LA FLOTTE. LE COMMERCE. L'EMPIRE
Le commerce extérieur de la Grande-Bretagne, ne pouvant se faire que par mer, dépend de la possession de puissants moyens de transport maritime et de la maîtrise des routes océaniques. Cette double nécessité s'imposa au pays dès que les marchands voulurent exploiter des domaines lointains. La pratique de la mer exige un long apprentissage. Il fallut aux Anglais des années pour l'acquérir. Pendant le moyen âge, le transport des marchandises à l'entrée et à la sortie d'Angleterre s'était fait, pour une bonne partie, par des navires allemands et italiens; au début du xvi'^ siècle encore, le roi Henri VIII dut, pour constituer une flotte, demander des vaisseaux à Gênes et à Venise ainsi qu'aux villes de la Hanse. Pendant le xvi^ siècle, les longs voyages commencent à devenir l'école de la marine anglaise; les gens de Bristol apparaissent sur les eaux poissonneuses de Terre-Neuve ; au cours de ces expéditions régulières, ils apprennent le métier de la mer; vers 1630 la flottille de Terre-Neuve réunissait plus de 10 000 marins; elle préparait les équipages de la marine anglaise. Non moins décisive et moins fructueuse fut la rude école de la mer des Antilles : là se déroulèrent durant la seconde moitié du xvi^ siècle des luttes acharnées, raids de corsaires plutôt que batailles rangées, pour enlever aux Espagnols le contrôle commercial de ces îles fortunées; razzias de John Hawkins, expéditions de Drake orientaient peu à peu le pays vers les larges horizons de l'Océan et lui donnaient la notion profonde de sa vocation maritime. En Europe, le transport du charbon de Newcastle à Londres occupe toute une flotte qui devient une pépinière de marins. Mais, encore au début de xvii^ siècle, les Anglais demeurent bien en arrière des Hollandais pour la science nautique; en 1603, Sir Walter Raleigh constatait que, tandis qu'un navire anglais de cent tonnes exigeait un équipage de trente hommes, les Hollandais n'y mettaient que dix hommes. Mais l'art des constructions navales se développait à mesure que s'accroissait le domaine commercial; à partir du milieu du xviii^ siècle, la suprématie maritime commençait à échapper aux Hollandais; la flotte marchande de l'Angleterre, soutenue par l'État, se constituait un domaine propre; les fameux Ads of Navigation de 1651 et de 1660 instituaient pour les navires anglais le monopole des transports entre l'Angleterre et tous les pays coloniaux d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. Dès lors la marine britannique progresse sans s'arrêter.
La flotte marchande de Grande-Bretagne, partie de 95 000 tonneaux à l'époque de Cromwell, s'élève à 260 000 en 1700 et 960 000 en 1784. Si l'on ne
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comprend pas les bateaux de pêche, voici, à différentes époques, l'inventaire de cette flotte.