‹ Les Idées Sociales d'Eugène SueChapitre 43 sur 43 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Une grande effervescence des esprits précède la révolution de 1848. Le roman, et surtout le roman social devient le bruyant porte-voix des aspirations démocratiques. Des paradoxes subversifs sont défendus d’une façon éloquente, lyrique même, qui entraîne des partisans innombrables et enthousiastes. L'influence du roman social sur les idées religieuses, morales et philosophiques, est exclusivement démocratique. Il accentua l’œuvre de la Révolution en substituant le prolétariat à la bourgeoisie. « Les classes infimes de la société sont élevées sur le pavois par courtisanerie par la démocratie et avec une arrière-pensée mercantile ». Autour de Sue, et après lui, nous pouvons signaler dans la même voie, G. Sand, V. Hugo, Erckmann-Chatrian, Louis Reybaud, Lammennais, Soulié, et aussi Du Terrail, Féval, Assolant, Zaccome, Delpit, Adam, Lombard, Vallès, etc. pour n’en mentionner que quelques-uns. Autour de 1840, date du début des romans sociaux de Sue, les questions sociales commençaient à dominer la politique. Le mélange du Saint-Simonisme, du Fouriérisme, de l’Icarisme, d’utopies éphémères et tapageuses, continue la bataille du travail contre le capital. « Les Myst. de Paris, Le Juif Errant, Les Myst. du Peuple » furent les plus retentissants feuilletons du siècle, parce que Sue s'était fait protagoniste des droits prétendûment violés des masses.

Quant à son style — quoique sa prose fût méprisée — il y a des richesses : l’art de réaliser d’un coup de plume des figures et des silhouettes particulières, et de les faire vivre indépendamment de toute action. Il possède une rare aptitude pour l’observation, mais ses procédés de composition sont des plus vulgaires. Les épisodes se suivent sans jamais être engendrés l’un par l’autre.

Dans sa propagande, il a tort d'ignorer ce qui se fait, mais il a raison de demander davantage, et de demander une organisation sociale qui rende l’assistance inutile. Et pour y atteindre, il semble s’acharner contre la morale et la religion chrétiennes, au profit d’un panthéisme social et humanitaire, s'appuyant sur la responsabilité collective et les idées des théoriciens sociologues.

Vu et approuvé :

Besancon, le 24 avril 1937.

Le DOYEN DE LA FACULTÉ DES LETTRES,

E. GRAFFIOT.

Vu et permis d’imprimer :

Besançon, le 26 avril 1937.

LE RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE BESANÇON, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE L'UNIVERSITÉ,

H. PARISELLE.

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