VIII TABLE DES MATIÈRES
nomie sociale. — Critique des systèmes : économie classique ; socialisme autoritaire ou utopique. —Le socialisme libéral: LE LR FR Te de Tr CE IOI $ 2. La question sociale ; la propriété. — Examen des théories de la propriété. — Légitimité de la propriété. — La deftessociale.s—== Garantie ne re Le 204 $ 3. Les droits consécutifs à la propriété. — Disposition ; testaments ; prêt, louage, profit, épargne. — La répartition. == ‘Les ASSOCIAUONS DE NT PR EN TOR DE $ 4. L'échange et la valeur du travail. — Evaluation du travail et des produits. — Système de Fourier.....,............ 219 $ 5. Droits et devoirs sous le régime de la propriété. — L'assistance : privée et sociale. — Droit à l'assistance. — Du: TURN en M TT 224 $ 6. Remèdes aux abus de la propriété. Propriété foncière. — La Tente re rene dre mn bee nl nee 229 $ 7. Théorie de l'impôt®; l'impôt progressif. — Critique du système fiscal actuel. — L’impôt progressif : sa légitimité, SONALOLES. na ne ee en le Ce 231 $ 8. Le droit au travail. Organisation de l'industrie. — Légitimité du droit au travail. — La production. — Le commerce. sr Les ASSOCIATIONS 2e 1e Mn ee 237 $ o. L'organisation du crédit et de la circulation ; les assuyances. — Crédit gratuit, Proudhon. — Le capital. — Les banques. — Le crédit : personnel, foncier ; organisation. — Assurances: SOCIAIES RE et ER COTE 246 $ 10. L'Association. Résumé. — Système de Fourier. — La coopération. —Interventionnisme. — La dette sociale. — Lesiréfonmes soctalestetiniorales mem Re en 257 CHAPITRE VII — LA MORALE DANS LA DÉMOCRATIE......., 269 $ 1. La famille. — Le droit domestique. — Le mariage. — L'ÉdUCATONS PRESS EEE IN EE 269 $ 2. Pouvoir spirituel de l'Etat. L'Etat et l'Eglise. — La théocratie moderne. — De la séparation. — Liberté des Cultes MA SSOCIATIONS TC lIRIEUSES ES A ER ER 275 Me $ 3. L'éducation. — Droits de l'Etat républicain en matière RE d'enseignement. — L'éducation laïque et démocratique: — Vues pédagogiques. — La lutte contre l'Eglise : associa- 2 tions, protestantisation, socialisme, personnalisme........ 285 "# CHAPITRE VIII. — La SOCIOLOGIE DU PERSONNALISME. — L'interprétation des origines et des destinées humaines, complément de la sociologie. — Vue pessimiste du monde actuel. L — La crise morale contemporaine. — Recherche d'une explication de la vie ; critique des systèmes. — La justice future. = L'effort ner ARS TE M RER PR TR 301 CONCLUSION. — Originalité de Renouvier. — Sa sociolgie dérive de sa philosophie ; elle en suit l'évolution. —Influences subies. — Méthode de Renouvier, — Place de sa doctrine parmi les systèmes du xix° siècle. —Le socialisme de Renouvier. — Criticisme et démocratie. —Rôle de l'individu. < — Amour du peuple. — La justice sociale........…...,,..... gg RS
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Le grand problème de la philosophie et de la vie, c’est le problème moral. Pendant soixante années d’une production intellectuelle ininterrompue, Charles Renouvier a, sans cesse, rattaché à la loi morale les spéculations sur les problèmes métaphysiques les plus transcendants, comme les discussions sur les questions politiques les plus immédiates. Le néo-criticisme, qu’il a fondé, subordonne tous les phénomènes à la conscience, et dans la conscience même, la raison théorique à la raison pratique. C'est pourquoi Renouvier ne s’est jamais désintéressé de l’étude des faits sociaux, des questions politiques actuelles, et qu’il n’a jamais séparé la morale, centre de sa philosophie, de la politique, de la sociologie et de l’économie sociale.
Le néo-criticisme n’étudie que les phénomènes et leurs lois ; le phénomène est la seule réalité qu’il reconnaisse, mais c’est l'idée de loi qui lui restitue la stabilité et la permanence que l’ancienne philosophie demandait à l’idée de substance. La loi est un ordre constitué par une relation permanente. Les phénomènes sociaux ne sont intelligibles que si l’on en considère la forme, qui est la conformité à une loi ; s'en tenir à l'observation purement empirique, serait se condamner à ne pouvoir les expliquer. Le caractère social d'un fait ne se dégage que s’il est conçu sous l'idée d'un certain système de règles qui définissent les rapports entre les personnes, l’action en commun. Ces règles constituent, selon
Renouvier, un système juridique, qui a pour principe l’idée du droit (1). :
L'idée du droit appartient à la morale, ce qui revient à dire qu’il appartient à la morale de préciser l’idée de société, d'éclairer l'histoire des sociétés et de fournir les éléments qui doivent permettre de fonder la cité véritable, la cité des consciences.
La morale forme ainsi le centre de la sociologie, et la sociologie est à la fois la science sociale et la philosophie sociale. Elle étudie les sociétés humaines dans leur développement et dans leur constitution, et l’ensemble des rapports sociaux des hommes est de son ressort. Son objet est aussi bien la description des phénomènes sociaux et de leurs lois, que la construction, fondée sur des inductions historiques ou des principes à priori, de la doctrine sociale de l'humanité future. Elle embrasse à la fois la science et la philosophie politiques, économiques et sociales.
Les idées sociales de Renouvier, ou sa sociologie, s'étendent à toutes les questions que soulèvent les relations des hommes dans leur vie en commun, mais elles ne manquent pas cependant d'une très nette unité que leur donne la prédominance de la préoccupation morale chez leur auteur. Nous essaierons, dans cette étude, de suivre fidèlement la pensée de Renouvier, d'exposer les solutions aussi bien que les principes auxquels il s'est attaché en ce qui concerne les problèmes sociaux, de les opposer, comme il aimait à le faire lui-même, aux théories de ses devanciers et de ses contemporains. C'est un tableau de sa pensée sociale, avec les nuances qu'il y ajoute dans chacun de ses ouvrages, les retouches qu'il y apporte au cours de sa carrière philosophique, que nous voudrions donner.
La morale doit y être au premier plan. Pourtant, avant de voir comment Renouvier en a posé les principes et déduit les règles, il
(1) Sur la conception sociale du criticisme : cf. V. Dezsos, Le Kantisme et la Science de la Morale, conférence faite au Collège libre des sciences sociales.
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sera bon d'examiner d’abord ses vues sur la formation des mœurs sociales, sur l’histoire des sociétés et la théorie qui en est la conclusion, celle de la nature véritable du progrès. L’observation de la vie des sociétés et les idées générales qu’elle suggère sont le préliminaire de la recherche a priori des principes et de l'idéal moraux, parce qu’elles montrent l'impossibilité de fonder une véritable morale sur l'empirisme pur.
La morale nous conduira aux problèmes de la sociologie politique et économique, après nous avoir permis de dégager l’idée rationnelle de société, grâce à la notion du contrat social fondé sur l’idée de justice. Cette idée, àme de la morale néo-criticiste, est la source des jugements sur les systèmes et les faits politiques, économiques et sociaux que nous aurons à examiner successivement. La sociologie politique comprendra les questions relatives à la formation de l'Etat, à son organisation constitutionnelle, législative, administrative, à la nature et à l'exercice de ses droits et de ses devoirs, aux rapports juridiques et moraux qu'il doit avoir avec ses membres.
L'examen des théories et des faits relatifs à la production, à la répartition des richesses, à l’organisation du travail, de l'échange, du crédit, appartiendront à la sociologie économique ; c'est là surtout que la morale interviendra, avec d'autant plus de rigueur qu’elle en est plus généralement exclue dans la pratique et dans la doctrine habituelles.
Il y a d’autres relations sociales, qui ne sont ni proprement politiques, ni économiques, mais qui sont encore une expression de la vie morale, et qui, comme telles, réclament une forme juridique bien nette et dont la précision rationnelle puisse inspirer des lois positives : ce sont celles qui résultent de la vie domestique, de l'existence des institutions et des sentiments religieux, et de la nécessité d'enseigner les enfants. Nous tâcherons de montrer la manière originale et forte dont Renouvier en a traité.
Dans une dernière partie, plus brève, nous exposerons la der-
nière philosophie sociale de Renouvier, les dernières critiques amassées avec une sorte d’amer découragement contre la société, et les solutions, moins rationnelles et plus empreintes de croyance et d’hypothèse, qui essaient d'expliquer le problème social en le reliant au problème métaphysique et religieux. |
La philosophie de Renouvier présente un enchaînement de thèses unies entre elles, d'une manière si étroite, qu'il est presque arbitraire d'en détacher une partie pour l’exposer isolément ; les divisions que l’analyse fera subir à ses idées seront peut-être artificielles, mais comme les idées sociales de Renouvier sont sans cesse liées à ses spéculations sur les problèmes les plus divers de sa philosophie, et que nulle part, si ce n’est dans la Science de la Morale (1), il ne les expose d’une manière systématique, il nous a semblé qu’il n’était pas sans intérêt de les rechercher dans son œuvre pour les réunir, et de coordonner des vues éparses et des argumentations trop souvent morcelées. C'est par là, croyons-nous, que pourra se justifier ce travail.
Dans la conclusion, résumant les idées qui se dégageront de l’ensemble de cette étude, nous chercherons à montrer en quoi consiste l'originalité de Renouvier, quelles différences son système présente avec celui des sociologues, ses contomporains, et quelles tendances il révèle.
Nous voudrions donner une image fidèle de la pensée sociale de Renouvier, mêler le moins possible nos vues aux siennes et faire œuvre d'histoire plutôt que de critique.
(1) Cet ouvrage expose plutôt des principes que des solutions, et encore est-il loin de discuter toutes les questions examinées par Renouvier dans ses autres œuvres,
L'activité et l’œuvre sociales de Renouvier
La vie de Renouvier fut consacrée à la réflexion plus qu’à l'action ; lui-même le constate, non sans mélancolie, dans ses Derniers entretiens (1), où il se reproche d’avoir un peu trop vécu dans l’abstraction et dans l'isolement. À un certain moment, il fut cependant mêlé de près, quoique d’une façon indirecte, à la bataille politique, et l’un de ses premiers ouvrages eut pour conséquence la chute d’un ministère. On peut aussi considérer comme une période d’action, celle qui, de 1872 à 1889, vit paraitre sans interruption la Critique philosophique, cette remarquable revue de pensée et de combat. Avant d'exposer la pensée sociale de Renouvier dans ses détails, nous voudrions dire rapidement quelle fut son activité politique, présenter les œuvres qui la complétèrent et en caractériser la méthode.
Pendant cette ère d'enthousiasme et de méditation que furent les Années quarante, il était difficile de ne pas prendre parti pour l’une ou l’autre des prédications sociales qui se faisaient entendre et qui luttaient, tantôt séparément, tantôt ensemble, pour l’avènement, que tous alors croyaient prochain, d’une société de justice (2). Renouvier combattit d'abord avec les saint-simoniens,
(x) Les Derniers entretiens recueilllis et publiés par M. Prat.
(2) Pendant cette période, la part de Renouvier dans le mouvement des idées est représentée par son Manuel de philosophie moderne (1842),
puis il subit l'influence de Fourier, celle de Proudhon, et les tendances qui en résultèrent se retrouvent dans sa première œuvre politique : le Manuel républicain de l’homme et du citoyen (1).
Le 24 février 1848, Hippolyte Carnot devenait ministre de l'Instruction publique ; le 29, il instituait une commission des études littéraires que présidait Jean Reynaud, et dont Renouvier, attaché au ministère était le secrétaire, chargée d'élaborer les principes de l’éducation républicaine dans laquelle il voulait faire entrer l’enseignement régulier de la politique. Dans une circulaire aux recteurs, il les invitait à faire rédiger des manuels républicains. Renouvier, qui, dans la commission, se consacrait plus spécialement à l'éducation morale et civique, écrivit son Manuel que le ministre approuva et fit éditer à 20.000 exemplaires pour les faire distribuer aux instituteurs. Le 30 juin, Carnot déposait à l'assemblée un projet de loi ayant pour but le vote d’un crédit destiné à la réorganisation de l’enseignement sur les principes nouveaux que le ministre avait déjà exposés et qu’il rappelait ; l’un d'eux réclamait le développement de l'instruction primaire au delà de ce qu’elle comportait alors, de façon à fournir à la culture de l’homme et du citoyen ses moyens convenables. Le projet fut discuté le 5 juillet ; c’est alors que le représentant Bonjean vint s'opposer à l'adoption pure et simple, sous prétexte que l'enseignement républicain, tel que le concevait Carnot, était
son Manuel de philosophie ancienne (1844), sa collaboration à l'Encyclopédie nouvelle et sa propagande saint-simonienne.
(1) La première édition du Manuel parut en mars 1848, et la deuxième en décembre 1848. Tout récemment, cet ouvrage a été réédité avec une excellente notice et des notes abondantes par M. J. Thomas, chez A. Colin. Nous empruntons nos renseignements sur l'affaire du Manuel, à cette notice d’abord, au Compte rendu des séances de l'Assemblée nationale. (Paris, Imprimerie de l’Ass. Nat. 1840) et au livre de H. Carnot : Le Ministère de l'Instruction publique du 24 février au 5 juillet 1848. Le
Manuel avait été soumis à la lecture de Béranger, alors membre de la Commission des études.
inacceptable. Il en chercha la doctrine dans le Manuel de Renouvier et n'eut pas de peine à provoquer le tumulte, dans cette incohérente Assemblée de 1848 en citant quelques phrases tronquées d’un ouvrage dont ii se plut à faire ressortir le caractère socialiste et surtout le style âpre et passionné. Le ministre, mis en demeure de répondre s’il approuvait où non les pensées incriminées, se défendit sans netteté au milieu d’une Chambre sans cesse plus houleuse ; à peine écouta-t-on Jules Renouvier, qui vint à la tribune défendre l’œuvre de son frère ; l'amendement Bonjean, qui réduisait le crédit demandé, fut adopté ; le lendemain (1) Carnot démissionna.
Quel était l'esprit du Manuel et quelles étaient les propositions qui avaient provoqué la censure du « tribunal de ces juges souverains dont les arrêts ne sont pas précédés d'enquête » ? (2) Après cette condamnation, Renouvier avait repris la propriété de son œuvre, et en avait donné une deuxième édition précédée d’une longue préface, accrue de quelques développements qui en accentuaient encore l'esprit démocratique et socialiste. Dans l’avantpropos, il se dégage avec quelque dédain du patronage ministériel et déclare qu’il se passera de l’assentiment des « républicains sages, honnêtes et modérés » ; il se félicite de pouvoir reprendre son entière liberté pour la nouvelle édition d'une œuvre qu’il considérait surtout « comme une profession de foi personnelle », et il la soumet au jugement du peuple pour lequel elle était écrite (p. 52-55). Le Manuel s'adressait non aux enfants, mais aux adultes, aux instituteurs surtout, auxquels Renouvier voulait fournir les principes d'une éducation vraiment démocratique, et profitable autant à eux-mêmes qu’à leurs élèves. Il est
(1) Ce même jour le représentant Pagnerre, éditeur du Manuel, absent la veille, de la Chambre, crut devoir venir donner, à la tribune, le dernier coup de pied à l’œuvre condamnée, en dégageant sa responsabilité dans la publication du Manuel.
(2) Manuel, préface. Je me sers, pour les citations, de l’éd. Thomas.
écrit sous forme de dialogues entre un élève et un maître, qui, tous deux, exposent tantôt positivement, tantôt par objections ou réfutations, la pensée de l’auteur. Renouvier n'oublie pas qu’il fait une œuvre de vulgarisation, aussi n’y développe-t-il que des principes de morale facilement saisissables, une sorte de doctrine du bon sens.
Les propositions socialistes du Manuel condamnées à la Chambre demandaient l'abolition de l'intérêt par l'établissement du crédit gratuit, la concentration entre les mains de la République de tous les organes du commerce et de l’échange, enfin la création d’un impôt progressif pour permettre de réaliser l'égalité des conditions. On reconnaît dans la première de ces idées l'influence de Proudhon, dans la deuxième celle de Fourier ; l’autre formule un vœu à peu près général à l’époque dans tous les partis socialistes. Mais le ton du Manuel, encore plus que ses idées avaient soulevé l’indignation, vraie ou feinte, de la majorité. Renouvier ne fait qu'accentuer encore ses expressions dans la préface de sa deuxième édition : il s'élève lyriquement contre l’égoïsme et l'hypocrisie des possédants qui essaient de faire croire au peuple qu'ils gouvernent par lui et en son nom, alors qu'ils ne font « qu'exploiter l’homme pour eux, leurs amis et leurs castes, par habitude et par instinct ». Les élections de 1848 (1) avaient envoyé à la Chambre une majorité réactionnaire à qui Renouvier dénie le titre de véritable représentation nationale ; la démocratie est encore à fonder et le peuple, au moment où il écrit, ne doit pas compter sur ses élus pour la lui donner.
Leur hypocrisie est apparue tout entière, le jour où ils ont condamné le Manuel. Ils se sont indignés de ce que l'élève y demande à l’instituteur s'il n'existe pas « des moyens d'empêcher que les riches mangent les pauvres » et de ce que l’instituteur réponde qu'on « fera des lois pour cela, quand on voudra » ; et
(1) Cf, Louis M£Narp, Prologue d'une Révolution.
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