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L'HYDROGRAPHIE DE L'ATLANTIQUE

L'hydrographie de l'Atlantique européen dépend essentiellement du courant chaud qu'on peut appeler le courant atlantique et qui se meut du Sud- Ouest au Nord-Est. Il se définit très clairement par sa température élevée (fig. 12) et par sa forte salinité jusqu'à de grandes profondeurs.

Dans les eaux du Nord-Ouest de l'Écosse, la température moyenne de l'année reste entre 9 et 10 degrés, la salinité, entre 35 et 35,5 p. 1 000. De l'autre côté de l'Atlantique, dans les eaux américaines, à même latitude, on note la prédominance des températures de 0 à 5 degrés et des salinités inférieures à 33 p. 1 000. Autre exemple du même contraste : tandis qu'au Sud du cap Farewell (Groenland), d'après les observations du Valorous en 1875, l'isotherme 7°,! ne descend pas au-dessous de 90 mètres de profondeur, on la voit, dans le chenal Faer-Œer- Shetland, d'après les observations du Lightning en 1869, descendre à plus de 900 mètres. Ces conditions élevées de température et de salinité ne se limitent pas à la surface du courant; elles s'imposent à d'épaisses couches d'eau: au Sud du seuil Wyville-Thomson, elles se maintiennent jusque vers 1 000 mètres de profondeur.

L'origine de ces eaux chaudes a longtemps été attribuée au Gulf Stream; on pensait que ce courant atlantique n'était que la continuation du grand courant qui débouche du golfe du Mexique et qui, cheminant à travers l'Océan, venait baigner les côtes d'Europe après avoir longé les côtes américaines. Certains faits : transports de plantes et dérives d'épaves, semblaient révéler un gigantesque mouvement des eaux, de l'Amérique du Nord vers l'Europe; d'autre part, l'existence d'un courant rapide entre la Floride et les Bahamas, marchant parfois à 200 kilomètres par jour et présentant sur une épaisseur de 150 mètres une température de plus de 20°, ne pouvait manquer de frapper les esprits. En réalité, ce Gulf Stream termine sa carrière vers l'extrémité des bancs de Terre-Neuve, à plus de 2 800 kilomètres de l'Irlande; au delà de ces parages, il ne peut plus être question de ce « fleuve » énorme coulant dans un lit d'eaux froides; il a perdu toute sa personnalité.

On attribue généralement l'origine du courant atlantique ou de cette dérive des eaux océaniques aux conditions générales de la circulation atmosphérique sur l'océan Atlantique, à l'Est de 30-40 degrés de longitude. Sous l'action des vents dominants du Sud-Ouest, il se produit un déplacement général des eaux

LES MERS

chaudes des basses latitudes vers le Nord-Est; le courant s'avance jusqu'à de hautes latitudes par les passages que la configuration des terres lui ouvre entre l'Islande et l'Ecosse et surtout entre les Fser-Œeret rÉcosse;sur le trajet qu'il suit au milieu des terres plus froides, il se crée à lui-même de nouvelles forces; car, dever ant le siège de dépressions barométriques, il transporte avec elles, plus loin vers le Nord, l'air tiède et l'eau chaude des régions atlantiques. Cette origine n'est sans doute pas la seule. Elle ne suffit pas à expliquer pourquoi, dans l'Atlantique oriental, on rencontre des eaux chaudes et salées jusqu'à d'aussi grandes profondeurs; le cheminement superficiel des eaux, constamment poussées par le vent, ne permet pas de comprendre pareille accumulation. Des explorations récentes ont découvert l'arrivée d'une eau chaude et salée qui sort de la Méditerranée par le détroit de Gibraltar et qui, maintenue par la rotation de la Terre le long du bord occidental du continent européen, s'avance jusque dans les parages de Rockall, minuscule îlot à 400 kilomètres dans l'Ouest des Hébrides, en une couche comprise entre 600 mètres et 1 000 mètres. La présence de cette couche d'eau chaude, soupçonnée déjà lors du voyage de la Porcupine, observée par Nansen et confirmée par le Planet en 1906 dans le golfe de Gascogne, ne paraît guère s'expliquer autrement que par une origine méditerranéenne. C'est en partie pour cette raison que les eaux profondes de l'Atlantique oriental sont plus chaudes et plus salées que celles de l'Atlantique occidental et que celles d'aucune autre mer du monde pour la même profondeur : c'est un véritable empilement de couches d'eau chaude qui se presse jusqu'à 1 600 mètres de profondeur le long de notre socle continental.

Ces conditions de l'hydrographie profonde de l'Atlantique européen apparaissent en une lumière saisissante quand on les oppose à celles de la mer de Norvège. Le seuil islando-britannique établit, de chaque côté de la crête Wyville- Thomson, un contraste remarquable entre le domaine atlantique et le domaine arctique. De part et d'autre de ce seuil étroit qui joue le rôle d'une épaisse muraille, les eaux profondes s'opposent, ainsi que le montrent les observations suivantes du Valdivia :

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