LES
EXPOR-
TATIONS
LA FLOTTE. LE COMiMERCE. l'eMPIRE.
Pays européens. — L'Europe n'est plus le principal domaine du commerce britannique. Mais de longues traditions, la proximité géographique, des analogies de civilisation maintiennent des liens étroits entre le continent et l'archipel; la nature des échanges varie selon la structure économique de chaque pays. Des Pays-Bas, pays agricole, la Grande-Bretagne reçoit de la margarine, du lait condensé, du sucre, du papier de paille, du beurre et du fromage; elle leur envoie des filés de coton, des machines, du charbon, des tissus de laines et de coton, des articles d'acier. De la Belgique, pays industriel, elle importe de la verrerie et des "fils de laine ; elle lui vend des articles manufacturés en coton et en fer, qui complètent ce que le pays ne suffît pas à fabriquer. Les pays Scandinaves expé-. dient les produits de leurs forêts, le bois et la pulpe; ils reçoivent de grosses cargaisons de houille britannique; le Danemark trouve sur le marché britannique un débouché pour son beurre, ses œufs et son lard. L'économie britannique et l économie russe sont nettement complémentaires l'une de l'autre : l'une fournissant des articles manufacturés en acier, en coton, en laine et en cuir, l'autre, des matières brutes ou alimentaires, bois, lin et chanvre, blé, beurre et œufs, pétrole, margarine : tels étaient les échanges avant la Grande Guerre, et tels ils se reconstituent peu à peu, sauf pour les vivres que la Russie n'exporte plus. Jusque vers lemiheu du xix^ siècle, les relations de la Grande-Bretagne avec les pays allemands furent celles d'un pays manufacturier avec des pays agricoles; les étoffes anglaises s'échangeaient contre les grains germaniques; mais l'Allemagne, s'étant industriahsée, vend maintenant à la Grande-Bretagne de grandes quantités d'articles manufacturés, machines, jouets, teintures et couleurs, verreries, tissus, dont plusieurs concurrencent la fabrication britannique. Pour les Iles Britanniques, la France fait figure de pays méridional ; aussi dès le moyen âge les vins français du Bordelais y trouvaient un vaste marché; aux vins s'ajoutent aujourd'hui les produits délicats de notre agriculture, beurre, légumes, fleurs, fruits; mais ce que nous vendons surtout, c'est toute une variété d'articles fabriqués, ouvrages d'une main-d'œuvre experle : vêtements, soieries, rubans, draps, gants, automobiles; de son côté, la France est le meilleur client de la houille britannique, et elle achète aussi en Grande-Bretagne des machines, des tissus, des filés, de l'acier, ainsi que des produits étrangers qui passent par les entrepôts anglais, laine, jute, caoutchouc, peaux. Dans tous les pays de la Méditerranée, le commerce britannique pénètre avec ses articles familiers : charbon, tissus et fils de coton, tissus de laine, produits métallurgiques et, souvent aussi, poissons; par contre, chaque pays expédie, vers les marchés britanniques, qui absorbent beaucoup et paient bien, les produits originaux de sa terre et de son climat : le Portugal, des vins, des fruits, des poissons, du liège; l'Espagne, des vins, des fruits, des minerais; l'Italie, des fruits, de l'huile, du chanvre, du soufre, du minerai de fer; la Grèce, des raisins de Corinthe; la Turquie, des fruits, du blé, de la laine; la Roumanie, du maïs et du blé. Dans son ensemble, le commerce avec l'Europe représente 35 p. 100 du commerce britannique, et même le continent européen constitue toujours le principal débouché des exportations britanniques : la Grande-Bretagne a besoin pour ses échanges d'une Europe tranquille et riche.
Pays tropicaux. — C'est sur l'exploitation des pays tropicaux qu'elle a fondé les bases de son commerce universel à partir du xvi^ siècle et du xvii^. Le commerce africain, issu de la traite des nègres, perdit en elle la meilleure de
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ses opérations; mais il retrouva sa prospérité avec le développement des plantations et l'organisation de la cueillette; tous les produits africains trouvent un débouché en Grande-Bretagne : coton, graines oléagineuses de l'Afrique orientale; ivoire, épices, caoutchouc, gomme de Zanzibar; sucre de l'île Maurice; noix et huile de palme, coton de la Nigeria; cacao, huile de palme, caoutchouc, kola de la Côte d'Or et de Sierra Leone ; et partout, auprès des populations noires, arrivent les ballots de cotonnades britanniques, si précieuses que parfois elles servent de monnaie. Par les Antilles, les commerçants anglais entrèrent en contact avec les immenses territoires de l'Amérique tropicale; ils y portent encore leurs cotonnades, leur charbon, leurs machines; ils en ramènent toute la variété des produits de cette vaste zone : sucre, rhum, riz, or de la Guyane; sucre, cacao, café, bananes, coton, pétrole des Indes occidentales; cacao de l'Équateur; caoutchouc de l'Amazonie. Mais les pays tropicaux en Afrique et en Amérique ne possèdent encore qu'une faible population; au contraire, par leurs énormes agglomérations humaines, ils offrent en Asie un domaine d'une richesse incroyable. Vers l'Inde, l'Indochine, les Détroits, l'Insulinde, la Chine, le Japon, vers tous ces pays chauds consommateurs d'étoffes légères, on voit affluer en masses colossales les cotonnades du Lancashire; partout où se créent des chemins de fer et des usines, arrivent le matériel et les machines de Grande-Bretagne. Dans le courant de retour figurent les productions personnelles de chaque pays : le blé, le thé, le coton, le jute, l'indigo de l'Inde; le thé et la soie de Chine; l'étain, le poivre, le caoutchouc des Détroits; le sucre de Java; le riz de Siam et de Birmanie.
Pays tempérés hors d'Europe. — Sauf les États-Unis, les pays extraeuropéens de la zone tempérée apparurent assez tard dans le commerce britannique, les uns après les autres, au fur et à mesure de leur colonisation. Mais leur commune originalité résulte de ce que leur climat les rend propres aux mêmes produits que l'Europe, de ce qu'ils sont peuplés d'Européens et de ce que cette population est fort peu dense; de là dérivent les caractères de leur économie qui les rend étroitement solidaires de la Grande-Bretagne : excédents énormes de produits agricoles très demandés par les consommateurs britanniques; insuffisance des produits industriels nécessaires à toute société de civilisation européenne. Ainsi la Grande-Bretagne reçoit le coton, le blé, la farine, la viande, le tabac des États-Unis; la laine, le blé, le beurre, le mouton d'Australie; le blé, le bois, le fromage du Canada; la laine de l'Afrique australe; la laine, le mouton de Nouvelle-Zélande; le blé, le maïs, la viande d'Argentine; le nitrate du Chili. Acheteur de matières brutes, le Royaume-Uni fournit en retour, des articles manufacturés : étoffes de laine, étoffes de coton, toiles, machines, produits métallurgiques. Ces pays d'outre-mer, presque tous colonies ou anciennes colonies britanniques, forment actuellement le plus riche des champs d'affaires de la Grande-Bretagne : elle y envoie le tiers de ses exportations, et elle en reçoit la moitié de ses importations. A eux seuls les États-Unis fournissent plus du cinquième des importations britanniques. La Grande-Bretagne tient une place prépondérante dans la vie économique de toutes ces nations : elle attire une forte part de leurs exportations : du Canada le quart (le tiers en 1913), des États- Unis le tiers, de l'Argentine la moitié, de l'Afrique australe les trois quarts, de l'Australie la moitié, de la Nouvelle-Zélande plus des quatre cinquièmes.
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Le commerce de transit. — Le commerce universel amène en Grande- Bretagne beaucoup de marchandises que le pays ne consomme pas et qu'il réexpédie; ces opérations fructueuses datent de l'époque où l'Angleterre prit la place de la Hollande comme entrepôt des produits de l'Orient et des tropiques; elles s'étendent aujourd'hui à des matières premières que la Grande- Bretagne fait venir pour son usage et dont elle est le marché pour d'autres pays. Par rapport à la valeur totale des exportations britanniques, la valeur des produits coloniaux et étrangers réexportés représentait le quart en 1861-1865, le cinquième en 1900-1910, le sixième en 1913, le huitième en 1921-1922; elle se chiffrait par £109 millions en 1913 et £103 millions en 1922. Toutes ces marchandises recueillies à travers le monde et transportées en Angleterre sur des navires britanniques consistent essentiellement en matières premières : coton, laine, caoutchouc, lin, jute, peaux ; elles comprennent aussi des denrées chères comme le thé et le café. Par les commissions, par les escomptes, par les transactions et les services qu'elles exigent, elles apportent de gros bénéfices, et elles constituent l'un des éléments de la puissance financière de la Grande-Bretagne.
Les capitaux britanniques. — On ne se ferait qu'une image infidèle du commerce britannique, si l'on ne considérait que la masse des marchandises qu'il achète, qu'il transporte et qu'il vend : il importe aussi de considérer la circulation des capitaux. Dans la puissance capitaliste de la Grande-Bretagne, fruit des épargnes de plusieurs siècles de négoce et de fabrique, réside un principe fondamental de sa force matérielle; elle distribue cette réserve d'énergie dans le monde entier pour alimenter les grandes entreprises d'où sortiront de nouvelles richesses avec de nouvelles opérations commerciales. Elle prête de l'argent aux pays qui grandissent et qui s'équipent; elle féconde les terres vierges; elle outille les peuples jeunes. On évaluait en 1922 à environ £ 4 milliards les capitaux britanniques placés hors de la Grande-Bretagne et à plus de £ 200 millions le revenu annuel de ces capitaux. Sur ce total, 53 p. 100 se trouvent en Amérique, 16 en Asie, 14 en Afrique, 12 en Australasie, 5 en Europe. On a vu ces capitaux fonder des usines en Allemagne, en France, en Espagne, en Portugal, en Russie, en Italie; mettre en exploitation des gisements de pétrole dans le Caucase, le Mexique, la Malaisie, la Perse; construire des chemins de fer et des ports en Chine, au Brésil, en Argentine. Il existe peu de pays dans le monde qui ne prélèvent chaque année sur leur travail la rente à payer à un capital britannique. Mais les lieux d'investissement préférés se trouvent surtout dans les colonies; depuis le début du xx^ siècle, on constate une tendance de plus en plus marquée vers les placements coloniaux plutôt que vers les placements étrangers; près de £2 milliards travaillent dans l'Empire, dont 580 000 000 au Canada, 445 000 000 en Australasie, 390 000000 dans l'Inde, 455 000 000 en Afrique. Dans tout l'Empire, Londres, le banquier de tous, lance les emprunts publics et recrute des fonds pour les entreprises privées. Chemin de fer, mines, usines, plantations, docks, presque toute cette modernisation de l'Inde est œuvre britannique. Rien que dans le Bengale, 63 usines de jute, 300 plantations de thé, 530 compagnies houillères fonctionnent avec des capitaux presque tous britanniques. Toutes les banques, les trois quarts du négoce extérieur, les compagnies de navigation sont entre des mains britanniques. Ce sont des financiers de Londres qui ont fait la fortune du sucre en Egypte et aux Indes Occidentales, de la laine en x\ustralie.
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du bois au Canada, du caoutchouc en Malaisie, des mines d'or et de diamant de l'Afrique du Sud. Cette dépendance financière, dans laquelle la Grande-Bretagne tient une partie du monde, est une chaîne sans fin qui multiplie les relations commerciales. Par le colossal mouvement de fonds qu'elle entretient, elle fait de Londres une banque universelle que toutes les nations utilisent pour la balance de leur crédit et de leur débit. Les pays qui se servent de la Grande-Bretagne comme agent financier entrent naturellement dans sa clientèle commerciale ; une partie des capitaux qu'on leur avance arrivent sous la forme d'exportations britanniques : matériel de chemin de fer, matériel électrique, matériel de mines, engins et outils en fer, machines; d'autre part, les intérêts de ces placements reviennent en Grande-Bretagne sous la forme de produits bruts et de matières premières; ainsi s'expliquent les excédents de l'importation sur l'exportation : ils représentent, pour une partie, en céréales, en viande, en laine, en minerais, l'intérêt des capitaux placés au dehors et, par suite, de nouvelles disponibilités dont la Grande-Bretagne enrichie fera profiter d'autres entreprises.
L'ÉVOLUTION DU COMMERCE EXTÉRIEUR. — Jusqu'cu 1913, le commerce extérieur de la Grande-Bretagne dépassait en valeur celui de tout autre pays; depuis la Guerre, il est dépassé par celui des États-Unis; en 1921, £ 2 007 000 000 contre 1 720 000 000. Ce déclin relatif, brusquement traduit par les statistiques, résulte d'une évolution déjà ancienne qui modifie lentement les positions respectives des peuples dans le monde. Il semble que l'apogée de la prépondérance économique de la Grande-Bretagne se place vers les années 1870-1880; c'est alors que l'on voit paraître les symptômes de l'essor industriel des États-Unis et de l'Allemagne, et même d'autres pays plus jeunes qui s'éveilfent. On ne peut pas parler de décadence, puisque la valeur du commerce extérieur ne cesse pas de s'accroître : £311 000 000 pour 1854-1863; 606 000 000 pour 1874-1883; 731 000 000 pour 1894-1903; 918000 000 pour 1903-1912; mais cet accroissement progresse beaucoup plus lentement que celui des rivaux. Cette rivalité porte à la fois sur le terrain industriel et sur le terrain commercial.
L'exportation d'articles manufacturés qui, de 1880 à 1904, s'était accrue de 9 p. 100 pour la Grande-Bretagne, avait grandi pendant la même période de 239 p. 100 pour les États-Unis et de 61 p. 100 pour l'Allemagne. Les produits de l'industrie étrangère pénètrent sur les marchés britanniques au point d'inquiéter le commerce. Une enquête officielle de 1897 révèle déjà le péril américain, le péril allemand, le péril japonais; elle montre les produits métallurgiques de l'Allemagne à Hongkong, à Singapour, en Australie; ses cotonnades dans les Antilles et la Malaisie; elle signale, sur de nombreux marchés étrangers, la concurrence des étoffes françaises, des machines américaines, des produits chimiques allemands, des verreries belges. D'année en année, on a pu multiplier ces constatations jusqu'à l'épreuve terrible de la Grande Guerre, qui a renforcé l'industrie métallurgique des États-Unis et l'industrie cotonnière du Japon.
En même temps que croissaient ou naissaient des centres industriels à l'étranger, on assistait au déplacement des centres commerciaux. Les marchés des grands produits tendent à quitter les anciens ports d'entrepôt pour se rapprocher des centres de consommation. Des relations directes s'établissent ainsi entre les producteurs et les consommateurs, au détriment des organes distributeurs. Le coton, la laine, les céréales, le café, le pétrole arrivent directement à Anvers, à Hambourg,
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à Rotterdam ou au Havre : le commerce de Londres perd ainsi ce que gagnent d'autres ports. En outre, plusieurs pays cherchent à constituer une flotte marchande; des transports échappent à la marine britannique; on put voir, avant la guerre, des lignes de navigation allemandes exploiter des services entre l'Europe et plusieurs colonies britanniques. Depuis la guerre, l'évolution s'accentue : de grands marchés de caoutchouc, d'étain, de café se fixent aux États-Unis; des lignes de navigation américaines et japonaises desservent des mers que l'on pouvait penser appartenir au domaine britannique. Dans cette rivahté, l'éloignement géographique agit de plus en plus contre le commerce britannique : certains pays tendent à se ranger dans l'orbite économique de la nation industrielle la plus rapprochée; des colonies britanniques, comme le Canada et les Indes Occidentales, subissent l'attraction des États-Unis; le négoce britannique doit lutter en Scandinavie et en Russie contre les Allemands, en Chine contre les Japonais et les Américains, dans le Brésil, le Pérou et le Chili contre les Américains. Jusque vers le dernier tiers du xix" siècle, le commerce britannique avait conservé la suprématie universelle. Il rencontre maintenant la compétition de nations fortes et riches, et même de nations jeunes, qui chaque jour arrachent à son domaine quelque morceau.