et l'épigraphie, d'aucuns lui imposaient silence.
Cette méthode a vécu. Mieux connues, ces sciences auxiliaires de l'histoire ont justifié plus d'une assertion du sage de Chéronée, qui, l()ugtenq)s, avait suscité des doutes. « D'une manière générale, dit M. SourcHlle après avoir rapporté certains j)assages du traité d' Isis el d'Osiris, tous les faits qui précèdent trouvent dans des documents authentiquement égyptiens leur confirmation (3). » Il admire ]»lns loin que Vnuicur soit « si bien informé, en général, de tout ce (|ui louche à la religion égyptienne (1) ». N'en soyons point surpris.
(1) (( Mais c'est iiop insister sur la philosophie flotlante du hou IMutanpie. Ses écrits sont précieux préciséuieut parce qu'ils nous donnent l'état i\e Topiniou non réfléchie. <lu sens commun à son épocpie. » flîoecui'. Le- CLKRCQ, Tychc ou la Fortune, Revue de V histoire des religions, t. XX 111,
cl) Hknhi RiTTtH, Histoire de lu philosojjhie, traluetion ïissot. Paris, Ladrauge, 1836. Sur Plular(|ue, cf. spécialement, t. IV, pi>. i06-4:i7.
(3) G. SouuDiLLE, Hérodote et la religion de VÉgyj)te. l'aris, Leroux, p. 80.
(4) SouuuiLLE, op. cit., p. 96. — Nous devons ajouter (jue M. Guimet(op. cit.) se montre plus sévère, tout eu reconnaissant qu'on trouve dans le traité d'Isis et d'Osiris de précieux renseignements et quelques étyraologies exactes.
Si l'on examine l'origine historique de tel rite ou de telle légende, la lecture qui nous apportera le moins de renseignements sera peutêtre, suivant une remarque ingénieuse de M. de La Ville de Mirmont (1) celle des classiques proprement dits. On s'instruira davantage à parcourir soit les primitifs, soit les décadents, travaillés par ce goût de l'archaïsme qui, dans les fins de civilisation, tient lieu d'originalité. Aussi M. Marillier voit-ii dans les Œuvres morales une source in:puisable de renseignements pour l'histoire des religions (2).
Mais Plutarque, et jusque dans ses biographies, est toujours encore « plus philosophe ({uhistorien (3) )>. Il ne s'efTacera donc jamais devant les faits ; il s'en servira pour développer et ex[)li(iuer sa pensée propre. D'excellents juges n'ont pas trouvé cette pensée si dénuée d'intérêt que semblent faire ceux qui dni^nent ndn^-^sor nii bon Plutarque un sourire condescendant. M. (iiiiniet estinit (jue les Œuvres morales « nous décèlent une aspiration incessante vers les secrets de la nature, une attraction des transcendances, ini désir ardent de connaître le vrai (1) >k Ce n'est là, dira-l-oii, (luiiii hommage aux intentions de IMutarque. Or, xM. Eugène de Vnxv va pins loin : « L'étude de la conception théologique de l*hitan|ue, dit-il, aide à comprendre la christologie des apologétes (5). » L'idée d'un rapprochement de ce genre avait eOleuré déjà l'esprit de l'al)bé Freppel, professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne, (lui, dans .^un étude sur les Apologisles chrcliens au deuxième siècle, consacrait à Plutarque des pages curieuses (6). « C'est peut-être, ajoutait-il, le dernier des Grecs qui ait pris le polythéisme au sérieux, en mettant au service de la religion nationale les ressources d'un esprit vaste et pénétrant. »
Tout récemment en tin, M. Charly Clerc, dans un article remarquable sur Plularque et le culte des images (7), exposait nvcf mitant de justesse que de clarté l'intérêt que présente l'étude de notre écrivain, pris comme personnage représentatif, u Criti(iue religieuse,
(1) Cf. sa thèse sur hi Mythologie et les Dieux dans les Ar}^onaiili(pir«, et flans /'Enéide. Paris, llactictte, 1894.
{"2} Hernie de l'histoire des religions, t. X\\ 111, p. 83.
(3) Haleu, Compte rendu d'un travail de Seeberg sur It's sources de l*lutarqu.N Revue historique, t. LXXll, p. 173.
(4) GuiMKT, op. eit.
(5) E. DE Faye, la Christologie des Pères apologétes grecs et la ntiilosojdiie religieuse de Plutarque (Rapport anuuel de l'École des Hautes-Études, section des sciences religieuses, 1906;. Paris, Imprimerie nati,)nale, pp. 4-17.
(6) FuEPPEL, les Apologistes chrétiens au 11^ siècle. 3« édition, Paris, itetau.\- Bray, s. d., pp. -25-2-20-2.
(7) Revue de Vhistoire des religions, t. XX, pp. i07 sq.
PLUTARQUE ET LA CRITIQUE
respect de la tradition, science timide, symbolisme, superstitions ^y encore vivaces... tous ces éléments se rencontrent en lui et se mélangent de façon bizarre. Si l'on veut comprendre l'état d'esprit d'un prêtre grec au début du deuxième siècle, aucune étude ne peut apporter plus de himière que celle des Œuvres morales. »
Ce prêtre est un Grec, un pur Grec. Il n'est pas hors de propos d'y insister ; car on n'a pas toujours tenu grand compte de ce fait, pourtant significatif. A une époque où l'Orient envahissait de plus en plus la littérature, la religion, la vie, pourtant un philosophe s'est rencontré, qui n'avait pas appris la sagesse en Asie. L'intérêt d'un pareil détail n'a i)as échappé, semble-t-il, aux derniers critiques de Plutarque, dont M. Thouvenez i)araît avoir résumé l'opinion en mettant Plulaniue au-dessus des « néo-platoniciens d'importation étrangère (1) ».
Peut-être avons-nous montré l'intérêt que pourra présenter l'étude des idées religieuses de Plutarque. Nous ajouterions volontiers que les progrès faits dans ce dernier quart de siècle par l'histoire des religions, d'une part, et, d'autre part, les heureux résultats des fouilles de Delphes, ont accru le nombre et l'importance des luaLeriaux dont pourra disposer celui qui se proposera de replacer dans son milieu le plus illustre des prêtres d'Apollon-Pythien. Mais les circonstances ne nous ont pas permis de mettre à profit cet outillage dans la mesure où nous l'aurions souhaité. Notre seule ambition serait de dégager do notre travail quelques idées nettes et de les rendre probables.
Notre dessein est d'ébaucher d'abord un tableau des tendances X religieuses qui paraissent triompher à l'époque de Plutarque. Nous étudierons ensuite la formation de son esprit et les origines de sa pensée. Nous essaierons de déterminer ce qu'on pourrait appeler son apologétique, e'est-cà-dire la méthode par laquelle il pense résoudre l'opposition entre la religion et la philosophie. Nous examinerons l'idée qu'il se fait de la divinité, soit en elle-même, soit dans ses rapports avec l'homme, et le culte qu'il entend lui rendre. Nous nous demanderons enfin, pour répondre à une question souvent posée, (pielles aHinités ])eut avoir la pensée de Plutarque avec le christianisme.
(Ij Revue critique, 22 novembre 1913, pp. 108 sq. — Cependant Ritter {op. cit.) insiste sur les rapports de Plularque avec l'Orient, ainsi que sur .ses emprunts à l'école d'Alexandrie. D'après lui, le rôle d'isis, chez Plutarque, serait analogue à celui du Verbe cbez ]»bilon.