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Sorel attend beaucoup de cette action des syndicats. Il espère qu’elle développera un système d'institutions original, né du travail, et « une culture qui ne ferait pas regretter la civilisation bourgeoise » (1).
« La partie faible du socialisme est la partie morale. Pourquoi les syndicats ne seraient-ils pas le mécanisme capable de garantir le développement de la morale ? » (2)
Et Sorel de citer, à l'appui de sa thèse, les regrets manifestés par M. Durkheim, à propos de la disparition des corporations : « Nous avons brisé de notre propre main l'instrument désigné de notre réorganisation morale. » (3) «Puisque la corporation est composée d'individus qui se livrent aux mêmes travaux, et dont les intérêts sont solidaires où même confondus, il n’est pas de terrain plus propice à la formation d'idées et de sentiments sociaux. » (4)
(1) Illusions, p. 285. Les idées de Sorel sur ce point sont développées aujourd’hui par un jeune romancier encore peu connu, Jean-Richard Bloch. Celui-ci, dans son ouvrage Carnaval est mort, 1920, constate, comme Sorel, la bassesse du monde moderne : « La société moderne vit sans idéal. Rien que des malins. La civilisation chrétienne et française agonise. Carnaval meurt de la mort de Carême. Et sans civilisation, point d’art. Bloch sent profondément l’impérieuse nécessité d’une unité morale, d’une discipline, d'une religion qui crée à nouveau une communion d’âmes entre l’artiste et la masse, Il ne croit pas possible un retour à l’unité morale catholique. Après Georges Sorel, il affirme un devoir, une foi, un système. Quel devoir ? D’être héroïque. Quelle foi ? Dans le peuple. Quel système ? Le socialisme. La régénération de l'art, la possibilité du nouveau classicisme dériveront de la révolution sociale. » — Benjamin Crémieux : Article sur Jean-Richard Bloch, dans les Nouvelles Littéraires, du 26 juillet 1924).
(2) Matériaux, p. 125-128.
(3) DurkHEIM : Le Suicide, p. 435.
(4) Ibid., p. 435.
Ces RAS de Durkheim viennent corroborer, dit Sorel, « de nombreux témoignages du progrès moral réalisé sous l’'influénce du trade-unionisme » et recueillis par Paul de Rousiers (1).
‘Pourquoi, dès lors, « les syndicats n’exercéraientils pas les fonctions que Le Play ut aux autorités sociales ? » (2)
Mais cette haute mission Se une longue et sévère préparation.
Loyalement, Sorel reconnaît que les ouvriers ne sont. pas encore « en état de donner des leçons éthiques au monde » (8). 3
Mais alors, par quel moyen deviendront-ils dignes des grands espoirs qui reposent sur eux ?
- Georges Sorel répond : « Par la violence « »
(1) Matériaux, p. 129.
(2) Ibid, p. 131-133. Sorel va même jusqu’à vouloir charger les syndicats de l'exercice d’une sorte de « justice supplétive » (dont il emprunte l'idée à Proudhon) et qui consisterait « à noter d’infamie tous les gens qui déshonorent leur classe, » (Matériaux, p. 432.)
(3) Introduction aux Insegnamenti, p. 52,