INTRODUCTION
Marie-Joseph-Eugène Sue naquit à Paris le 10 décembre 1804 et mourut en exil le 3 août 1857. Il suivit la tradition médicale de sa famille, mais il quitta le collège beaucoup moins instruit que son père. Déjà il montrait des signes de cette disposition qui r’allait pas le quitter de toute sa vie — (il était cynique, sceptique, railleur) — disposition dont il faut sans doute chercher l’origine dans l'influence de son milieu.
Son père le contraignit à s'engager pour la campagne de 1823 en Espagne. L’an 1826 le trouve sur le Breslau à Brest. En 1828, il assista à la bataille de Navarin. Etant de retour à Paris, il fonda avec Bryon, sportsman anglais, le Jockey Club et le Derby de Chantilly, après avoir visité Newmarket en Angleterre.
La fortune que lui avait laissée son père étant gaspillée, Sue songea à la littérature. Entre 1830-31 il écrivit avec De Forges, Monnais et Villeneuve, des comédies — Monsieur le Marquis, le Secret de l'Etat, le Fils de l’homme, — et des articles de mode et de théorie de l’élégance dans le Voleur de Girardin.
Jusqu'à 1841 Sue fréquenta des salons du Grand Monde -- chez Madame Récamier il montra un grand respect pour Chateaubriand — chez la duchesse de Rauzan il fut fêté et accueilli.
IL y a trois phases distinctes dans le développement de son œuvre. D’abord, c’est la comédie du désenchantement. Durant cette époque (1831-37), furent écrits les romans maritimes. Vivant au milieu d’une société spirituelle, ambitieuse, incrédule et blasée, dont le Juan de
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Byron était l’idéal, il montra chez ses héros le dédain aristocratique et le vice élégant unis à la misanthropie, au scepticisme outrancier, à une absence systématique dillusions.
Puis, c’est la période monarchique, religieuse, féodale, la période des romans historiques (1837-40).
En 1841, il alla en Sologne pour y vivre en ermite. De cette époque date son amitié avec Schoelcher, émancipateur des nègres; avec Goubaux, fondateur d’un système d’éducation professionnelle; avec Pleyel, élève de Steilbiet, musicien et ami de Chopin.
Il passe alors à l’école libérale et sceptique, qui Île vouera aux romans sociaux 1842-48, et, à l’école anarchique (1849-57). En Sologne, il se lance dans le monde d’en-bas, comme il s’était lancé dans le monde d’en-haut, et il vécut de la vie populaire. Durant cette période de 1841-48, il écrivit la plupart de ses importants romans Sociaux.
Comment expliquer le changement des idées qui se décèle dans ces romans ? Il y a beaucoup d’hypothèses à ce sujet. Il avait songé à épouser une petite nièce de Madame de Maintenon et fut éconduit poliment. Selon Legouvé, son ami, il avait perdu sa fortune et sa maîtresse, et s'était trouvé sans idées. II embrassa alors le socialisme pour chercher de nouvelles idées pour ses romans et fut ensuite converti par sa propre plume (soixante ans de Souvenirs). Prat, le Communiste, prétend que Sue devint socialiste après avoir vu « Les Deux Serruriers » et après avoir dîné chez un artisan. Ces hypothèses sont plausibles quoique Sue lui-même ait dit dans « Une page de lhistoire de mes livres » (Lib. Internat., Bruxelles, 1857) que c’est en observant la misère des classes ouvrières qu’il était devenu champion des pauvres.
De plus, il faut nous rappeler qu’en 1840, les questions sociales commençaient à travailler les esprits. Nous sommes arrivés à l’ère où les doctrines des théoriciens Fourier, Blanc, Saint-Simon, Owen, influençaient lPopi-
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nion publique, et Sue devint un des écrivains préférés du parti démocratique.
Aux élections de 1850, candidat de la coalition socialiste pour la Seine, il l’emporta sur Leclerc à une majorité de 10.000 voix — le 3 avril — grâce au concours des comités révolutionnaires. Il fut expulsé du territoire Français par le coup d’état du 2 décembre et se retira en Savoie, à Annecy. Ici dans la petite coterie d’exilés, se trouvaient Madame de Solms, proche parente de Louis Bonaparte, Madame de Pommereu, légitimiste, Fagy, Conseiller de la république de Genève, Alphonse Tourbe, le général Klapka, révolutionnaire hongrois, M. de Kersaurie, son ami breton et compagnon de voyage. Plus tard Lamennais se joignit au cercle. C’est à Annecy qu’il mourut en 1857, mais la publication de ses œuvres continua pendant vingt ans.
Quant à la morale de Sue, on ne peut mieux faire encore, pour en résumer l'inspiration essentielle, que de citer Béranger : « Plus complète, plus large, plus religieuse que la parole chrétienne, la parole du sacerdoce nouveau ne lancera l’anathème sur aucune nature : la mobilité deviendra sainte, à l’égale de la constance, comme la chair sera l’égale de l’esprit, comme la femme sera l’égale de l’homme » (La Mairie, le mariage, p. 4, 1832).
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