‹ Les îles D'ÅlandChapitre 19 sur 19 · ID · texte numérisé non relu

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très ressources que deux bateaux ouverts, montés d'un pilote, de cinq ou six pêcheurs et d'environ dix paysans; mais le temps était beau, nous n'hésitâmes pas à nous embarquer à midi.

'• D'abord nous vîmes plusieurs îles dont une parut habitée. Mais, depuis la dernière de ces îles, ta mer est entièrement libre et ouverte. Le vent ayant varié , nous ne pûmes arriver de jour qu'à six milles de la côte; là nous fûmes surpris parla nuit et par un gros temps. La mer était très -agitée, la côte couverte d'écueils, notre barque n'était qu'un misérable bateau de pêcheur découvert, la plus grande partie de notre équipage n'avait aucune expérience. Nous commençâmes donc à craindre de ne pouvoir résister à la tempête, et notre inquiétude ne fit que s'accroître jusqu'à minuit avec la tempête , quand enfin , à force de ramer et de faire des bordées , nous nous trouvâmes sous le vent d'une côte très-élevée.

« Nous phâmes sur-le-champ nos voiïes, et nous ramâmes longtemps sans pouvoir trouver un endroit propre à débarquer, à cause des brisants dont cette côte était hérissée. Après plusieurs tentafives inutiles, nous poussâmes enfin le bateau contre la côte, et débarquant avec beaucoup de peine sur une éminence de glace voûtée, nous nous traînâmes sur les mains avec une extrême difficulté jusqu'à la ferre. Là, nous échappâmes à

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un autre danger que nous ne connaissions pas; car on nous apprit dans la suite que ces sortes de monticules de glace sont d'ordinaire remplis de trous, dans lesquels on ne peut tomber sans y trouver une mort certaine.

« Après avoir échappe à tous ces périls , un guide nous conduisit à Grisslehamn, à trois milles de là , par un chemin très-rude , au travers des bois, dans la neige à moitié fondue, quelquefois dans l'eau jusques à la cheville, chancelant et tombant à plusieurs reprises. Mais enfin nous nous ti'ouvions extrêmement heureux d'être sur terre, car le vent soufflait avec une extrême violence , et la mer mugissait avec furie entre les rochers de la côte. A trois heures du matin, nous fûmes à l'auberge , et à cinq heures , l'autre bateau , avec nos domestiques et notre bagage, arriva après avoir couru de plus grands dangers que nous. Nos matelots n'avaient presque pas cessé de pousser des cris, tant leur frayeur avait été grande, et notre courrier de faire des signes de croix et de s'écrier : Domine , non sum dignus mori.

Telle est donc la mer d'Âland : mer de glaces et de tempêtes , barrière formidable que la nature a élevée entre la Suède et les îles d'Âland, et que l'hiver, le long hiver du Nord, ne permet presque jamais d'affronter impunément. Il n'en est point ainsi du Delet , ni du Lappvesi, ni du Skiftet; le

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froid qui n'aboutirait qu'à encombrer Ja mer cl'lland de glaces flottantes, et à la rendre inaccessible, suffirait à durcir leurs vagues et à en faire un pont inébranlable. C'est assez dire qu'il peut arriver que les îles d'iland voient leurs communications radicalement interrompues avec la Suède par le même phénomène qui les reliera plus immédiatement à la Finlande. En pareil cas , la douleur des insulaires est grande ; ils restent comme isolés du pays qui leur est le plus cher; et s'ils y ont laissé des parents ou des amis , ils ne peuvent en recevoir des nouvelles que par le détour interminable de la Laponie.

Le printemps ne vient que tard aux îles d'iland; le soleil de juin brille déjà à l'horizon que souvent on l'attend encore. Il est, d'ailleurs, froid, aride, et tristement tourmenté par les vents du nord.

En revanche, l'été est splendide, plein de fleurs et de lumière. De la mi-juin à la mi-juiflet , les nuits n'ont point d'obscurité; le crépuscule du soir se prolonge jusqu'à ce qu'il s'évanouisse dans le crépuscule du matin. « Pendant les étés du Nord, dit un poète du pays , le soleil ne se couche pas dans le sein de la terre; il l'effleure légèrement d'un baiser et remonte glorieux à l'horizon. »

J'ai parlé plus haut des vicissitudes de la température des îles d'Âland. Ces vicissitudes se manifestent autant et plus encore peut-être à l'époque

de l'automne qu'à l'époque de l'hiver. L'automne peut finir en octobre, en septembre môme, comme il peut se prolonger jusqu'en décembre. Ce dernier cas est rare ; car ordinairement, dès la minovembre, le thermomètre descend, à Âland, à huit et à dix degrés , la neige tombe , les détroits gèlent. Mais, en général, l'automne y est clairet beau ; les paysans en profitent pour activer leur mouvement de cabotage. Heureux ceux qui ont pu rentrer au port avant le mois d'octobre ! Ce mois est funeste aux marins; il ne se passe pas d'années qu'il ne sème la mer et les détroits d' Âland de nombreux naufi-ages. Un rapport inséré dans le journal officiel de Finlande, du 12 décembre 1850, constate, dans ce genre , des faits lamentables, tant il est vrai que les llandais ne sont jamais sûrs de leur destin. Nous les avons vus passer par toutes les péripéties de la paix ou de la guerre, ballottés d'un maître à un autre maître, tourmentés dans leurs biens et dans leurs travaux , dans leurs aspirations intimes et dans leurs usages séculaires, exaltés par l'espérance et brisés par le désespoir; ce n'est point assez ; il faut encore que la nature se joigne aux hommes pour combler leur misère ; il faut qu'ils soient éternellement à la merci des saisons les plus mobiles et du plus perfide des éléments.

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