IL — LES MIDLANDS
On applique le terme de Midlands à une partie de la Plaine anglaise qui n'a pas d'exactes limites dans la nature, mais dont la notion vivante existe dans les esprits. On peut considérer que des reliefs la bornent de certains côtés : à l'Ouest, le massif Gallois, au Nord le massif Pennin, au Sud la côte calcaire des Wolds. Mais, entre ces barrières périphériques, les Midlands débordent vers les plaines voisines et se fondent insensiblement avec elles le long de la Severn, de la Nen, de la Trent, de la Weaver et de la Dee.
Dans un pays profondément pénétré par les estuaires et les bras de mer, ils forment par excellence la région centrale, éloignée de la mer et qui n'a pas de ports. Le langage populaire les définit ainsi depuis des siècles, et dès le xiii^ siècle on rencontre l'expression de Midlands. A cette notion de position centrale s'ajoute la notion de plaine ou de couloirs de plaines aisés à traverser. La faiblesse du relief fait des Midlands un pays de circulation, celui qu'on traverse toujours lorsque du Sud on veut gagner le Nord de l'Angleterre. Les voies ferrées s'y entre-croisent et s'y disputent le terrain : London and North Western, Great Northern, Midland Railway, Great Central, Great Western. Tout un réseau de canaux s'y déploie, unissant les estuaires des deux côtes. Jadis, voies romaines, puis grandes chaussées reliant les extrémités de l'île les parcouraient; ils étaient le grand carrefour, le lieu des champs de bataille, le pays des forteresses; nulle autre région britannique ne possède plus de vieilles villes historiques, plus de châteaux et de cathédrales. Au nom des Midlands s'associe la notion de région riche, bonne pour l'homme; terre féconde, jadis couverte de moissons, maintenant bocagère et pastorale, mais toujours grenier d'abondance; terre charbonnière, pourvue de quatre bassins houillers où se prépara jadis, autour de Birmingham, le triomphe du fer dans l'économie britannique.
La vie rurale des Midlands. — Si l'on excepte les landes et les bois de certains cantons rocheux des comtés de Warwick et de Stafîord, les Midlands renferment surtout des sols argileux et lourds, durs à labourer, mais depuis longtemps marnés et amendés, excellents pour le blé. Jusqu'à la fin du xviii^ siècle, presque toute l'exploitation agricole reposait sur le vieil assolement triennal comportant deux récoltes de grains suivies d'une année de jachère; à cette époque, tout le Sud du Warwick était encore une champaign country, c'est-à-dire une contrée découverte livrée au labour. Mais, durant le xix^ siècle, le pays n'a pas cessé d'évoluer vers l'herbe, vers la pâture. Cette évolution se marque beaucoup mieux dans l'Ouest, plus océanique et plus humide, que dans l'Est, plus continental, plus sec et plus chaud; dans les campagnes où confinent les comtés de Leicester, de Rutland, de Northampton, de Huntingdon et de Bedford, on voit encore de vastes surfaces labourées, des champs de blé et d'orge travaillés et moissonnés à la machine; on y sent déjà les approches des comtés de l'Est fidèles aux céréales.
Mais partout ailleurs la tendance pastorale s'affirme et domine toute l'exploi-
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tation. Dans les comtés de Leicester, de Warwick, de Shropshire, de Worcester et de Gloucester, les pâtures permanentes couvrent plus de la moitié de l'étendue totale; elles représentent plus que le double des labours. Les campagnes sont d'immenses herbages, pâturés ou fauchés. Dans le Stalïordshire, la surface arable a baissé de 70 p. 100 entre 1794 et 1910; la surface enherbée a plus que quadruplé.
Partout le bétail forme la richesse fondamentale. On en tire parti de deux façons : par la viande et par le lait. Sur cette terre plantureuse, on engraisse les bêtes à cornes venues maigres de l'Irlande et du Pays de Galles; on nourrit des veaux, des porcs, des moutons, presque tous destinés à la boucherie des grandes villes. INIais, depuis que les viandes congelées arrivent d'outre-mer, on trouve plus de sécurité et de bénéfice dans la laiterie, et l'on travaille à l'approvisionnement de Londres, de Birmingham, de Northampton, de Leicester, de Nottingham, de Derby. Le type le plus ordinaire de l'exploitation des Midlands est la ferme laitière, dépassant souvent 100 hectares et consacrant à l'herbe plus des deux tiers du sol. Certains cantons se spécialisent dans la production du fromage : ainsi les campagnes de Chester, ou bien la vallée de Berkeley le long de la Severn (Gloucester), ou bien surtout le groupe fameux des villages du Leicester qui fabriquent le fromage de Stilton ; il y a des foires aux fromages à Melton Mowbray et à Leicester.
D'autres districts bien abrités se consacrent à la culture des légumes et des fruits. Le long de l'Avon, dans le comté de Worcester, le vale of Evesham passe pour le jardin de l'Angleterre centrale; sur les sols sableux et légers de la vallée, sous un ciel clément, de petits cultivateurs font pousser des asperges, des tomates, des concombres, des oignons, des choux, des pois; aux jardins maraîchers s'associent les champs de fraisiers, les plants de groseilliers et de framboisiers, les vergers de pruniers, de poiriers et de pommiers, les houblonnières. De mai à septembre, chaque jour des trains spéciaux emportent les produits de cette terre heureuse vers toutes les directions. Avec les fruits qu'on n'expédie pas, de grandes usines fabriquent des confitures.
Cette zone de cultures riches se continue de différents côtés, à travers les Midlands; on la suit vers l'amont de la Severn dans le canton de Bewdley, tout peuplé de petites fermes, chacune avec son verger de cerisiers, qu'entoure une levée de terre; on la suit vers l'aval jusqu'à Cheltenham et Gloucester, jusqu'aux jolis villages où se brasse un cidre fameux; on la retrouve dans la vallée de la Trent, en amont de Newark, dense bocage d'arbres fruitiers. Cette variété et cette richesse de produits font des Midlands une campagne fortunée entre toutes. Si la valeur de la terre et le labeur de l'homme ont collaboré à cette fécondité, leur œuvre aurait eu moins de prix certainement sans l'éclosion d'une intense vie urbaine qui a préparé des marchés.
Les groupes de villes des Midlands. — Il y a, dans les Midlands, plusieurs chaînes de villes; elles suivent les vallées; elles s'y ordonnent, près des confluents et des passages, au bord des rivières qui jadis furent de grandes routes. Chaque rivière, chaque bassin a ses villes; pour les rencontrer, il suffit de cheminer le long de la Severn, de l'Avon, de la Trent et de la Nen. A la lisière orientale des Midlands, la vallée de la Severn permet de pénétrer dans le Pays de Galles ou de gagner le canal de Bristol; dès l'antiquité, ces communications ont fait naître des villes. Shrewsbury (30 000 hab.), bâtie sur une presqu'île qu'un méandre
ÉTUDES RÉGIONALES
de la Severn entoure de trois côtés, joua dès son origine le rôle d'une forteresse anglaise contre les Gallois. Durant des siècles, la ville a surveillé ces marches agitées et concentré les relations commerciales de la montagne et de la plaine. De ce long passé, elle a conservé des souvenirs pittoresques : son château, ses remparts, sa vieille église, ses rues étroites bordées de maisons en bois. La valeur stratégique de la position revit aujourd'hui dans l'importance de sa gare où se croisent les lignes des Midlands vers le Pays de Galles et de Bristol vers le Lancashire.
A la sortie de la plaine de Shrewsbury, la Severn traverse des défilés que défendait naguère Bridgnorth : cette forteresse n'est plus aujourd'hui qu'une petite cité de 6 500 habitants, avec des manufactures de tapis. En aval de Bridgnorth s'ouvre une belle plaine, toute constellée de villes, la plupart fort anciennes : Kidderminster (25 000 hab.), tout près du confluent de la Stour, connue pour ses fabriques de tapis; Droitwich (4 500 hab.) qui exploite des sources d'eau saline, et surtout Worcester (50 000 hab.). Ancienne station romaine, devenue évêché au vii^ siècle, souvent dévastée par les armées au moyen âge, Worcester vit maintenant de ses riches campagnes; il s'y tient un marché de houblon; issues des produits du sol, plusieurs industries y prospèrent (gants, chaussures, vinaigre). Tewkesbury (5 500 hab.), vieille cité au confluent de l'Avon, conserve une belle église abbatiale du xiii^ siècle. Au pied des Cotswold, sur le bord de la vallée de la Severn, Cheltenham (48 500 hab.) doit sa fortune aux eaux minérales découvertes en 1716 : station balnéaire et résidence d'été, c'est une ville de luxe, fréquentée durant la saison par le monde select.
A Gloucester, commence l'estuaire de la Severn. Il était naturel que, sur cette rivière à marée qui pénètre au cœur de l'Angleterre, une ville s'établît auprès du dernier pont : ce fut Gloucester (58 000 hab.), l'ancienne Caer Glowe des Celtes, le Gleviim des Romains. Malgré cette situation exceptionnelle qui fait songer aux plus grands ports d'estuaire, malgré l'arrière-pays riche et peuplé, Gloucester n'a pas connu la grande fortune. Les sinuosités de la basse Severn et la violence des courants de marée rendent ses accès difliciles. On a achevé en 1827 un canal maritime long de 26 kilomètres (46 km. par la rivière), profond de 5 m. 40, qui permet aux navires de 1 200 tonnes d'arriver à Gloucester; à l'embouchure de ce canal, un avant-port, Sharpness, peut recevoir à marée haute des navires de. 5 000 tonnes. A l'entrée, le trafic se compose surtout de céréales et de bois; mais, à la sortie, il compte à peine. La plupart des produits de Birmingham et de la Black Country lui échappent; les voies ferrées les acheminent vers les grands ports bien outillés, Liverpool, Londres et Southampton.
De la vallée de la Severn on passe dans la vallée de l'Avon, largement épanouie au milieu des Midlands et conduisant elle-même par des chemins historiques vers les bassins de la Trent et du Wash. Les lieux célèbres dans les annales nationales s'y pressent, et les vieilles villes s'y succèdent : Evesham (7 500 hab.), entourée de vergers; Stratford on Avon (8 500 hab.), mentionnée dès le viii^ siècle dans une charte saxonne, marché rural, patrie de Shakespeare dont le culte attire chaque année plusieurs dizaines de miniers de fidèles; Warwick (12 000 hab.), vieille ville aussi, qui fut un établissement celtique, une station romaine, un château du moyen âge; Leamington (26 000 hab.), ville de bains auprès de sources sulfureuses; Rugby (17 000 hab.), étape ancienne sur la route qui mène de la basse Tamise vers les Midlands par Northampton, et, de nos jours, croise-
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ment de plusieurs grandes voies ferrées. C'est à Coventry (129 000 liab.) qu'a grandi le principal centre urbain du bassin de l'Avon. La ville, issue d'un monastère de l'époque du roi Canut, demeura jusqu'à l'époque moderne un bourg tissant le drap; de vieilles rues étroites, des maisons de bois aux étages en surplomb témoignent encore de ce passé. Au début du xviiie siècle elle reçut de France des émigrés protestants qui lui apportèrent deux industries, les rubans et les montres. De concert avec Derby, Leek et Macclesfield elle travailla la soie tant qu'elle n'eut pas à soufYrir de la concurrence française et italienne; elle conserve cependant encore de grandes manufactures de rubans, auxquelles viennent de s'associer récemment des fabriques de soie artificielle. La fabrication des montres dut s'arrêter devant la concurrence des montres bon marché de Suisse et d'Amérique. Peu à peu, à partir de 1875, la main-d'œuvre passa à la manufacture des bicyclettes, puis à celle des motocycles et des automobiles, spécialités qui représentent aujourd'hui un groupe énorme d'entreprises; elles en ont attiré d'autres, la construction mécanique et les machines à coudre. Grâce à ces ingénieuses évolutions et grâce à la proximité de plusieurs bassins houillers, Coventry s'est transformée en une cité industrielle dont la population a plus que doublé depuis 1880.
Sur les bords de la Nen, tributaire du Wash, Northampton (93 000 hab.) appartient encore à ce groupe des villes des Midlands qu'on voit apparaître dès les débuts de l'histoire du pays. Très ancienne, plusieurs fois siège de parlements au moyen âge, témoin de nombreuses batailles, elle vivait de son marché agricole; placée au centre d'une région d'élevage, elle se mit très tôt au travail des peaux et des cuirs : telle fut l'origine de la manufacture de chaussures qui occupe maintenant des milliers d'ouvriers. Cette même industrie a gagné les petites villes voisines de Wellingborough et de Higham Ferrers. La présence d'une grande cité ouvrière n'a pas détruit le charme rural du comté de Northampton; il y subsiste de petites cités, jolies et tranquilles, comme Kettering et Market Harborough, qui ne connaissent encore que le trouble des grandes chasses au renard, en hiver. Cependant, çà et là, dans le calme des champs, on perçoit un mouvement insolite autour de déchirures rougeâtres de la terre : ce sont les exploitations de minerai de fer qui s'attaquent à la base du calcaire oolithique; après avoir commencé leurs excavations au bord de la mer dans le Cleveland, elles les avancent maintenant, à l'intérieur des Midlands, auprès des gisements vierges.
Dans le bassin de la Trent et de ses affluents du Sud, la Sow, la Tame et la Soar, les mêmes conditions de facile circulation parmi de riches campagnes ont fait grandir partout les germes de la vie urbaine. Plusieurs sites de forteresse, jadis disputés entre les Saxons et les Danois, ont donné leur noyau primitif aux comtés de Leicester, de Stafîord, de Derby et de Nottingham : autant de places fortes, autant de villes. Mais ce ne sont pas des cités mortes; l'industrie moderne les pénètre toutes; la houille est à leur porte. Deux bassins houillers appartiennent en propre à la région : le bassin de Leicester, petit, mais riche, affleurant au Sud de la Trent, aux environs de Ashby de la Zouch, et le bassin de Warwick qui affleure au Sud de Tamworth, sur une vingtaine de kilomètres autour d'Atherstone et de Xuneaton. Ces villes delà Trent ne se groupent pas en essaims, comme les villes des grands bassins houillers et des grands foyers industriels; chacune d'elles conserve son individualité géographique auprès du site de sa naissance.
Stafîord (22 000 hab.), bâtie sur une colline qui domine la vallée de la Sow, gardait jadis la route qui mène des Midlands vers Chester; de grandes manufactures de chaussures y représentent aujourd'hui la vie industrielle. Lichfield (8 000 hab.), autrefois carrefour de voies romaines, puis centre d'un vaste diocèse voisin du royaume de Mercie, mène maintenant l'existence paisible d'une ville de cathédrale. A Tamworth (7 500 hab.), c'est un château normand qui rappelle le passé guerrier. Avec ses fabriques de rubans, Nuneaton (25 000 hab.) se rattache à l'influence de Coventry. Burton upon Trent (49 000 hab.) grandit autour d'une abbaye du xi^ siècle; mais elle doit toute sa vie actuelle à ses brasseries; pourvue d'une eau excellente qu'elle puise dans les marnes rouges du Trias et travaillant surtout pour l'énorme débouché de Londres, elle est à la bière ce que Leeds est à la laine et Sheffieldà la coutellerie. Leicester, sur la Soar (241 000 hab.), descend de la ville romaine de Ratse; avec Derby, Lincoln, Stamford et Nottingham, elle fut l'un des cinq boroughs danois, reconquis au siècle par les Saxons; les rois normands y construisirent un château fort; ses monuments du moyen âge attestent la continuité d'une intense vie urbaine; mais son essor moderne date de la révolution industrielle; elle travaillait depuis longtemps la laine fine des moutons qui pâturaient sur les croupes calcaires du comté; elle finit par se spécialiser dans la bonneterie, pour laquelle elle a peu de rivales dans le monde; sa main-d'œuvre experte s'adapta ensuite à d'autres manufactures, la dentelle, les tissus élastiques et les chaussures.
Birmingham. — En dehors des larges sillons de vallées où la vie urbaine, localisée en des sites fortifiés, remonte aux premiers courants de circulation générale, il s'est formé autour de Birmingham une région humaine d'un type tout nouveau : c'est la Black Country, jeune agglomération urbaine, fille de la révolution industrielle, née sur un bassin houiller. Le nom de Birmingham apparaît tard dans l'histoire. A l'époque normande, c'était un village dans une clairière de la forêt d'Arden; la première mention d'une église date de 1285. Avec ses landes, ses bois, ses collines rocheuses, le pays s'élevait au milieu des Midlands comme une contrée sauvage d'où les routes s'écartaient. La fortune lui sourit à partir du xvi^ siècle, lorsque l'industrie du fer y naquit de l'abondance du minerai et du bois. Joh-n Leland parle déjà des forgerons de Birmingham en 1538. Camden décrit la ville en 1607 comme une fourmilière d'habitants et un enfer retentissant du bruit des enclumes. A partir du xviii^ siècle, la puissance de fabrication de Birmingham s'accrut par l'emploi intensif de la houille. Le bassin houiller du South Staffordshire s'étend du Nord au Sud sur 35 kilomètres, depuis les hauteurs du Cannock Chase jusqu'aux collines de Clent, depuis Rugeley jusqu'à Bromsgrove. Une couche de charbon excellent, épaisse de 10 mètres, appelée Ten Yard, maintenant presque épuisée, fut longtemps exploitée dans les environs de Dudley, de Bilston et de Wolverhampton : elle apportait aux usines un avantage incomparable. Des recherches nouvelles ont permis de découvrir vers l'Est et vers le Nord des réserves souterraines qui compenseront largement les veines taries. Un autre avantage mit le comble à cette fortune : la présence, comme en Écosse, de couches de minerai de fer intercalées dans le terrain houiller.
L'industrie métallurgique de Birmingham est un merveilleux exemple de l'évolution due à la transformation des conditions économiques. Jusque vers le
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second tiers du xix^ siècle, elle embrasse tout le cycle du travail du fer, depuis les articles les plus grossiers jusqu'aux plus délicats. On voit durant le xvii'' siècle les usines transformer le métal produit aussi bien en clous, en barres et en cercles qu'en armes, couteaux, serrures, cadenas, quincaillerie. A partir du xviiie siècle, c'est le développement en grand de ces manufactures de bimbeloterie qui fit de Birmingham la boutique à joujoux de l'univers (the world's toyshop); des boucles en acier et même en argent pour les chapeaux et les clraussures, on passe, selon les caprices de la mode, aux boutons d'acier, d'or, d'argent, de laiton, de bois, d'ivoire, de corne, de verre fabriqués annuellement par centaines de mil-
Hons; puis, à partir de 1776, quand James Watt eut fondé sa manufacture de Soho, aux machines à vapeur construites par milliers pour l'Angleterre et le continent; puis, un peu plus tard, aux articles de laiton, chandeliers, lampes, lanternes, candélabres, et à toute une variété d'objets légers et délicats. A la fm du xviije et au début du xix^ siècle, Birmingham inonde de ses produits l'univers entier.
Mais déjà Birmingham souiïre de certaines servitudes. A la fin du xviiie siècle, le minerai local ne suffisant plus, il faut faire venir des fers de Suède, et, pour compenser les frais de transport, on doit orienter la fabrication vers les produits finis exigeant plus de main-d'œuvre et valant plus cher. Cette évolution s'impose en grand à partir du dernier quart du xix^ siècle. L'éloignement de la mer constitue pour Birmingham une grave infériorité; il ne peut rien recevoir
et rien expédier que par fer. Aussi l'industrie se spécialise de plus en plus dans la fabrication des articles pour lesquels les frais de transport ne représentent qu'une faible part du prix de revient. Ainsi se groupent, à Birmingham et dans ses satellites industriels, les fabriques d'épingles et d'aiguilles, de plumes métalliques, d'armes, de boutons, de bijoux et de bronzes, d'hameçons, de bicyclettes et d'automobiles, de lits de fer, de quincaillerie, de machi es, d'hélices, de médailles et de monnaies. A l'acier d'autres matières premières s'ajoutent : cuivre, bronze, argent et or; à la métallurgie, la verrerie et les produits chimiques. Cette multitude d'objets se fabriquent la plupart en vue de l'exportation; il n'est point de centre industriel en Grande-Bretagne qui dépende plus que Birmingham des marchés étrangers.
Toute la région de Birmingham n'est qu'un énorme atelier, la contrée noire par excellence, la Black Country, d'où les arbres et les eaux claires ont presque disparu, toute souillée de fumée, toute hérissée de cônes de scories; toute existence humaine y dépend du fer et du charbon. Birmingham a grandi très vite, le long des canaux de Worcester, de Warwick, de Wolverhampton et de Tamworth, qui pourvoyaient à ses besoins de minerai et de charbon; elle passait de 15 000 habitants en 1700 à 73 000 en 1801, 225 000 en 1850, 400 000 en 1881, 759 000 en 1901, 946 000 en 1925. Autour de Birmingham, surtout à l'Ouest, d'autres villes se pressent, chacune collaborant au travail de l'énorme usine qui couvre le pays : Wolverhampton, 103000 habitants (cycles, automobiles, fer-blanc, serrurerie, tôles émaillées, puits de charbon); Walsall, 101 000 habitants (quincaillerie, harnais et sellerie, houille) ; West Bromwitch, 78 000 habitants; Wednesbury, 28 000 habitants (clous, essieux, roues); Handsworth; Bilston, 25 000 habitants; Dudley, 58 000 habitants (hélices, enclumes, étaux); Redditch (épingles, aiguilles, hameçons); Stourbridge (briques réfractaires pour hauts fourneaux) (fig. 64).
Birmingham est après Manchester la métropole industrielle la plus puissante d'Angleterre, une cité riche dont l'influence rayonne au loin. Au cours de sa rapide croissance, certains vieux quartiers aux rues irrégulières et étroites ont échappé à la transformation générale. Mais l'ensemble de la ville, reconstruit ou nouvellement construit, présente des lignes régulières, des artères larges, des maisons cossues. Un aqueduc de plus de 150 kilomètres lui amène les eaux pures d'une vallée galloise du Radnorshire. Elle possède depuis 1900 une université, particulièrement orientée vers l'étude des sciences appliquées à la métallurgie.