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portugaises valant 12 600 livres ; à M. Druault, son chapeau, des boucles, et divers effets valant à peu près 5o louis. Ils emportèrent encore des confitures, et un « oiseau chantant de l'Amérique ». Ils se rembar-
-quèrent dans leur chaloupe avec leur butin, et l'Emi-
hard fut laissé libre de continuer sa route.
Pris de peur, le capitaine danois refusa de débarquer ses passagers en France, suivant les conventions arrêtées avant le départ, et les emmena jusqu'à Copenhague. Six semaines seulement après leur arri-
. vée, le marquis de Ségur et le lieutenant Druault
trouvèrent une occasion de regagner leur patrie, et il leur en coûta à chacun 4 000 livres de frais de séjour
. et de route. Quant au vieux M. de Linières, incapable
de supporter les fatigues d'un pareil voyage par voie de terre, ils durent l’abandonner en Danemark où il
“attendit qu'un navire voulût bien le ramener en France. \
Il semblait y avoir peu de chances que l’on décou-
» vrit jamais les pillards. Mais le hasard est un grand … policier. M .de Linières étant parvenu à se procurer un passage pour France, il arriva qu'une voie d’eau
obligea son navire à relâcher à Dunkerque. A peine
avait-il mis le pied sur le quai du port, qu'un homme
« s'arrêta pour le considérer ; après l'avoir suffisam-
; ment dévisagé, cet homme l’aborda en lui disant être … de ceux qui l'avaient pillé, voici près de trois mois,
et lui apprit que le corsaire et son capitaine se trou-
- vaient au port. Il les lui désigna, puis disparut. La
>43 CITAPITRE XV
fatigue du voyage et les douleurs dont il souffrait. empèchèrent M. de Linières d'accomplir sur-le-champ les démarches nécessaires. Dès que sa santé le lui per-\ mit, il adressa un rapport au commissaire de law Marine, M. d’Anglemont. Ce personnage convoqua, par-devant soi le capitaine incriminé, et l'un de ses officiers : leurs déclarations ne donnèrent aucune certitude sur le délit commis ; le capitaine ni ses gens” ne furent autrement inquiétés. M. de Linières enra-* geait de ce résultat et de l'inertie des fonctionnaires de la Marine: il avait écrit à MM. de Ségur et Druault,« et tous trois déposèrent une plainte au ministre. 4 Le hasard le servit une seconde fois : dans un café de Dunkerque, il rencontra un nommé Del Miquel, \ $ embarqué précédemment sur le corsaire en question ; $ « ce jeune homme, que ces friponneries avoient F révolté », se déclara prêt à déposer véridiquement sur $ les faits. M. de Linières le conduisit auprès du com-* missaire des classes; le même jour, un deuxième” homme de l'équipage suivit cet exemple, et cinq # autres en firent autant le lendemain. L'affaire com- 4
mençait à s’ébruiter : l'officier qui avait précédems ment déposé en même temps que le capitaine, son pre mier lieutenant nommé Cavaillé, commença à craindre les suites de l'aventure ; il se présenta spontanément. aux bureaux de la Marine, déclara que sa première. déposition était fausse, et en fit une nouvelle. Les, armateurs du corsaire, MM. Peychiers’ et Torris s’émurent à leur tour ; comptant étouffer l'affaire, ls
vinrent offrir à M. de Linières de l'indemniser de ses pertes. Mais M. de Linières refusa, estimant une procédure nécessaire pour le bien public.
Del Miquel avait dû quitter Dunkerque en hâte : pour avoir été le délateur dans cette affaire, il se vit la victime de sa probité et réduit à la dernière des nécessités, ayant été forcé de quitter un pays où sa vie n'était plus en sûreté. Il se réfugia à Paris, à l'hôtel de Flandres, rue Froidmanteau, en attendant que M. de Ségur obtint du gouvernement la place demandée pour le dédommager de ses déboires. Quant à la probité dont il avait fait preuve, au dire des plaignanis, elle n’était peut-être pas aussi réelle qu'elle leur apparaissait. En fait, si Del Miquel, et autres, avaient dénoncé les brigandages de leurs officiers, c'est que ces derniers s’en étaient attribué tout le profit en s'en partageant le produit à l'exclusion des matelots.
Qui était donc le capitaine coupable ? Il se nommait Nathaniel Fanning, né aux Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat de Connecticut, et était âgé, à ce moment, d'environ vingt-huit ans. Il avait un oncle colonel . dans l’armée anglaise, et servant sous le colonel Corn- Wallis. Fait prisonnier par les Anglais, il resta douze mois entre leurs mains, s’'évada, et gagna Dunkerque ; … il y servit d’abord en qualité de second à bord de … l'Eclipse, un corsaire de cent cinquante tonneaux. armé par MM. Nicolas Peychiers et Charles Torris, et commandé par un de ses compatriotes, Nicolas
os. 4 d. Il avait en outre coulé bas un sloop sans valeur, le Beaufort. Son rapport au greffe de l'Ami-
Anthon. Parti le 30 novembre 178r pour commencer sa croisière, Anthon se dirigea vers l'entrée de la M Manche, et captura cinq navires ennemis ; trois furent repris par les Anglais; le quatrième, le Sandypoint, sur lequel Jacques Cavaillé fut installé comme capi « taine de prise, tomba sous le canon d'un fort anglais w qui le coula ; on en avait retiré, au préalable, pour 300 livres de marchandises; le cinquième, l’Isabelle, chargé de laines, fut conduit à Cherbourg et vendu ho 393 livres 11 sous 8 deniers. L’armement et la misehors du corsaire ayant coûté 210 406 livres, il y avait. courtresse de 177 328 liv. 2 s. 6 d. Anthon était rentré au port le 6 mars 1782. |
Il fut alors commandé pour naviguer en qualité d'officier auxiliaire à bord du cutter du roi le Pigmy aux ordres du capitaine Missiessy. Au lieu d'obéir, Anthon se sauva. Le ministre de la Marine donna ordre de le rechercher; on l’arrêta à Brest, le 14 juin suivant. ET À défaut d'Anthon, Fanning reçut le commandement de l’Eclipse. Les armateurs dépensèrent 59 280: livres pour mettre ce bâtiment en état d'entreprendre M une deuxième croisière. Parti le 5 juin, il revint le, . 12 août 1782, ayant fait quatre prises : deux avaient M été reprises par les Anglais; une troisième, le Dauphin, bénéficia d’un jugement de mainlevée; la qua. trième, le Friends-Goodwill, fut vendue 62 070 iv
COMMENT M. DE SÉGUR REVINT DES ILES 2h45
rauté omet de mentionner les neutres qu'il visita. Le 22 octobre suivant, Fanning était reparti sur un petit cotre, le Rongeur, équipé seulement de vingt-quatre
à hommes, et armé par M. François-Victor Horeau. Le
surlendemain, il s'emparait d’un brick charbonnier, l'Unité, et d'un brigantin, la Rose-de-Juin, qui furent ends respectivement, 21.4909.. lv. 14" 8.11% ,d44et 8 282 liv. 1 s. 1 d. Mais le même jour, il se laissait prendre à son tour. Fanning trouva tout de suite le moyen de s'évader; il se présenta à l’Amirauté de Dunkerque le 26. C’est à ce moment qu'il fut dénoncé par Del Miquel. | se
Le commissaire de la Marine d’Anglemont n'avait pas jugé à propos de l'arrêter, ni les gens de son équipage. Il n’attachait pas autrement d'importance à l'affaire, non plus que les juges de l’Amirauté; M. de Linières se montrait à leurs yeux comme un simple habitant de la Guadeloupe : les ordonnances autorisaient et même réglementaient le pillage des hardes à bord des navires capturés par les corsaires ; la plupart du temps, le tout se résolvait en une indemnité
payée de gré à gré par les capturés aux capteurs. Il
est vrai qu'ici il ne s'agissait pas d’une prise ennemie, mais d'un bâtiment neutre sur lequel le corsaire n'avait aucun droit. Ce détail aurait dû retenir l’attention de M. d'Anglemont, et aussi celle du procureur royal au siège de l’Amirauté, M. Coppens
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d'Hersin. Il en est un autre qui aurait dü les captiver tout à fait, à savoir : que l’un des passagers molestés s'appelait Ségur, et que le ministre de la Marine, M. le marquis de Castries, était l'ami intime de son collègue à la Guerre, lequel n’était autre que le maréchal de Ségur. I
Saisi de la plainte, et mécontent de n'avoir pas été. informé du fait par une autre voie, le marquis de M Castries expédia le 5 novembre au commissaire de la Marine l'ordre formel, et très sec, d’avoir à arrêter immédiatement Fanning et tout l'équipage de l'Eclipse. Le ro, il adressa aux juges de l'Amirauté le billet suivant : « Il m'a été porté, Messieurs, des plaintes très graves sur le pillage que l'équipage du corsaire de Dunkerque l’Eclipse, armateur le sieur Torris, à fait des effets de MM. le marquis de Ségur et de Linières, à bord du navire danois l'Emiliard, où ils étoient passagers. Je suis surpris que vous ne m'ayez point rendu compte d'un délit aussi grave, et sur lequel le procureur du Roi ne pouvoit pas se dispenser " de rendre plainte, et d'informer sur la rumeur * publique, quand même il n'en auroit pas eu connois- # sance par d’autres voyes, comme j'ai lieu de le croire. Vous aurez soin de m'informer sans délai de l'état de cette affaire, et de la conduite que vous aurez tenue pour parvenir à faire constater le délit, et punir les coupables. Je suis, Messieurs, votre très affectionné serviteur. CASTRIES. » |
Ce fut mieux encore le 4 du même mois, où le M
roi, « considérant que la procédure criminelle qui s'instruit actuellement à l’Amirauté de Dunkerque à la requête du ministère public, peut devenir très considérable par le nombre des accusés et des complices, et qu'en suivant l'ordre ordinaire de la justice, les formalités à remplir entraîneroient des longueurs qui pourroient faire échapper les auteurs et les complices de ces vols à la punition qu'ils ont méritée, et Sa Majesté voulant aussi [réprimer] par de prompts exemples de pareils désordres, pour procurer la sûreté
publique à ses sujets et donner une juste satisfaction
aux puissances neutres de l’insulte faite à leur pavillon », évoqua la procédure à soi et à son Conseil, et la renvoya au lieutenant général de l’Amirauté de Dunkerque pour la continuer à la requête du procu-
reur audit siège. Coppens d'Hersin jugea habile, à
son tour, de s'étonner d'apprendre l'affaire par la
lettre du ministre. La procédure fut, en effet, fort compliquée, en ce qu'il fallut la poursuivre non seu-
lement à Dunkerque et à Paris, mais encore à Morlaix, à Varines et à Lorient. Elle fut menée ronde-
ment, grâce à l'intervention répétée du ministre et du
. secrétaire général de la Marine. En fin de compte,
furent inculpés Nathaniel Fanning, Thomas Potter son second, N. Morin, capitaine de prises, Jacques Cavaillé, lieutenant, et Pierre Charonnier, charpentier. |
Leur zèle singulièrement stimulé par la tournure
que l'affaire avait prise à Paris, et par des injonctions
pressantes d'avoir à la conduire avec « attention, vigi- 4 lance et célérité », les juges de l'Amirauté se concer-. tèrent avec le commissaire de la Marine : en bloc et à tout hasard, ils commencèrent par envoyer en prison les matelots de l’Eclipse sur lesquels ils purent mettre la main; on arrêta tous ceux qui se présentèrent au bureau des classes à l'effet de s'embarquer, et qui se, seraient mis dans le cas, par là, d’être soustraits à l'instruction. Ces arrestations de témoins n'étaient.
à vrai dire, que provisoires ; mais trois mois plus tard
les malheureux gémissaient encore sous les verrous : et comme ils devaient subvenir de leurs deniers aux frais de leur séjour dans les prisons du roi, ils se virent bientôt sans un rouge liard devant eux, et leurs familles dans la plus noire détresse.
Par contre, les principaux coupables, Morin, Mathe, w et surtout Thomas Potter, sur qui les charges pesaient. le plus lourdement, naviguaient au loin, l’on ne savait où. Le sieur Baudry, huissier royal au siège de l’Amirauté, assisté du nommé Charles Oger, « trompette et bourgeois », avait bien fait retentir les trois appels réglementaires pour les assigner à comparoir : d'abord. devant le lieu de leur domicile, puis devant le corps de. garde de la place Royale, et une troisième fois devant, la Chambre du conseil du siège de l'Amirauté:; les badauds s’attroupèrent, mais nul des assignés ne ses montra. On sut seulement que Potter, après avoir séjourné quelque temps à Vannes, s'était ‘embarqué sur un navire américain, la Rénelte, le 23 octobre
Se Ce € Pise PE 70 ei
l'huissier Baudry n'avait, certes, pas les jambes assez longues pour courir à ses trousses.
Il fallut donc s’en passer. On perquisitionna chez le marchand de dentelles qui avait logé Potter, 10, rue. de Bourgogne ; chez Ch. Caiïlliez, le cabaretier à l’enseigne du Cog Hardy où Morin avait un gîte, et qui prétendit n’en avoir d'autres nouvelles, sinon qu'il aurait péri en mer; à l'hôtel du Comie d'Estaing et chez Williamson, un aubergiste anglais, à l'enseigne du Cheval Volant, rue Saint-Jean, chez chacun desquels Fanning avait un domicile.
. Le marquis de Ségur transmit, le 20 janvier 1783, au lieutenant général de l’Amirauté, ïa lettre suivante qu'il venait de recevoir, et dont nous respectons scrupuleusement l'orthographe, singulièrement per- -. sonnelle : « À la rade de Morles, ce 5 janvier 1783, … Monsieur, au suget de la décarassion que j’aves fette, . devant Monsieur de la Richeri commissère de Donkerque, au suget du pilliage qu'il cet et fet a bord . du corsère Leclixpe capitaine Fannin, je vous prie . Monsieur di ajouté sur ma décarassion que j’aves fette, que le sieur Porter après avoir porté un paquet des ardes à bort, il les a distribués à nous tous et moi j'ai ressu de sa main un abit lilla jalonné an argant que | .j'ai jetté au feu à mon arrivé de prizons dangleterre, sil vous fot des preuves je l'ai fait brullé dans ma chambre ou le sieur Harnes treteur ma demandé ce que je fezes je lui ai dit que je brulé un abit que . Porteur m'’avet donné, Monsieur votre tres humble
serviteur Cavaillé. (En post-scriptum.) Si je n'aves pas fet cette décarassion ce net que par le conseil du capitaine. »
On perquisitionna aussitôt une seconde fois chez Harnez, qui tenait l'hôtel du Comte d'Estaing, rue ancienne de Nieuport. On y découvrit les malles de Cavaillé : la nomenclature de leur contenu mérite l'attention : un manteau de drap bleu avec galon d'or au collet, un frac à collet rouge, un frac brun, un portemanteau de cuir enfermant six chemises, deux vestes de piqué blanc, une de coton, dix mouchoirs de poche, deux de soie, un drap, une serviette, deux calecons de toile, un gilet, une culotte de panne blanche, une culotte de velours de coton noir, une paire de boucles d’argent à jarretières tenant à la culotte, trois cols de batiste, un habit bleu avec des | boutons de marine à fleur de lys, une épaulette en or, un sac à poudre avec la houppe, quatre paires de bas de soie, trois dé laine, deux de coton, un bonnet, un stylet, une boîte avec deux rasoirs, une savonnette, une paire de souliers, un fouet, des éperons, un canif, quatre gants ; et encore : un chapeau noir et rond à, poils, une serviette, un habit de drap violet, un dew drap rouge, une veste en satin blanc brodé, deux ; paires de souliers, une paire de pistolets, 36 livres en « espèces, un rouleau de cartes marines, une culotte de satin noir, une paire d’'éperons, un fer à toupet, Un« compas, une seringue, deux montres d’or avec chaîne 4 et breloques, huit chemises blanches, cinq sales, cinq
paires de bas de soie, une de bas de fil, deux cols, une épée, une tabatière à double fond, un flacon, un peigne. R L'origine d’une garde-robe aussi hétéroclite ne “pouvait qu'être suspecte. Le marquis de Ségur vint à Dunkerque l'examiner, et y reconnut plusieurs Objets lui ayant appartenu. Par contre, il n’en “retrouva aucun parmi les hardes de Fanning. Mais heureusement pour Cavaillé, la malle enfermant les objets délictueux n'avait pas été déposée chez lui pour son compte personnel.
# = *% … Il fut assez difficile de démêler l'écheveau confus des “réponses aux nombreux interrogatoires que dirigea l'instruction. Fanning avoua tenir deux livres de loch, l’un, en anglais, dont il reconnaissait l’inexactitude, ; l’autre, transcrit en caractères secrets, et contenant la vérité : comme par hasard, ce dernier était tombé à la mer. La vérité parvint cependant à se faire jour “peu à peu sur ce qui s'était passé à bord de l'Eclipse. … Malgré ses efforts pour maintenir à son bord la meilleure subordinatior possible, Fanning n'obtenait pas toujours de ses hommes l'obéissance qu'ils lui “devaient. Au cours de la croisière, son équipage se mutina par deux fois, menaçant de lui Ôter le commandement, et, à son corps défendant, le contraignit à rentrer au port avant la fin de la course. Il dut les deux fois ordonner à Potter, qui dirigeait le mouve-
502 CHAPITRE XV | ASE
ment des mutins, de garder les arrêts dans sa chambre. 1 N'ayant pas le texte des ordonnances royales sur la 4 Marine, il ne savait au juste quels étaient ses droits, dont les officiers français avaient négligé de l'in-« struire. S'il arbora pavillon anglais, ce fut par unew ruse de guerre d’un usage courant, afin de découvrir À les papiers anglais qui pouvaient se dissimuler à bord de bâtiments d'apparence neutre.
Potter était habituellement chargé de visiter ces, neutres ; il ne remplissait pas sa mission avec toute la délicatesse désirable : ainsi, à bord d'un navire por-« tugais, il s'était indûment approprié un fusil à deux coups, une épée damasquinée, une longue-vue, un octant, et plusieurs chapeaux avec des panaches. Fan ning avait beau lui recommander, comme à tout son monde, de ne rien piller, et la plupart des gens de. l'équipage lui observer qu'il avait tort de faire cé métier de forban, il n'en agissait pas moins à sa tête!
Comme Potter revenait de l’Emiliard dans la cha* loupe, il s’'aperçut que les poches d’un des habits volés” par lui contenaient des lettres à l'adresse du roi et du comte d'Artois : il les jeta à la mer. Les matelots dem l'Eclipse, voyant le butin qu'il rapportait, murmu-w rèrent ; pour les apaiser, il leur versa à boire le con-. tenu des caisses de liqueurs que le marquis de Ségur
habit de livrée rouge qui ne lui allait pas; Fanning, |
jusque-là occupé dans sa chambre à pointer la carte, et « peut-être ayant bu un peu », monta sur le pont, essaya à son tour le même habit « par divertissement où badinage », dit-il, et « fit le fat ». Puis il retira …l'habit, qui fut ensuite subtilisé par un volontaire du “nom de Roussel, lequel le cacha dans le coffre du Maitre charpentier où Potter le découvrit. Potter “ incrimina d'abord le charpentier ; quand il connut ; le coupable, il le fit attacher sur un affût de canon … et voulut le faire frapper par les autres matelots, qui … refusèrent, disant qu'ils n'étaient pas des bourreaux ; … Potter, alors, s'empara d’une pelle à barbeau, et luik même frappa sa victime de douze coups énergiquement . appliqués.
4 Use …. Les responsabilités se trouvant ainsi dûment éta- … blies, les juges de l’Amirauté prononcèrent leur senience définitive le 21 juin 1783 :
« Nous déclarons la contumace bien instruite à la charge de Thomas Potter, N. Morin et Joseph Marseille-Mathe, capitaine en second, de prise et matelot du corsaire l'Eclipse, de ce port, commandé par Nathaniel Fanning, et adjugeant le profit d'icelle, . déclarons lesdits Potter, Morin, Marseille-Mathe, duement atteints et convaincus d’avoir commis, dans les « premiers jours du mois d'août dernier, à la hauteur “du cap Lezard, différents vols et pillages à bord du
“ navire danois nommé l'Emiliard, et s'y être emparé LE "
LA gs e Er es ve
254 Fa CHAPITRE XV
des clefs des malles de plusieurs passagers qui s'y! trouvoient embarqués, et dé leur avoir enlevé une
capote rouge à galon de livrée, un habit galonné en
argent, une veste blanche, des chemises, des serviettes,
des galons d’or, un cachet en or, de l'argent et une. caisse de liqueurs, pour réparation de quoi condam-" nons ledit Potter à être pendu et étranglé jusqu'à ce
que mort Sensuive par l'exécuteur de Ia haute jus-” tice; à une potence qui sera, à cet effet, plantée sur le quay de ce port; lesdits Morin et Marseille-Mathe à être battus et fustigés nus de verges par ledit exécu-
teur de la haute justice, et ensuitte flétris sur l'épaule dextre d’un fer chaud portant les lettres G À L, sur un échafaud qui sera, à cet effet, pareïllement dressé sur 4 le quay de ce port; ce fait, conduits aux galères de Saw Majesté pour y servir comme forçats pendant trois ans, deurs biens acquis et confisqués au proffit deu M. l'amiral ou de qui il appartiendra si confiscation n'a lieu ; sur iceux préalablement pris la somme de. 5o fes d'amende envers mondit sieur l'amiral ; et“ sera notre présent jugement exécuté par effigie en. deux tableaux qui seront attachés par l’exécuteur de. la haute justice, tant à ladite potence qu'au poteau de l'échafaud ; déclarons ledit Nathaniel Fanning duement atieint et convaincu de n’avoir pas maintenu la subordination parmi les gens de son équipage, ‘et dé” n'avoir pas veillé à ce qui se passoit lors de la visite u des navires neutres, ce qui a donné lieu auxdits pilm Jages ; pour réparation de quoy le déclarons pendant
trois ans incapable d'aucun commandement en qualité
de capitaine dans l'étendue du royaume, à luy enjoint
d'être plus circonspect à l'avenir, sous telles peines
qu'il appartiendra ; condamnons lesdits Potter, Morin et Marseille-Mathe et Fanning aux dépens du procès;
mettons Jacques Cavaillé hors de cour, iequel, ainsy
‘que Fanning, seront élargis, renvoyons Pierre Car-
bonnier de l'accusation, en conséquence, ordonnons
que l’écrou de sa personne sera rayé et biffé sur le
registre de la geôle, et mention faite en marge iceux de notre présent jugement. »
Carbonnier, le maître charpentier, n'était sûürement pas coupable ; il n'apparaît pas que Cavaillé le fût davantage : c'était, d'ailleurs, un bon sujet ; pré-
.. cédemment officier auxiliaire sur les vaisseaux du roi
aux ordres du comte d'Estaing, il avait pris part à toutes les attaques que l’armée navale essuya, notam-
ment devant Sainte-Lucie où il fut blessé d'un coup
de feu qui l’obligea à quitter le service ; pour vivre, il dut s’enrôler sur un corsaire.
Le 28 juin, au recu du texte de ce jugement,
Périer, secrétaire général de la Marine, écrivit au
procureur de l’Amirauté : « Je crois que les condam-
ÿ - nés n'ont guère de biens sur lesquels on puisse prendre
. les dépens ; je vous prie cependant de me dire ce qui M broit être à votre connoissance. » Ce résultat néga-
tif était si bien à prévoir que longtemps auparavant l'amiral de France, sur les instances du marquis de Castries, avait consenti à prendre à son compte les frais du procès. Mais au cours de l'instance, les armateurs, n'ayant pas répondu aux assignations lancées contre eux, et s'étant vus, de ce fait, l’objet d'une sentence par défaut, on en profita pour meître le tout à leur charge. En frais et restitutions, ils durent débourser 15 789 livres ro sous. Le bénéfice net de la deuxième course de l’Eclipse ne s’élevant qu'à 7 759 L h s. 5 d., il en résulta un nouveau déficit à ajouter à celui de la première, si bien que MM. Peychiers et Torris, et les intéressés dans leur armement, firent üne opération désastreuse.
Table des gravures
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Supplice du capitaine MORE DAT Eee 208
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Table des chapitres et sources
Les ÎIsLEs .
« Tableau des principaux ouragans qui ont eu lieu aux Antilles » dans la Notice de la Martinique, Paris, 1900, in-8, publiée par le commissariat de cette colonie à l'Exposition Universelle de 1900. — Archives nationales, Colonies, F17 Grenade, F3° Martinique. — Pierre de Vaissière, Saint-Domingue (1629-1789), la Société et la Vie créoles sous l'ancien régime, Paris, 1908, in-8. — Arch. nat., Colonies, F?6-28 Martinique. — Arch. nat., G5r. — Mémoire pour le Roy, du 25 janvier 1685, par le chevalier de Saint-Laurens et Bégon; Arch. nat. Colonies, F?28 Moreau de Saint-Méry. — Mémoire pour le Roy, du 14 mars 1685, par Blénac et Bégon ; Arch. nat., Colonies, C$4. — A. Dessales, Histoire commerciale et politique des Antilles, Paris, 1846-1848, in-8, 6 vol., III, 484. — Lettre de François de Pas de Feuquières, gouverneur, et Charles Bénard, intendant; Arch. nat., Colonies, F26 Martinique. — Lettre du marquis de Beauharnais; Arch. nat., Colonies, F?8 Martinique. — Plucket, Mémoires, Paris, 1843, in-8. — Arch. nat., Colonies, B13 (1687); C? Saint-Domingue; Mémoire de Blénac et Joinpy, du 10 octobre 1685, CSIV
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DA É Le ni :
TR ; à
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10 septembre 1778, F4.
… LA BRAVOURE DU CAPITAINE PHiLippe PLessis .
Lettre du marquis de Vaucresson au ministre, 28 décembre 1709; Lettre de Gabaret au ministre, 27 décembre 1709 ; Relation de la prise de Saint-Eustache, du 11 décembre 1709, signée Borne et Duplessis ; Arch. nat., Colonies, F54 Saint-Eustache. — Relation des campagnes que le corsaire le Ruby a faites étant commandé par le capitaine Philippe Plessis, depuis le mois de novembre 1709 jusqu'au mois d’ociobre 1710, et Lettre de M. de Vaucresson, septembre 1710; Arch,
Jo
nat., Colonies, F26 Martinique. — Arch. nat., Colonies, F44 Barboude. |
L'AFFAIRE Bras MICHAEL. + .. . | VOS
Interrogatoire des Espagnols qui ont mis à terre au Petit Goave et sont prisonniers au fort, du 11 août 1687 ; Jugement du conseil de guerre tenu le même jour au Petit Goave ; Leltre d’un habitant de Léogane, 15 août 1687; Lettres et Mémoires de M. de Cussy au ministre, de 1684 à 1687; Lettres de M. de Cussy au président de Saint-Domingue, 16 janvier 1686, à don * Andrès de Molinos, 15 décembre 1683 ; Lettres du président de Saint Domingue à M. de Cussy, 9 juillet 1685, 3 et 9 février 1686; Lettre de don Andrès de Molinos à M. de Cussy, 17 septembre 1687; Arch. nat., Colonies, Car.
deals A A à.