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tion utile et pratique dans leur condition », < quelques notions sur la loi en ce qui touche les principaux droits et devoirs des citoyens terminaient l’éducation des adultes; ses enseignements touchaient à toutes les questions fondamentales de l’agriculture. Gérard donnait aussi certaines notions de géométrie et de mécanique » (Mis. des Enfants Trouvés, ch. XXXVI).
Sue entre aussi dans la polémique universitaire. « Aussi fait-on tout au monde pour que les écoles des frères envahissent et remplacent nos écoles. Les Frères faconnent l’enfance au renoncement de toute dignité humaine et à un servilisme dégradant : tu as lu leurs livres, et tu vois les générations que préparent à la France ces moines mystérieux dont personne ne connaît la règle et dont le souverain est à Rome ». (Mis. des Enfants Trouvés, ch. 38). Comparons Michelet : « L'Etat abandonne aux ennemis de la France l’éducation des enfants. Vous dites que les frères enseignent mieux. Je le nie. Quand cela serait vrai, que m'importe ! Le maître d'école, c’est la France; le Frère, c’est Rome; c’est l’étranger, c’est l’ennemi; lisez plutôt leurs livres, suivez leurs habitudes et leurs relations. Flatteurs pour l’université et tous jésuites au cœur » (Le Peuple, Michelet, p. 141).
S'il est admis que le système d’éducation de Sue est inspiré en grande partie et par les idées de Lorain, et par Girardin, nous voudrions comparer la thèse de Sue avec un article de la Revue des Deux Mondes (1838, vol. III, p. 699) où les thèses de Lorain et de Girardin sont combinées selon le titre. (L’instruction primaire en France, et instruction publique. M. Lorain, Tableau de l’Inst. Prim. E. de Girardin. De l’Inst. Pub.). La Rev. des Deux Mondes commence par citer Leibniz « Celui qui est maître de l'éducation peut changer la face du Monde. (Id. p. 599). Comparons les mots de Sue « En me rappelant plus tard ce nouvel incident de la journée et en y réfléchissant, j’ai eu la mesure de la considération dont devaient jouir parmi les populations ces instituteurs qui, les moyens
matériels leur étant donnés, pourraient cependant en vingt ans, changer la face d’un pays et créer une génération toute nouvelle par le seul fait de l'éducation ». (Mis. des Enfants Trouvés, Ch. 36).
Girardin (Ouvrage cité, 1° partie) demande que l’instruction publique devienne un sacerdoce national et que l’instituteur soit assimilé, quant au traitement, au ministre du culte. Cette proposition ne se trouve pas chez Sue. En parlant des conditions des écoles communales, la Revue des Deux Mondes nous démontre que « plusieurs inspecteurs attribuent à l’air vicié qu’on respire dans ces classes la stupeur qui parfois annule complètement le maitre, et les épidémies qui enlèvent trop souvent les pauvres enfants de nos campagnes » (Loc. cit.). Sue dit que « cet air vicié, infect, au milieu duquel vivaient ces pauvres créatures, leur causait fréquemment des maladies graves, quelquefois mortelles >» (Misères des enfants trouvés, ch. 36). Voici la phrase de Lorain : « J’insisterai sur les rapports uniformes d’un grand nombre d’inspecteurs qui n'hésitent pas à voir dans ces foyers d’infection la cause d’une foule de maladies graves, épidémiques, quelquefois annuelles, qui attaquent la jeunesse des écoles » (Ouv. cité, p. 6). La phrase de Sue semble plus proche de celle de la Revue que de celle de Lorain.
Au sujet des qualités physiques et morales des instituteurs, la Revue des Deux Mondes en fait le tableau suivant : « Une revue générale de cette triste milice mettrait en ligne des légions de sourds, de boiteux, de manchots. On y verrait des épileptiques, un cabaretier qui fait l'usure quand il n’est pas ivre. Un de ces maîtres signalés par les rapports comme l’un des plus capables est sans bras et écrit avec le pied » (Loc. cit). Chez Lorain, dans sa liste d’instituteurs incapables et citée par Sue (id.), nous lisons « Gers, Arrondissement de Lectoure. Homme taré, condamné pour usure et un peu buveur. Arrondissement de Mirande, l’instituteur a une mauvaise réputa-
tion: il est accusé de se livrer à l’usure », suivies d’une liste d’autres incapacités.
L'appel au patriotisme, et un certain code éthique, ne se trouvent ni chez Lorain ni chez Girardin, mais dans la Revue des Deux Mondes on parle en ces termes : On n’aurait pas perdu les huit ans passés dans un collège si on en sortait capable de déterminer une foule de mots qui n’existent pas pour les géomètres ni pour les chimistes et qui pourtant ne sont pas sans valeur dans ce monde : les mots : âme, nation, devoirs, liberté ». (Revue des Deux Mondes, 1838, Vol. III, p. 699). Nous avons déjà rencontré la même idée chez Sue.
Nous avons vu les résultats d’une éducation universitaire chez Léonidas Requin. À ce propos, la Revue des Deux Mondes dit : « Souvent des astres de collèges s’obscurcissent tout à coup tandis que des naturels longtemps engourdis, se réveillent et annoncent des aptitudes inespérées. L'éducation commune ne préjuge rien et prépare à tout : la prudence est donc de son côté ». (Loc. eit.). Ni Lorain, ni Girardin n’en parlent.
En dernier lieu, Sue insiste sur l’importance de l’influence de la musique sur les mœurs et il parle du système de notations de Galin qui est un développement de celui de Rousseau. La Revue des Deux Mondes admet l’importance de la musique et donne une note sur le système d’'Exeter hall de Londres qui est aussi une modification du système actuel.
Or, l’article de la Revue renferme les systèmes et de Lorain et de Girardin. Les renseignements dont se sert Sue se trouvent les uns chez Lorain (les écoles et les instituteurs), les autres chez Girardin (l'apprentissage, éducation pratique, contre éducation universitaire), mais tous se trouvent dans l’article en question, sans compter certaines phrases de Sue qui sont très proches de celles de la Revue, et, en outre, deux points qui ne se trouvent ni chez Lorain ni chez Girardin. Nous avons donc à choisir entre trois hypothèses :