‹ Les iles de l'aventureChapitre 20 sur 24 · CENTER · texte numérisé non relu

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dée. L'autre coupe son câble pour fuir au plus vite, mais ne réussit pas à s'échapper, et est pris. C'est un interlope flessinguois de vingt canons, ayant 70 livres d’or à son bord, et quantité de liqueurs. Hamelin le déleste du tout, y met du monde, et le transforme en pirate.

Tous deux croisent de conserve, et arrivent sur un autre interlope, le Sevenoaks qui, les voyant aller de-ci de-là de manière incertaine, s'imagine qu'ils ont besoin de quelque chose, et accourt bénévolement à leur aide. De la Trompeuse, on ordonne au maître de venir à bord; sur son refus, Hamelin l’envoie chercher, le met cruellement à la torture, lui vole tout ce qu'il possède, retient ses hommes prisonniers, et l’oblige à le suivre sous le vent.

Le lendemain, passant à Cape Coast, les pirates aperçoivent à la tombée de la nuit une pinque et deux autres navires à l'ancre. Au jour, ils s’en emparent sans difficulté, torturent les hommes, et leur soutirent 20 livres pesant d'or.

Après ce nouvel exploit, Hamelin fait route sur Accra, qu’il dépasse, et continue sur Weda. Là, il enlève trois navires chargés de marchandises de troc. À Petit-Popo, il se rend maître sans résistance d’un interlope mouillé tranquillement, et le pille à fond. Allant sur Weda, il rencontre trois navires de la Compagnie africaine, s'approche de l’un d'eux, après avoir déguisé la Trompeuse en vaisseau de guerre anglais, et lui lâche sa bordée. Ce navire coupe son câble et essaye

de se sauver, mais le pirate monte à l'abordage, sen rend maître, et transporte tous les hommes à son bord, où on'les garrotte si étroitement qu’une torture n'eût pas été plus douloureuse. Sur cette prise, les bandits dénichent une caisse de 50 livres d’or; entendant dire qu'il y en a une autre, ils tuent le canonnier d'un coup de feu, et fouaillent les hommes pour leur extirper l’aveu de la cachette de ce trésor.

L'un des deux autres navires abandonné de ses

matelots, Hamelin y envoie des siens, qui y récoltent …

150 livres pesant d’or. Quant au troisième, il coupe son câble, se jette à la côte, fait naufrage, mais l'équipage sauve son or et le transporte heureusement à terre.

Les pirates, en suite de ces aventures, se radoubent, vont au cap Lopez, et prennent sans résistance un navire de la Deutch West India Company de vingt canons, qui n'avait à bord que quelques esclaves. Phips remarque qu'ils accordent aux Hollandais un traitement de faveur, et ne les torturent pas.

Après avoir doublé le cap Saint-Jean, les pirates débarquent et se partagent la masse d’or pillée pendant le voyage. Les uns décident de retourner aux Indes occidentales sur la Trompeuse, les autres de gagner le cap Lopez sur un autre navire.

Avant de se séparer, ils se rendent encore maîtres” d'un interlope et d’un bâtiment de la Royal African

Company où, comme de coutume, ils raflent tout ce qui S'y trouve.

La Trompeuse fait voile pour la Dominique. Là, qua- +

rante de ses hommes la quittent. Il ne reste à bord que seize blancs et vingt-deux noirs. Ces derniers s’insurgent et sont battus; ils comptent trois tués dans la bagarre.

Le 27 juillet, Hamelin se présente devant Saint-Thomas, fait le signal convenu avec le gouverneur, et entre au port. Il a hâte de débarquer son trésor, et le gouverneur lui réserve le meilleur accueil.

Lorsque Waïfe et Phips font ces déclarations, on connait déjà la suite de l'aventure.

Les lords de l’Amirauté, inquiets des méfaits des pirates, ont envoyé aux Îles le Ruby, une excellente frégate avec un très bon commandant, et le Guernesey a continué sa chasse, croisant aux Vierges et à la côte du continent. La galère mise en mer par Lynch produit un effet de crainte fort salutaire. Il signale cependant une quarantaine de pirogues d’Indiens qui continuent à désoler les Iles du Vent. Le Ruby, lui, croise aux Iles sous le Vent; il acquiert bientôt la conviction que la Trompeuse s’en est allée à la côte d'Afrique.

C'est le vaisseau de Sa Majesté le Francis, capitaine Carlile, qui aura l'honneur, et le bonheur, d'en venir à bout.

Lorsque Hamelin se présenta devant Saint-Thomas le 29 juillet et entra au port, le gouverneur, Adolphus Esmet, lui facilita ses opérations. Tout d’abord, il lui permit de transporter au château et d'y mettre à l'abri le butin qu'il rapportait. Il en reçut pour sa peine une

forte part que le capitaine Hamelin lui donna. Cet étrange gouverneur s'était intronisé de lui-même dans : son poste, après avoir évincé son propre frère, régulièrement nommé par le roi de Danemark, auquel l’île appartenait. D'ailleurs, certains prétendent que les deux frères se valaient. Un nouveau gouverneur envoyé par le roi de Danemark, en route depuis huit mois, n'est pas arrivé et n’a pas donné de ses nouvelles : on suppose que des Algériens ou des Saletins

l’enlevèrent. | HAEIAES

Le capitaine Carlile, du vaisseau de Sa Majesté le Francis, a vent de la relâche de la Trompeuse à Saint- Thomas. Trois jours plus tard, le 30 juillet 1683, il entre lui-même au port. Il y voit un navire sous pavillon blanc au vent, et arborant encore pavillon de beaupré et flamme. Son pilote lui assure qu'il s’agit bien de la Trompeuse; Carlile la garde à vue.

Lorsqu'il arrive à portée, l’autre lui tire dessus, et, du rivage, le canon du château fait chorus. Carlile s'éloigne, mais envoie à terre son canot avec une lettre du gouverneur de Nièves, sir William Stapleton, réclamant l'aide d’Esmet contre les pirates. En attendant la réponse, Carlile appelle à son bord le capitaine d’un sloop anglais mouillé non loin de là; ce capitaine lui certifie qu’il a bien affaire au pirate si ardemment. recherché. À ce moment, le gouverneur a reçu le message de Garlile, et le château tire quelques coups de salut, auxquels le vaisseau de Sa Majesté le Francis répond coup pour coup.

Le lendemain, Carlile détache à terre son maître avec une nouvelle lettre pour Esmet, protestant contre le coup tiré sur un vaisseau du roi, et demandant des renseignements sur un compagnon du pirate dont on escompte la venue. En même temps, Carlile prépare des artifices pour tâcher de brûler la Trompeuse pendant la nuit, avant qu’elle ait le temps de changer de place dans la baie.

re La réponse du gouverneur arrive : il prie le capitaine anglais de venir à terre, l’amadoue avec un présent de viande fraîche et une invitation à dîner pour … le lendemain. Carlile comprend qu'Esmet a bonne intention de le tenir en captivité jusqu’à l’arrivée du compagnon du pirate, que l’on sait devoir apparaître d’un moment à l’autre.

À sept heures du soir, Carlile embarque dans sa » pinasse avec neuf hommes, remorquant une autre * barque chargée de cinq hommes de renfort. On les . découvre de la Trompeuse avant qu'ils l’aient jointe. Après un échange de coups de fusil, les marins de Sa Majesté abordent la frégate et s’en emparent. Hamelin se trouvait à bord avec seize de ses hommes : ils réussissent à s'enfuir en temps voulu, et gagnent le rivage à la nage.

Carlile met le feu à la Trompeuse en différents endroits, et demeure à portée, sur rames, pour empêcher que qui que ce soit ne vienne éteindre l'incen-

die. Lorsque le navire saute, les canons, qui étaient chargés, partent comme si des canonniers les avaient tirés. La frégate incendiée communique le feu à un grand flibustier mouillé pour son malheur dans le proche voisinage, et qui brûle lui-même jusqu à l'eau.

Le lendemain, 1* août, Carlile met à la voile. A l'Est, il a découvert un navire flamand, à environ une lieue, du port de 300 tonnèaux, et chargé de denrées pour Hamelin. Il ordonne à ses hommes de couper les mâts de ce navire et d'y allumer l'incendie. Mais ses gens doivent se retirer devant le monde qui, de terre, avance contre eux. Îl retourne mouiller au large de Saint-Thomas. Il adresse, le 2, une nouvelle lettre au gouverneur, lui disant en substance : « Je pense bien que vous serez en colère de ce que j'ai fait, mais tirer sur le pavillon du Roi constitue un affront bien plus grand que de brûler un pirate dans un port ; je vous demande de me livrer quatre Anglais pirates, et si vous refusez, j'appellerai trois frégates à mon aïde. »

Comme les pirates réfugiés à terre menacent de se

venger, on agit sagement en montant bonne garde à …

bord du Francis. Il ne se produit rien de fâcheux. Un messager d’'Esmet apporte une lettre écrite en hollandais; Carlile ne peut la traduire. Au moment où il appareille, le canon du château tire un coup à blane. Sachant qu'Adolphus Esmet a envoyé Hamelin dans

une autre partie de l’île à bord d'un navire non ponté, Carlile part à sa recherche. I] ne parvient pas à Ie“

saisir. Ainsi s'achève son expédition contre la Trom-

Un ER

… peuse. Il en entreprend aussitôt une autre contre deux “ pirates anglais, Bond et Cook, qui ont armé leurs

navires à Saint-Thomas. | En fait, Esmet a vendu un sloop à Hamelin et l’a fait

… évader du château avec cinq de ses hommes.

Le gouverneur de Nièves, sir William Stapleton, écrit alors une lettre à celui de Saint-Thomas : « Je

regrelte d'apprendre par votre conduite récente que

ce qu'on dit que vous êtes le protecteur des pirates est

… vrai. Vous mettez en sûreté John Hamelin, archi- * meurtrier et tortionnaire; vous n'avez pas fait son

rocès, vous ne l'avez pas remis au capitaine Carlile, , P

* et vous lui avez permis de s'évader. Je vous conjure

de le livrer au capitaine Garlile. » Il conclut en Île menaçant de faire sauter le château.

Complication : sir William Stapleton reçoit une réclamation du chevalier de Saint-Laurent, gouverneur

. au Fort-Royal de la Martinique. « J’ai deux plaintes à

vous adresser. La première est que le capitaine d’un

. navire sous vos ordres a brûlé un navire qui avait été pris au roi mon maître, en dépit des protestations du gouverneur de Saint-Thomas. Je sais qu’on s’en était . servi pour pirater, et que le gouverneur avait donné

refuge aux pirates, mais votre capitaine aurait dû s'en tenir à cinq ou six pirates qui restaient à Saint-Fhomas

- et avaient abandonné leur navire, lequel restait aban-

donné et seul. »

À cetle plainte, le gouverneur de Nièves répond : «Il n y à pas un mot de vrai dans ce que dit le gouverneur

234 CHAPITRE XIŸ

El] %

de Saint-Thomas, sauf que le navire fut brûlé. Il était armé de trente-deux canons et six pierriers, et après. qu’on y eut mis le feu, il y eut trente-deux canons qui partirent à boulet aussi bien que si un canonnier les avait tirés. [1 y avait dix-sept hommes à bord quand on l'aborda, qui s’enfuirent à terre à la nage.. Comment le capitaine Carlile aurait-il réclamé cinq ou six pirates à terre? Le renseignement du gouverneur Esmet est notoirement faux. Quand le capitaine réclama le navire, le pirate et le fort lui tirèrent dessus; et j'ai un écrit de la main du gouverneur décla-

rant que c'était un navire appartenant au roi de Dane-

mark. »

En réalité, la morale de l’histoire est que le roi de France perd une unité navale.

De son côté, Lynch, le gouverneur de la Jamaïque, tente de recouvrer quelques-unes des marchandises, ou leur valeur, volées par le pirate.

Qu'advint-il de Jean Hamelin? On ne le sait pas au juste. Sur le sloop que lui vendit Esmet, on supposa qu'il allait gagner le Petit-Goave, et de là Campêche,

pour essayer d'y saisir un bâtiment plus important que le sien ; ainsi procéda-t-il jadis lorsqu'il s'empara den la Trompeuse. D’autres prétendirent qu'il était parti rejoindre les flibustiers français à Saint-Domingue. Plus tard, en juillet 1684, cinq marins hollandais dépo-"

sèrent qu'à leur connaissance, il accomplit une croisière au Brésil où il recommença ses pirateries sur la frégate à bord de laquelle ils naviguèrent, et dont il

s'était emparé. Il débarqua une partie de leur équipage

à Cayenne, le reste à Saint-Thomas, où le gouverneur, « qui était pire que les pirates », les emprisonna. Quelques-uns, dont les déclarants, s’évadèrent. En punition, Esmet obligea les neuf qui restaient en son pouvoir à tirer au sort pour savoir lequel d'entre eux serait pendu. Quant aux huit autres, il les contraignit à prendre parti avec les pirates.

Vers la fin de l’année, on sut que Jean Hamelin commandait toujours une Trompeuse de trente-six canons et cent vingt hommes d'équipage, dont soixante provenaient de l'équipage de la première Trompeuse, le reste s'étant engagé à un flibustier nommé François

; Le Sage.

Puis, surgissent soudain plusieurs Trompeuse où Nouvelle-Trompeuse : l’une a pour capitaine un certain Thomas Paine, nanti d’une commission du gouverneur Lynch ; malheureusement, on s'aperçoit sans peine que cette pièce constitue un faux : Paine s'y qualifie de gentilhomme de la Chambre à coucher du roi; la véritable formule serait : la Chambre privée. Celui-là s'en va croiser dans les parages de la Nouvelle-Angletèrre, après avoir pillé à lui seul la ville de Saint- Augustin. Il est arrêté par le deputy-collector de Rhode-Island, Thacker, qui le traite d’archi-pirate; le

gouverneur Coddington a refusé son assistance pour

procéder à l'arrestation, affirmant la validité de Ja fausse commission de Paine.

Son équipage comprenait douze Anglais sur cent quatre-vingt-dix-huit hommes, Français, Ecossais, Hollandais, Espagnols, Portugais, nègres, Indiens, mulâtres, Suédois, Irlandais, Jersiais, New-Englanders, c’est-à-dire habitants de la Nouvelle-Angleterre. Les équipages de pirates, et aussi très souvent des corsaires, présentent ainsi un échantillon de toutes les races et de tous les pays du globe.

L’'homonyme français de Paine, ce Pain qui au début de notre récit apparut au Port-Royal de la Jamaïque avec la Trompeuse, est revenu dans l’île. Bégon, gouverneur de Saint-Domingue, en a vent, et réussit à le faire arrêter. Par la frégate la Favorite, commandant de l'Eau, il l’expédie au lieutenant de l'Amirauté de | Dieppe. De celui-là, le sort est réglé.

Une autre Nouvelle-Trompeuse apparaît au cours de Ja même année 1684 sous les ordres de Yankey, un flibustier bien connu, que l’on accusait de pirater à l’occasion. Une autre encore, sous Bréha, flibustier du même ordre; le gouverneur Lynch ayant envoyé le capitaine D. Mitchel, commandant un vaisseau de Sa Majesté, au Petit-Goave pour s’en emparer dans le port, le gouverneur du Petit-Goave lui en refuse l'au-w torisation, prétendant que Yankey et Bréha sont des flibustiers parfaitement honnêtes. Et comme le capitaine Mitchel lui réclame les nationaux anglais qui les» à accompagnaient, le gouverneur se borne à lui en

envoyer trois, sous prétexte que les quarante-huit autres se sont sauvés dans les bois.

La Trompeuse de Bréha — mais qui la commande?

… Bréha? ou Lavanzac? ou Michel Anderson? le gouver-

neur de Boston n'en sait plus rien! — remonte, elle aussi, jusqu à la Nouvelle-Angleterre, dont les habitants lui accordent leur entière protection. Le gouverneur

de Boston ayant voulu l'arrêter, un personnage

nommé Samuel Shrimpton le menace de lui faire sauter la cervelle, et prend le pirate sous sa protection à l’île Nodles, réceptacle de marchandises fraudées et piratées, de canons et de munitions que les autorités ont cependant saisies pour le compte du roi. D'ailleurs, ce Shrimpton a reçu clandestinement beaucoup d’or, d'argent, de bijoux et de cacao que réclamait en vain le gouverneur de Boston.

Pauvres îles! Infestées plus que jamais d’émules de la Trompeuse, navire fantôme, navire phénix, et pirate abominable! Sir William Stapleton a bien raison d'écrire aux lords de l’Amirauté, à la date du 7 janvier 1685 : « Il n’y à jamais eu tant de bandits, ni aussi impunis. »

Comment M. de Ségur revint des Îles

Ancien lieutenant de roi, colonel d'infanterie au È service de la Marine, Jean-Etienne, marquis de Ségur- 4 Bouzely, âgé d’une cinquantaine d'années et fatigué M de la vie aux colonies, se disposa à quitter la Guade- de loupe, où il venait de résigner le commandement de

la Grande-Terre, et à rentrer en France. Il allait avoir pour compagnons de voyage Jean-Luc Druault, lieu- 4 tenant d'infanterie de marine, et un homme d'âge, # le sieur Augustin de Linières, habitant de la Guadeloupe. La guerre d'Amérique battait son plein. Aussi" bien dans la mer des Antilles et dans la mer des Indes M que dans la Manche et la mer du Nord, les corsaires « des nations belligérantes rivalisaient d’ardeur. MM. de « Ségur, Druault, et de Linières, dans l'intention d'échapper à l'ennemi, au lieu de s’embarquer sur un navire français où ils auraient couru le risque d’être arrêtés et faits prisonniers, préférèrent prendre passage à bord d’un bâtiment neutre. Ils traitèrent du ‘1 prix de la traversée avec le capitaine d’un navire de

la Compagnie royale de Danemark, l’'Emiliard, et cet homme, arguant de la sécurité dont ils jouiraient à son bord, profita de la circonstance pour leur tenir la dragée haute.

Néanmoins, comme on approchait des parages de la vieille Europe, M. le marquis de Ségur ne cachait

pas sa satisfaction : il avait aperçu en mer une flotte de cent voiles venant de la Jamaïque ; en en compa- “rant la vitesse avec celle de l’'Emiliard, il supputa "qu'il débarquerait dans un port de France quinze jours avant que ces navires pussent atteindre les côtes . d'Angleterre. Il en annoncerait aussitôt l'approche à

.M. le marquis de Castries, ministre de la Marine, qui

aurait le temps de prendre ses dispositions pour les

‘attaquer, et s’en emparer. Ainsi, M. le marquis de

Sécur rendrait un service important à la nation; en

instruisant le ministre il « aurait en même temps l'occasion de solliciter ses faveurs pour son avancement particulier ».

Un malencontreux événement interrompit cette

. joie et détruisit ces espoirs. Comme l'Emiliard passait en vue du cap Lizard, il tomba dans les eaux d'un . corsaire, jaugeant environ cent cinquante tonneaux, - qui, à sa vue, arbora pavillon et flamme anglais, et

Ce ER, 2,

les assura d’un coup de canon à boulet. Le danois ne put qu'obtempérer à la semonce, et mit en travers ; une chaloupe se détacha du corsaire, l’accosta, et plu-

Lajeurs hommes d'armes sautèrent à son bord. Celui

… qui les commandait somma le capitaine danois de

Dont ET

lui montrer ses papiers ; il les examina, et les trouva en règle ; il réclama alors de l’argent, puis les clefsw des malles des passagers, qu'il reconnaissait bien pour j Français et gens de qualité. Il fallut donner l'argent et les clefs : les malles furent ouvertes ; les effets et les” papiers qu’elles contenaient furent pillés. « M. le | marquis de Ségur fut une des plus tristes: victimes de 1

leurs déprédations ; tout lui fut absolument ravi :M deux mallés remplies du plus beau linge, d'habits de à maître, et la livrée complète de deux laquais;: en outre, des bijoux, de l'or en galon, et son cacheti armorié avec son étui (en marge et de la main de. M. de Ségur : plusieurs paires de manchettes de den-. telle et plusieurs caisses de liqueurs) lesquels ‘effets. peuvent valoir au moins 250 louis, fort heureux que: ce seigneur en ait été quitte pour la perte de sa. garderobe, car ayant été reconnu pour un homme de qua” lité par quelques-uns de ces brigands, ils lui tinren les propos les plus injurieux..…., le menaçant du poing... pour l'engager à répondre à leurs bravades, ce dont ils eussent profité ou pour l’égorger ou le couler bas ; mais ce seigneur, prudent, supporta tout avec patience..., et a agi bien sagement et FpOHG SES ment en riant toujours. »

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