I. — LES PAYSAGES IRLANDAIS
De quelque côté qu'on aborde l'Irlande, sauf sur la courte distance qui sépare Dublin de Dundalk, on a l'impression d'une île montagneuse. En réalité, les montagnes, les hautes terres de l'île se groupent dans le Nord et le Sud, laissant entre elles, au centre du pays, une grande plaine basse où l'on peut circuler de Dublin à Galway sans rencontrer de grands accidents du sol.
Les montagnes irlandaises. — Les montagnes d'Irlande ne forment pas des massifs compacts, ni des chaînes continues. Des vallées, des dépressions, des couloirs les traversent et les morcellent. Dans le Sud de l'île, le long du Barrow, de la Suir et de la Blackwater, on passe des plaines centrales aux côtes méridionales sans percevoir de seuils de partage. Dans le Nord, depuis la baie de Donegal jusqu'à la baie de Dundalk, sur toute la largeur de l'île, un réseau serré de vallées fluviales et de dépressions lacustres décompose le pays en petits massifs isolés. Ainsi tout le relief se débite en compartiments séparés, bien individualisés, le plus souvent très originaux par la silhouette et le modelé.
A l'Est, depuis Dublin jusqu'à Wexford, entre les vallées de la Lifîey et de la Slaney, se dressent les monts de Wicklow, bâtis de grès, de quartzites, de schistes et de granités, s'élevant à plus de 1 000 mètres au Lugnaquilla. Leur proximité de Dublin les fait connaître et rechercher pour la grandeur ou le charme de leurs sites : larges croupes des sommets couvertes de bruyères; chaos de blocs et de buttes laissés par les anciens glaciers; gorges sauvages où
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s'enfoncent les rivières, la Dargle, la Vartry et la Lifîey; délicieuse vallée (vale) d'Ovoca, dont les eaux s'écoulent parmi les rochers vêtus de lierre et de mousse sous les futaies de hêtres, de chênes et de mélèzes; silhouettes imprévues et hardies des bancs de quartzite redressés, cônes ou pains de sucre pointant audessus de la tranquillité des formes de la vieille montagne (pl. XVII, A).
L'impression montagnarde s'accentue, au Sud-Ouest de l'île, dans les monts du Cork et surtout dans le Kerry, au sein des puissantes assises du Vieux grès rouge où se sculptent les reliefs peut-être les plus grandioses de toute l'Irlande : bastions puissants du Carrantuohill (1 140 m.), le plus haut sommet de l'île; escaliers gigantesques des Macgillicuddys Reeks; cirques escarpés et sauvages des environs de Killarney, portant toute fraîche encore l'empreinte des glaciers, promontoires rocheux battus par les vagues (pl. IX et XVII, B).
A cause de la puissance de l'action glaciaire, il y a plus d'uniformité et de sévérité dans les paysages de l'Irlande du Nord-Ouest. Rien n'est plus sauvage ni plus triste que les hautes terres du Connemara et du Mayo avec leurs nappes sombres de bruyères, leurs vallées désertes, leurs tourbières, leurs lacs innombrables, leurs parois nues polies par la glace au point de briller comme du verre sous certains jeux de lumière, leurs crêtes déchiquetées par les cirques; çà et là seulement surgissent des formes hardies, tantôt les pics coniques des quartzites du Croagh Patrick (835 m.), du Slievemore, des Twelwe Pins, tantôt les sommets tabulaires des grès du Mweelrea (895 m.). Sur les roches cristallines du Donegal, ce sont les mêmes surfaces régulières, couvertes de tourbe et baignées d'humidité, qui rappellent les highlands écossais : sur ces horizons désolés, on voit parfois se dresser les vigoureuses saillies de quelques masses de quartzite : le mont Errigal (750 m.), le Slieve League, l'Aghla (pl. XVIII, A).
Plus de variété dans la constitution géologique donne une physionomie plus originale au Nord-Est de l'Irlande. Tandis que le reste de l'île ne contient pas de sédiments marins postérieurs au houiller, l'Ulster fut recouvert par des mers plus récentes; sur leurs dépôts plus tendres de larges dépressions s'ouvrent, suivies par les vallées de la Bann, du Blackwater et du Lagan. On voit ainsi se presser les affleurements de roches diverses : grès et marnes du Trias contenant les gisements de sel gemme de Carrickfergus, argiles du Jurassique sapées par les pittoresques éboulements de la côte, assises de la craie dont les coulées noires du basalte couronnent les blanches falaises. Sur les plateaux de l'intérieur, une nappe de basalte, parfois épaisse de plus de 300 mètres, forme la surface. Parmi les lits de la roche volcanique et correspondant à des phases de repos du phénomène éruptif, on trouve des couches de minerai de fer exploitées à Glenarifî et des dépôts de bauxite, matière première de l'aluminium, exploités à Ballintoy. Au milieu de ces plateaux basaltiques de l'Antrim, une dépression d'effondrement, type unique en Irlande, contient le lough Neagh, le plus grand des lacs britanniques (400 km^); alors que les autres lacs irlandais se répartissent en longues flics et en essaims, il se présente isolé, dans un cadre aux larges horizons, entre des rives alluviales couvertes de champs et de prairies. Sur la côte, dans les flancs de la masse de basalte, la mer a taillé des falaises merveilleuses, avec des ravins sauvages, des arches, des piliers et des colonnades, des couloirs mj^stérieux où mugissent les vagues; chaque coulée de lave solide se révèle dans la gigantesque paroi par un escarpement en gradin; souvent la roche démolie s'entasse en chaos de blocs et de ruines; plus bas, au niveau des eaux, les prismes
Phot. Lawrence, Dublin.
A. LA VALLÉE D OVOCA, DANS LES MONTS WICKLOW (iULANDE).
Large vallée travaillée par les glaciers. Montagnes aux surfaces tranquilles.
I iiiii. Lawrence, Dublin.
li. LES LACS DE KILLAIi.NEY, DANS LES iMONTA(;NES DU KEItllY (iRLANDE).
Sommets de Vieux grès rouge; landes sur les montagnes.
G. L'.. I. I. Pl.. XVII.
Phot. Lawrence. Oiilplin.
A. LE MOXT EHRIGAL, DANS LE DONEGAL.
Masse de qunrtzite, dominant un plateau désert que couvrent la lande et la tourbe.
Pliot. Lawrence. Dublin.
B. LE LODGH EltXE SUPÉltlEUH, DANS LE FERMAN'AGH.
Large expansion d'eau, aux rives plates et tourbeuses, semée d'iles, bordée de prairies sur les croupes plus élevées.
G. U., t. I, Pl. XVIII.
L IRLANDE
de basalte donnent ces rangées de piliers et ces pavages de dalles géométriques qui ont rendu célèbre la Chaussée des Géants (pl. III, IV et V). ,
La plaine centrale. — En opposition avec les grandeurs pittoresques de la montagne, c'est une plaine qui occupe le centre de l'Irlande, plaine basse et faiblement accidentée, où les rivières se traînent de lac en lac, de tourbière en tourbière, sans que rien ne permette aux yeux de distinguer l'eau courante de l'eau stagnante. Longue de 160 kilomètres et large de 80 kilomètres, elle dépasse rarement l'altitude de 100 mètres. Les bassins fluviaux qui s'y touchent confondent parfois leurs eaux; entre la Lifïey et le Barrow, entre le Barrow et le Shannon, le seuil de partage est insensible.
Le paysage de la plaine irlandaise est déterminé, pour une grande partie, par le calcaire qui constitue le sous-sol, masse rocheuse aux couches horizontales, facile à dissoudre et à niveler (fig. 32).
On le voit affleurer parfois, comme dans le Burren district du comté de Clare et dans les environs d'Ennis, sur de vastes étendues : ce sont des surfaces de roche nue, stériles et désertes, débitées en blocs rugueux par des crevasses et des ravins : un paysage de Causse ou de Garrigue, sans la lumière de notre Midi. Roche fissurée et perméable, le calcaire se prête, surtout, à l'Ouest dans le Clare, le Mayo et le Galway, à un remarquable développement des phénomènes karstiques : dissolution, chenaux souterrains, pertes de rivières, grottes et cavernes, surfaces criblées de trous et de dépressions. Tantôt ces dépressions ne sont que de simples creux à fond presque toujours sec, localement appelés sluggas ou sluggys ou encore swallow holes. Tantôt ce sont des turloughs ou blind loughs, lacs à niveau variable, qui s'emplissent et se vident par le fond selon les oscillations du niveau de la nappe d'eau; en hiver, ils débordent sur les champs et les prés; en été, le bétail qu'ils abreuvaient doit aller matin et soir, quand il fait sec, boire à plusieurs milles de distance. Ces lacs périodiques pullulent en Irlande (pl. XIX, A).
A l'intérieur du sol, le drainage s'effectue par tout un système de chenaux souterrains. On trouve un exemple remarquable de cette circulation souterraine dans l'isthme calcaire qui sépare le lough Mask du lough Corrib (Connemara) : cet isthme, large de 5 kilomètres, ne montre pas de chenal visible, si ce n'est les restes d'un canal artificiel, jadis creusé pour établir une communication navigable entre les deux lacs, mais qui n'a jamais servi, parce que l'eau se vidait par les fissures du fond; la communication s'établit souterrainement; l'eau
Fig. 32. — ■ L'extension du calcaire en Irlande.
1, Régions calcaires; 2, Régions non calcaires. Cette extension coïncide presque exactement avec l'extension des plaines.
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reparaît à Cong en de belles sources, comme le Loiret et la Touvre, au milieu de vertes pelouses ombragées par des hêtres majestueux. Les grottes et les cavernes, œuvres des eaux souterraines, comptent parmi les beautés naturelles de l'Irlande; elles sont nombreuses dans le Clare, le Sligo et le Galway. La grotte de Mitchelstown, dans le Tipperary, a livré des trésors à l'archéologie préhistorique. A 16 kilomètres Sud-Ouest d'Enniskillen, dans le Fermanagh, la célèbre Marble Arch, avec ses cheminées, ses tunnels, ses galeries et ses goufîres, rappelle les paysages classiques du Karst et des Causses.
Le sol de la plaine est si bas et si plat que la roche calcaire, saturée d'eau jusqu'à la surface, porte une multitude de lacs, plus grande que dans beaucoup de pays d'argile imperméable. Cette eau, qui demeure sans cesse à fleur de terre, constitue un agent permanent de dissolution qui élargit perpétuellement les bassins des lacs et les chenaux des rivières : de là, ces singulières expansions d'eau de contours si bizarres et si irréguliers, semées d'une poussière d'îles plates, dont on ne saurait dire si elles sont des épanouissements de rivières ou des fonds de plaine submergés : lacs Allen, Ree et Derg le long du Shannon, lacs Corrib et Mask au pied des monts du Connemara, lacs Erne se déversant dans la baie de Donegal. L'Irlande est un pays de lacs; l'eau y couvre un cinquantième de la surface totale; dans le Connaught, c'est un vingtième (fig. 33).
On peut donner, comme type de l'hydrographie irlandaise, le Shannon, le plus important des fleuves irlandais, dont le bassin couvre un cinquième du pays, la plus longue des rivières britanniques, puisqu'elle mesure 305 kilomètres, sans compter l'estuaire. Sauf dans le court tronçon pittoresque qu'il franchit aux chutes de Killaloe, il exprime les caractères mêmes de la plaine qu'il draine, par les originalités de son cours et de son régime : sa naissance dans un petit lac, le Legnashinna, nourri lui-même par une rivière souterraine; sa pente insensible, 11 mètres sur 175 kilomètres depuis le lough Allen jusqu'à Killaloe; l'indécision de ses berges parmi les lacs et les tourbières; ses détours brusques provenant d'une constante incertitude du chenal au travers d'un territoire criblé de trous; l'étonnante régularité de son débit due à l'abondance régulière des pluies et à la faible hauteur du bassin; ses sécheresses d'été provoquées par le pouvoir absorbant de la tourbe; la succession de lacs énormes qu'il traverse, véritable barrière d'eau qui de temps immémorial fit du cours du Shannon la séparation entre le Meath et le Connaught, et du Connaught lui-même une sorte d'île immense, isolée dans l'Ouest de la grande île (pl. XVIII, A, et XIX, B).
Les aspects de la surface; les sols; la tourbe. — Les paysages irlandais ne procèdent pas seulement de l'influence des roches profondes : ils doivent beaucoup de leurs aspects familiers à des éléments superficiels qui sont comme le vêtement du pays, au manteau de matériaux de transport et à la carapace de tourbe qui masquent sur presque toutes les plaines l'ossature fondamentale.
Les dépôts glaciaires ont une grande extension en Irlande; ils couvrent les deux tiers des surfaces inférieures à 350 mètres. Ces sols de drift, meubles et riches en éléments calcaires, constituent, remaniés ou non par le ruissellement, les meilleurs terroirs de l'île. Grâce à eux, toute la partie orientale de la plaine fut de tout temps la région la mieux cultivée et la plus habitée de l'Irlande; là se pressent les monuments mégalithiques, les champs de bataille, les châteaux, les résidences royales. Dans la partie occidentale, le long de l'estuaire et du
Phot. A. Deiiiangeon.
PAYSAGE DE CALCAIRE, A CORROFIN, AU NORD D ENNIS COMTÉ DE CLARE, IRLANDE).
Pliol. A. Deraangeon.
li. LA VALLÉE DU SHANNON, AU SUD DE KILLALOE.
Au fond, Tountina Mountain (environ 5oo mètres). La vallée, peu large, est ici taillée dans des roches dures; et la rivière ne se répand ni en lacs,
ni en marais.
G. i;., \. l, l'i,. Xl.\.
Plinl. Liiwience, Diililin.
A. CHAUMIÈRi; DU DONEGAL,
DANS l'ouest irlandais.
Près de l'entrée, le tas de tourbe.
l'Iiot. Lawrence. Dubli
l; - ] \ IM.OITATION DE LA TOURBE A BALLYMEiNA, DAMS l'ouest IRLANDAIS.
Phot. A. Deinangeon
THOUPEAU DE BŒUFS DANS LA Sl!IH, A GRAIGUEXOE, PRES DE THURLES.
G. U., t. I, Pl. XX.
l'irlande.
cours inférieur du Shannon, s'étendent de grasses campagnes au foin savoureux, oïl vit tout un essaim de fermes laitières. Ailleurs, entre les massifs presque déserts, les vallées continuent la plaine en de larges sillons fertiles : vallées du Laganet du Bann dans l'Ulster, avec leurs riches terres à lin; vallée Dorée {Gol-
FiG. 33. — La région des lacs de l'Erne et du haut Shannon.
La surface est criblée de lacs: les vallées sont de larges expansions d'eau, irrégulières, semées d'îles. Sauf le lac Allen, <iont les contours sont assez réguliers, les lacs, aux rives sinueuses et découpées, se trouvent sur le calcaire carbonifère. Larges vallées dont plusieurs se rejoignent par leur tète, sans faîte de partage. — Courbe de niveau en pieds 'I pied = 0 m. 304).
den volé) du Tipperar^', dont le sol excellent fait la fortune du pays depuis Cashel jusqu'à Limerick; dépressions intérieures et littorales des comtés de Cork, de Waterford et de Wexford, dont les terres légères et chaudes ont fixé les meilleurs districts à orge de l'île. Ces terroirs agricoles portent l'empreinte d'une longue occupation de l'homme; le paysage y est une création de la culture;
Géographie universelle. — Iles Britanniques.
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il apparaît comme un bocage fait d'une multitude d'arbres disséminés, de chênes et de frênes, quelquefois de hêtres; selon les régions, des haies vives, des murs en pierres sèches ou des levées de terre entourent les prairies et les champs. Mais, même quand les haies sont moins drues et les arbres moins pressés, l'impression de fraîcheur et de verdure domine; sur cette terre imprégnée de vapeurs et baignée de brouillards, les mousses et les lierres tapissent les murs et les pierres; la verdure ne s'éteint jamais entièrement; elle donne une parure permanente à l'île émeraude, à la verte Érin (pl. XIII, B).
A ces paysages agrestes et bocagers s'oppose la tourbière. La tourbière
(bog) constitue l'élément le plus particulier du paysage irlandais (fig. 34). Étalée sur les dépressions des plaines et sur les versants des montagnes, elle couvre le septième de la surface du pays. Localement elle occupe des étendues considérables : plus du dixième de la surface dans le King's County, le Longford, le Roscommon; plus de la moitié dans le West Mayo.
Tout favorise son maintien et même son développement :
l'humidité constante de l'air, les pluies abondantes, l'étendue des nappes lacustres dans les plaines, les formes tranquilles des sommets dans les montagnes; en certains endroits du Connemara, on voit la tourbe se former sur des sols très perméables, sur des dépôts de galets et à tous les niveaux.
C'est dans la plaine centrale qu'on trouve les plus grandes étendues de tourbières. Dans les comtés de Kildare, de King's et de Meath, l'immense Bog of Allen couvre près de 100 000 hectares. Une longue traînée de tourbières accompagne le cours du Shannon depuis le lough Allen jusqu'au lough Derg. La masse tourbeuse y atteint une épaisseur moyenne de 6 à 10 mètres, quelquefois 15 à 16 mètres. Le paysage irlandais ne se conçoit pas sans ses tourbières. Parfois on peut marcher plusieurs journées sans les perdre de vue. De vastes surfaces plates et basses à perte de vue, si basses que le Grand Canal les domine au Sud d'Edenderry; de sombres landes d'ajoncs et de bruyères, des touffes vertes d'herbes aquatiques dans les flaques d'eau dormante, de maigres bouquets de pins, de frênes et de bouleaux, de petits champs noirâtres où les pommes de terre se plantent en pleine
Fig. 34. — Les tourbières d'Irlande.
Elles couvrent des étendues considérables dans l'Ouest, sur les plaines et les montagnes.
l'irlande.
tourbe, des chemins solitaires que bordent des fossés d'une eau noire, telle est la contrée mélancolique du Bog of Allen; on y cherche en vain les couleurs joyeuses de la verte Érin; tout est sombre, la terre, l'eau, les maisons. Sur les montagnes, partout la tourbe s'insinue et s'étale; à chaque pas, entre les touffes de bruyère, on en a la sensation molle et élastique; pas d'arbres sur ces déserts, partout des nappes d'eau, de petits lacs; çà et là, un rocher à nu couvert de lichens (pl. XX, B).
La tourbe tient sa place dans la vie des hommes : son âcre fumée plane constamment sur les lieux habités. Dans ce pays sans forêts et presque sans houille, la tourbe est le combustible populaire. Pas de chaumière qui n'en ait sa provision; on s'occupe en été de la préparer pour l'hiver. C'est un spectacle familier que celui des longues tranchées qui enfoncent leurs gradins dans les couches de tourbe, des milliers de petits cubes noirs empilés qui sèchent au bord des trous. Dans certains districts de l'Ouest, l'exploitation a été tellement intense que, toute la tourbe ayant été enlevée, il ne reste plus sur la surface raclée qu'un désert de pierre. Comme combustible, la tourbe est un élément inséparable de l'économie irlandaise; on en évalue annuellement la consommation domestique à sept millions de tonnes. Mais d'autres usages la rendent précieuse. Comme elle est lourde, friable et difficile à transporter, on cherche à lui donner sur place une valeur industrielle; des manufactures l'emploient comme matière première pour fabriquer de la litière, du papier et même de l'alcool; on songe à elle pour alimenter des usines à gaz qui produiraient du courant électrique.