‹ Les Idées Sociales d'Eugène SueChapitre 42 sur 43 · ETC · texte numérisé non relu

ETC

Bruxelles, 1865. Les premières éditions françaises furent brûlées par le bourreau).

d) Appel à l'insurrection.

Sous la protection d’un mensonge historique, Sue met l'appel aux armes et le déchaînement des passions populaires contre la royauté, la noblesse et l’ordre social. Il continue : « D’où vient-il que nous avons la douceur de posséder des rois d’origine franque et que les royalistes appellent leurs rois de droit divin : dis donc de droit cosaque . Nous avons eu pendant si longtemps l’agrément de posséder une noblesse d’origine franque, qui nous traifait en race conquise. Ces cosaques se sont partagés les terres que les Gaulois avaient en partie reconquises sur les Romains; les rois et les seigneurs francs ont volé les propriétés des Gaulois; est-ce que malgré ces diables dévêques, notre bonne vieille petite mère, l’insurrection, n’est pas venue de temps à autre montrer le bout de son nez; pendant vingt siècles une imperceptible armée conquérante, romaine ou franque, a spolié, asservi, exploité nos pères. En avant donc contre les fils de la Germanie ». (Myst. du Peuple et Myst. du Monde 1848-1850. Intr.) « Gaulois et Francs ! >» tel est donc le mot d’ordre de l’armée socialiste contre l’ordre social :. |

Dans la partie consacrée au commerce (Perreymond aux Commerçants : la Faiïllite et le mortus numérien) (Myst. du peuple), Sue dit qu’il se trouve sous le coup de la concurrence illimitée, de la chicane, des séductions de l’agiotage, du jeu sur les actions industrielles qui est la

(1) Dans ses prétentions historiques, Sue fait un plagiat de beaucoup d’autorités sérieuses, qui, inutile de le dire, n’ont jamais considéré la question sous le même aspect que lui. à

Cf. Loyseau. Traité des charges de la noblesse, 1701, p. 24, Boulainvilliers. Histoire de l’ancien gouvernement de France, pp. 21-57, Guizot. Gouvernement de la France depuis la Restauration, 1829, etc. Thierry. Histoire des Gaulois (Introd.), etc.

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plaie de l’époque, de l’habileté des grands spéculateurs qui savent et peuvent jouer à coup sûr contre les petits spéculateurs, de l’élévation du taux de l’escompte, du retrait des facilités du crédit, des capitalistes qui ferment aux modestes industriels les sources pécuniaires du travail par des craintes plus ou moins plausibles et dont eux, capitalistes, restent seuls juges et appréciateurs. La croix d'argent du même roman, renferme des doctrines communistes et des utopies sociales, invoquant les enseignements de l'Evangile. Il y aura paix universelle et celui qui travaille doit être nourri. Il y a des anathèmes et des satires sur les princes et les prêtres. A la fin de la troisième partie (le marteau de forgeron) il fait son appel : « Aux armes, Bretons ! contre l’aristocratie ! ».

Dans le sabre d'honneur (fin des Myst. du peuple), nous lisons l'Evangile de l’avenir. Les hommes naissent libres et demeurent égaux en droits. Les droits naturels et imprescriptibles de l’homme sont : Egalité, liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression. Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. La loi est l'expression de la volonté générale. Elle ne doit établir que des peines strictement nécessaires. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions politiques ou religieuses. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement. La société a droit de demander compte à tout agent public de son administration. La nation n’a pas le droit d’aliéner en tout ou partie sa souveraineté en en déléguant l’exercice à une famille héréditaire. En conclusion, Sue expose ses théories républicaines et sociales. « Le Tiers Etat, en accomplissant la révolution, a cru en majorité travailler presque pour lui seul, tout en témoignant, reconnaissons-le, un intérêt sincère, mais plus théorique que pratique, pour la masse du peuple; celui-ci, il est vrai, est déjà civilement, politiquement, affranchi par la révolution. « C’est un pas immense qui cependant, pour être décisif, doit être suivi de l’affranchissement matériel du peuple, en un mot de

l'avènement du travailleur à la libre possession de linstrument du travail, en d’autres termes du capital, grâce à des institutions de crédit démocratique, à l’aide desquelles le prolétaire des villes et des campagnes puisse enfin échapper à la dépendance, au servage où le réduit encore une mercantile oligarchie à son immense profit Î Or dans la constitution du vieux monde pétri d’inégalités, d’iniquités sociales, basé sur le despotisme et sur les privilège de quelques-uns, au détriment de tous, matière corvéable, exploitable à merci, et laissée à dessein dans une ignorance aussi profonde que sa misère, les exploiteurs sont devenues fatalement par l’irrésistible logique du mal, complices et solidaires les uns des autres, de sorte que le prêtre a soutenu le roi; le roi a soutenu le capitaliste et le propriétaire; il est ainsi advenu qu’attaquer l’autel, c'était tôt ou tard attaquer le capital et la propriété. Voilà ce dont aujourd’hui s’aperçoit le Tiers Etat. De là vient le brusque temps d’arrêt, la réaction anti-révolutionnaire du parti bourgeois, où pour défendre et sauver le privilège de ses écus il va tenter de se rattacher à la monarchie qu’il a détruite à demi, et au besoin il se rattachera même à l’église à laquelle il ne croit point; mais il est trop tard, l’impulsion est donnée, la révolution lancée. Aussi, quoiqu'il advienne, et dans un temps plus ou moins prochain, il en sera des privilèges de la bourgeoisie capitaliste ce qu’il en a été des privilèges de l'Eglise, de la noblesse, et de la royauté ». La révolution ne sera complète, affermie, triomphante et féconde, que lors de l’avènement de la vraie république, entraînant « Pabolition générale du privilège de l’écu » parce qu’alors le peuple sera matériellement affranchi; sinon la révolution ne sera que partielle; elle ne portera pas tous les fruits qu’elle doit porter. Alors le peuple déçu dans ses légitimes espérances, éprouvera une passagère défaillance, dont profiteront ses éternels ennemis, et ce sera peut-être à une deuxième génération révolutionnaire de reprendre l’œuvre inachevée par ses pères !.

() Cf. 1832. G. Sand, Indiana, t. IL, p. 291. « L’homme n’est vraiment devenu homme que lorsqu'il a enfin secoué les fers de la Société ».

Mo res

En un mot, chaque classe cherche dans le gouvernement la satisfaction de ses intérêts personnels. La noblesse, le clergé veulent la monarchie absolue, la bourgeoisie veut Fa royauté constitutionnelle; le peuple qui a le plus grand droit, veut la république sociale.

Nous n’allons pas examiner les Mystères du Monde, parce que Sue en a esquissé l’œuvre. Il est mort avant de Ja finir. L'auteur proposait « d'examiner les causes des malheurs de tous les peuples et des chutes des libertés ». Vésinier, comme nous l’avons déjà remarqué, a continué l'œuvre d’après les idées de Sue.

Deux ouvrages (Le Berger de Kravan, 1849-1850. Soustitre : Entretiens royalistes et démocratiques sur la république et les prétendants monarchiques. Paris Lib. sociétaire, et Le Républicain des Campagnes par Sue, F. Pyat, Joigneaux, Schoelcher, représentant du peuple et Perdiquier. Propagande démocratique et sociale, Paris 1851), résument les propositions et promesses électorales de l’auteur, et ses arguments en faveur d’une république et la réformation de l’ordre social. Dans le Berger de Kravan (Préface), nous lisons : « La république est le gouvernement de Jésus-Christ, car enfin est-ce qu’il n’a pas dit : « aimez vous les uns les autres comme des frères; tous les hommes sont égaux devant Dieu; les paysans sont sous la domination des prêtres qui ne sont pas républicains ». Le but des communistes est d’assurer le bonheur de l’homme par son travail en formant des associations de travailleurs.

Le Républicain des Campagnes parle de l’immortelle révolution de février 1848. La république est le meilleur gouvernement de tout parce qu’il est élu par le peuple. C’était un malheureux choix que celui de lAssemblée Constituante. En 1852, la république va être plus forte, et les jésuites seront expulsés. Il n’y aura plus d’électeurs privilégiés. Il y aura une taxe proportionnelle, une crèche et un asile dans chaque commune où il y aura logement et pain gratuits pour les pauvres vieillards. Le gouvernement se souciera de l’assainissement des terres comme

la Sologne. L'éducation sera gratuite. Il y aura des fermes modèles et des écoles d’agriculture, des ateliers nationaux pour les sans-travail (même après la chute lugubre du projet de Louis Blanc) et la sécurité pour tout le monde. Les mots : Liberté, égalité, fraternité, désigneront un fait accompli, liberté de la presse et d’association, égalité ‘d'élections, des droits et des devoirs, fraternité d'union et de paix dans le travail et contre les rois, dans les maisons communes modèles, dans des associations économiques, et l’abolition de la peine de mort en matière politique. L’impôt du sel, l’impôt sur les objets de première nécessité sur les portes et fenêtres, seront supprimés.

Voilà le manifeste de Sue sur l’utopie qu’il veut établir sous les auspices de sa « bonne vieille petite mère : l'insurrection ».

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