LE RELIEF ET LE PAYSAGE DE LA PLAINE ANGLAISE
Comme dans le Bassin de Paris, le trait fondamental de la structure de la Plaine anglaise consiste dans la succession de couches secondaires et tertiaires, plongeant doucement vers l'Est et le Sud-Est, les plus anciennes disparaissant sous les plus récentes, déterminant une série de bandes allongées, orientées Xord-Est-Sud-Ouest. Chacune de ces bandes, selon qu'elle se compose de roches dures ou de roches tendres, prend une valeur différente dans la topographie. Deux d'entre elles donnent des lignes de relief qui correspondent, l'une, aux calcaires du Jurassique, l'autre, à la craie; les trois autres donnent de longues dépressions qui suivent respectivement les affleurements des marnes et des argiles du Trias et du Lias, des argiles et des sables du Jurassique et du Crétacé, des sables et des argiles du Tertiaire (fig. 63).
Entre les dernières pentes des massifs anciens et la première des lignes de relief de la Plaine, une large plaine s'épanouit sur les marnes, les argiles et les schistes du Trias et du Lias. Sur les marnes rouges du Trias, la couleur rouge imprègne tellement le paysage, les terres labourées, les matériaux des habitations, les versants des vallées, que la contrée porte le nom populaire de « plaine rouge ». Sur les argiles du Lias, les rivières ont creusé de molles dépressions ou vales, réputées pour leurs sites bocagers et leurs prairies verdoyantes : vale of Gloucester, vale of Evesham, vale of Belvoir, vale of Catmoss. Mais toute la topographie de ces plaines rouges des Midlands ne se fond pas dans l'uniformité de molles ondulations; çà et là, surgissent des formes plus escarpées et plus sauvages. Tantôt au milieu des marnes on voit affleurer des bancs durs de grès et de conglomérats avec des sites accidentés et pittoresques, comme le rocher qui porte le château de Nottingham, des landes solitaires, comme le Cannock Chase, des hauteurs boisées, comme la Sherwood forest. Tantôt, du sein même de la plaine, pointent des îlots de roches anciennes, réapparitions momentanées des vieux massifs enfouis; de là, de petits massifs forestiers, plus rugueux de formes, plus pauvres de sol, jadis inhospitaliers, presque tous aujourd'hui voués à l'exploitation houillère; Charnwood forest, bassin houiller de Tamworth et Xuneaton, bassin houiller du Stafîordshire entre la Trent et la S tour. Le charme des paysages des Midlands provient du contraste entre ces pays de collines, d'escarpements, de hauteurs isolées qui conservent encore des landes et des bois et ces pays de vertes dépressions, terroirs féconds et riches, où se pressent les villages parmi les pâtures et les vergers.
A l'Est des plaines des Midlands, la structure amène à la surface les assises calcaires du Jurassique, qui se dressent en une longue ligne de côtes, presque continue depuis F Avon de Bristol jusqu'à la Tees; elle domine la Severn par l'escarpement des Cotswold (380 m.); elle traverse le Warwickshire sous le nom de Edge hill; elle se morcelle dans le Northampton et le Rutland; à Lincoln, la Witham (pl. XLII, A) la franchit en cluse; elle disparaît sous le Humber, puis elle reparaît dans les moors du Yorkshire (500 m.). La « côte », tournant son abrupt vers l'Ouest, se dresse, imposante et massive, dans les Cotswold; le langage populaire la désigne par le terme commun de the Edge; on retrouve le mot souvent dans la toponymie, dans les noms de villages : Wotton under Edge, Weston sub Edge; elle se décompose en puissants gradins, se festonne de saillies rocheuses, se débite en buttes; dans ses flancs, s'enfoncent d'étroits ravins aux pentes couvertes de hêtres et de pins. Sur la surface aride des calcaires, la pierre crève le sol à chaque pas; dans les clôtures des champs, les murs remplacent les haies; les campagnes nues et tristes s'opposent aux horizons bocagers des dépressions.
Entre la ligne des wolds et le relèvement du relief qui accompagne plus à l'Est l'affleurement de la craie, une série de dépressions s'étend sur les argiles jurassiques et infracrétacées. L'argile, exploitée en cent localités par les briqueteries et les tuileries, donne des sols lourds et compacts, propices à l'herbe : c'est un pays de vales agrestes et bocagers, de dépressions vertes et fraîches : vale of Blackmoor, plaine de Trowbridge et vallée de l'Avon de Bristol, vale of White Horse, plaines d'Oxford, vale of Aylesbury. En approchant de la mer du Nord, cette zone basse s'élargit et s'abaisse tellement que les eaux marines l'ont envahie; elles s'y étalent en une vaste baie peu profonde, le Wash, qui se comble peu à peu ; le bas pays d'alluvion et de tourbe, appelé Fen, marque l'ancienne extension de cette baie.
A son tour, la craie forme vers l'Est une ligne de hauteurs remarquables dont les formes nues et pelées portent dans le langage populaire le nom de downs. Au Sud de la Tamise, les downs du Berkshire présentent, tourné vers le Nord, un front continu d'escarpements dépassant parfois 300 mètres d'altitude, se dressant à plus de 200 mètres au-dessus des plaines de la haute Tamise; leurs pentes raides, couvertes d'un gazon court, semées de buissons de genévriers, sont rebelles à la culture; à la surface du plateau, l'argile à silex donne un sol caillouteux où persistent les garennes et les landes et que parfois il faut épierrer avant de le cultiver. Au Nord de la Tamise, l'escarpement de craie se continue, presque aussi élevé, jusqu'aux environs de Hitchin, sous le nom de Chiltern hills; mais il donne des collines moins pelées et moins compactes; de nombreuses combes le traversent, livrant passage aux voies ferrées qui convergent vers Londres. A peine distinct dans la topographie des comtés de Cambridge et de Norfolk, il reparaît, au delà du Wash, dans les wolds du Lincolnshire et de l'East Riding (pl. XLI, A).
La craie, s'enfonçant vers l'Est, disparaît sous les épaisses couches de sables et d'argiles, que les allées et venues des mers tertiaires ont déposées, jusqu'à une époque récente, dans la dépression de la Tamise et sur les plaines littorales de l'Est-Anglie. Les plus anciens de ces dépôts meubles appartiennent au Tertiaire ancien; ils emplissent la dépression de Londres; ce sont les argiles de Londres, épaisses de plus de 100 mètres, jadis couvertes par de grands bois dont on retrouve les vestiges maintenant dans les forêts d'Epping et de Hainault
l'Iiot. E. E. Luptoii.
A. LE CAP FLAMBOIÎOUGH (YORKSHIRE, EAST IUDING).
Falaises de craie.
l'Iiot. A. Deiiinni;eon.
B. LA CAMPAGNE AU NOKD-EST DE NOIIWICH (nORFOLK).
A travers les arbres, le lac ou bioad de Ranworth.
Pliol. A. DeraangeoD.