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L'ÉCONOMIE IRLANDAISE

Les conditions naturelles orientent l'Irlande vers l'économie pastorale. La culture des céréales souffre des inconvénients d'un climat humide et inconstant. Les printemps tardifs, les pluies fréquentes, les changements de temps, la faible chaleur solaire, tout rend précaires les semailles et retarde la maturité de grains comme le blé.

Par contre, ce qui nuit aux moissons fait la fortune de l'herbe. Même sur les montagnes, l'Irlande a plus d'herbe et moins de bruyères que la Grande- Bretagne. Le climat plus doux et plus égal permet de garder le bétail en plein air. Au xii^ siècle, Giraldus Cambrensis écrivait en parlant de l'Irlande : « Le rendement des moissons est moindre que ne le laisserait supposer l'aspect des récoltes sur pied, mais l'herbe des pâtures demeure aussi verte en hiver qu'en été, si bien que les gens du pays ne fauchent pas pour avoir du foin et ne construisent pas d'étables pour leur bétail ». Par vocation naturelle, les Irlandais étaient des pasteurs. Cultivateurs, ils le devinrent par nécessité, pour produire des grains; mais, dès que les tendances modernes eurent pénétré leur économie, c'est essentiellement aux progrès de la pâture qu'elles s'appliquèrent.

i Depuis le début du xviii^ siècle, on assiste en Irlande à la substitution de la culture pastorale à la culture arable (fig. 35 et 36). Cette évolution, presque ininterrompue, s'accélère à partir du début du xix^ siècle. Sous l'influence des causes générales qui affectent aussi l'Europe rurale, — baisse du prix des grains, concur-

ÉTUDES RÉGIONALES

rence des grains étrangers, hausse du prix de la viande et des produits de laiterie, — partout les sillons s'effacent sous la nappe de verdure; les clôtures des petits domaines disparaissent; des villages tombent en ruines; les bêtes chassent les hommes. De 1850 à 1914, l'étendue des champs de céréales tombe de 1 252 800 à 505000 hectares, l'étendue des pâtures monte de 3542000 à 5039000 hectares; par l'effet de la Grande Guerre, les céréales ont regagné un peu de terrain. Mais la pâture conserve toute sa prééminence; les deux tiers du territoire irlandais sont en herbe; la proportion atteint les trois quarts dans le Munster. Ces chiffres se traduisent par un accroissement énorme du nombre des têtes de bétail : l'Irlande possédait 225 bêtes à cornes pour 1 000 habitants en 1841, 1 051 en 1901, 1 120 en 1922 (pl. XX, C, et XXII, A).

Avant tout, le paysan irlandais vit de son bétail. Dans le comté de Kildare, il élève de beaux chevaux, bien charpentés, très recherchés comme montures de chasse; dans les montagnes de l'Ouest, les fameux poneys du Connemara, petites bêtes robustes et rapides, auxiliaires infatigables de toute famille rurale. Il n'est point de si petite ferme qui ne possède plusieurs porcs; une vingtaine d'usines, groupées surtout à Limerick, Cork et Waterford, préparent le lard et les jambons destinés au marché britannique. Mais l'Irlande constitue surtout une vaste réserve de bêtes à cornes pour les boucheries anglaises et écossaises. Les bêtes naissent dans les régions au sol maigre et accidenté de l'Ouest, du Nord et du Sud; elles y restent jusque vers l'âge d'un an. On les vend alors aux éleveurs de la plaine centrale (les graziers); là, sur de bonnes pâtures, en plein air, se déroule la seconde phase de leur existence : elles y deviennent du store cattle, c'est-à-dire du bétail prêt à l'engraissement; elles ont alors de deux à trois ans. Elles partent enfin pour leur troisième destination, chez l'engraisseur, le finisseur. Cette étape dernière se fait en partie sur les terres excellentes du Dublin, du Meath et du Kildare, mais surtout sur les exploitations intensives de l' Ecosse et de l'Angleterre. Chaque année des centaines de milliers de bêtes à cornes s'embarquent pour Glasgow et Liverpool. Sur les bêtes à cornes de boucherie, deux sur cinq de celles qui sont tuées en Grande-Bretagne ont été élevées en Irlande.

Depuis longtemps, l'Irlande est connue pour ses produits de laiterie. Son beurre a conquis une large place sur les marchés britanniques. La pratique de la coopération, nécessaire dans un pays de petites exploitations pour unifier la fabrication et organiser la vente, se vulgarise partout. Depuis la fondation de la première laiterie coopérative à Limerick en 1890, le mouvement a gagné toutes les campagnes, surtout dans les comtés de Limerick et de Tipperary; on observe partout et chaque jour le défilé des petites voitures basses, traînées par un âne, apportant à la crémerie les grands brocs métalliques pleins de lait.

Les coopératives, fédérées dans VIrish Coopérative Agency Society, ont organisé la vente de leurs produits dans les villes anglaises et écossaises. Par ses bestiaux et par son beurre, l'Irlande appartient au cercle d'approvisionnement de la Grande-Bretagne industrielle. Sa vocation pastorale n'a fait que s'étendre; de 1 863 000 têtes en 1841, son troupeau bovin s'élevait à 5 150 000 en 1922.

Les céréales ont perdu en Irlande le terrain que l'herbe et les fourrages ont gagné (fig. 35 et 36). Tandis que, de 1850 à 1900, les prairies s'accroissaient

L'IRLANDE

de 66 p. 100 et les cultures de racines fourragères de 243 p. 100, le blé tombait de 90 p. 100, l'avoine de 60 p. 100, le lin de 43 p. 100. A elles seules, les récoltes de navets et de betteraves l'emportent en valeur sur les récoltes d'orge, de lin et de blé réunies. Seules les craintes de disette, durant les années de guerre de 1914 à 1918, ont pu décider le paysan à rendre momentanément des terres à la charrue.

Deux cultures, l'avoine et la pomme de terre, sont répandues dans toute l'Irlande; elles définissent nettement son climat agricole. L'avoine (433 000 hectares en 1910, 650 000 en 1918, 491 000 en 1922) est la grande céréale irlandaise; toutes les exploitations la cultivent; on la destine au cheval, la bête de travail agricole. La pomme de terre forme la base de l'alimentation populaire; l'Irlande lui doit de n'être pas exclusivement un pays de pâture; par elle, l'Irlandais, jadis pasteur de troupeaux, devint un sédentaire, attaché à son champ. Comme elle couvre

Acres

permanentes

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