HAE NE RS
i | JE S AA T TE Ge NE
Ha FR C LE. AAA [CQVE DV
= œ #1 avrquend d- De Lo, 1
REA es FAR Bemdg (4 ES Ylurense |
: +. roi de: ; . CPE 5 Lu PA EE PR TT Re LAS:
Ch A a de: " y: £ % se et de k no Belcetr) 2,” e EAN ar VS Nr une D Pa Le $ l'AC <> | NN. <»
| Honda: Les ocre au) pi Antare 2e, at 1 LS s.
e 8 L ds Base" À Le, NULS $ tof ù = Paper à Ge ; j Gi Ee e.
À I x) .% k 'P LATE a par RTE A: TA: à GTS D NOTA SIP PERL SRER 3 108 DE 2 : O ya | = @ls Derimque |
dm cran Isles Ca: L-2E Abrrnimque Ds . | SEAleur ec R oncader | es Fa has | à Barbeude L Las Si Catalna M aie rt $ ERto 716$ 4 1’ - À 4
E ” ! cd Ft ps “ LA ERL i * 78 Es LA ENS ? CHE è Perlar L 4 Andres” M D : à 4. cé DS Nu > 1 Cri AAC N és e s ; Sd "s 45 Grensde ; ù Me vel
Defiquadere Rs pe
a \ ta
17 3 h % ke r à Î | on KA HU un". mue RATE CHHAfE DA BY fils CR
Es 27% 325 | 32:
e ER RE PRES su 0e PRE 2 ARE 147. ; à me n | Carte des Antilles (1650), . :
‘À MER DR M FXI IOV F, ou.de\ - :
EMsles ù | B. LTsuT Luca y:
É “ ee L : B.dé ca 1 ”. L \ « a, Golfe ta Punta Gr es, e L 5 Guunsharn eu À x s + SS'arader k 4% P À e N 44 ». + espue , Re p Trangule \ een D qe
Morts, la Bouche du Serpent, le Trou Forban, les Sources puantes, etc. L’anse des [Interlopes indique suffisamment à quel trafic on s’y livre. Voilà qui n'est guère rassurant.
L'impression fâcheuse s'aggrave si l'on parcourt les documents d'archives. Les ouragans qui dévastent les forêts, ruinent les plantations, renversent les cases ne sont pas rares, et alternent avec les secousses sismiques. Les causes d'incendie sont multiples; les moyens manquent pour combattre le feu : des villages entiers, des quartiers de ville en sont la proie. Des armées de dévorants, les fourmis rouges, montent en colonnes compactes à l’assaut des récoltes, qu'anéantissent leurs redoutables invasions. Des nuées de moustiques, de maringouins, des brises traïîtresses saturées de miasmes émanant de marécages putrides, la chaleur du climat tropical traînent à leur suite le cortège des maladies coloniales, fièvres et dysenteries, qui emportent l’homme en quelques heures, ou le laissent blessé pour le reste de ses jours. L'eau manque, et les vivres nécessaires à la vie de l’Européen; il faut tout apporter du dehors : qu'un convoi fasse naufrage ou soit pris par l'ennemi, et c’est la disette.
Mais les rapports des explorateurs, les mémoires des gouverneurs ne cessent de dénoncer la merveilleuse fertilité des îles. Les chiffres fournissent la preuve à l'appui de ces dires : au milieu du dix-huitième siècle, par exemple, la petite Grenade produit seize mille bar-
riques de sucre brut, et pour 15 millions de livres (argent des îles) de coton, café, cacao, bois, etc. Il y a de quoi tenter les cupidités.
Alors l’homme, trouvant sans doute insuffisantes les difficultés que lui oppose la nature, vient en ajouter de son fait, et non des moindres. Ceux qui abandonnent le sol natal pour aller au loin tenter la fortune. ont plus d’audace et moins de scrupules que les favorisés du sort jouissant grassement de leurs biens dans la maison familiale. Il ne faut pas trop leur en vouloir du peu d’aménité de leur caractère, Sagement, un ministre exhorte un de ses gouverneurs à l’indulgence; il lui observe que la chaleur du climat monte à la tête, qu'en ces pays on ne peut goûter « aux charmes de la société ni aux plaisirs de la littérature », et qu'il ne faut pas y juger les gens, ni les traiter, comme en Europe.
Les jalousies, les délations, la religion, la politique tiraillent et déchirent les colons et les fonctionnaires presque autant que les moines. Quel Lutrin Boileau aurait écrit, s’il avait connu les luttes épiques que cordeliers, capucins, carmes, etc., soutenaient les uns contre les autres! À l’occasion, ils n’hésitaient pas à se battre contre l'ennemi commun; lorsque, les 19 et 20 avril 1666, les Anglais furent complètement déconfits par les Français à Saint-Christophe, les religieux prirent part à la lutte, avec une vaillance toute guerrière et fort peu monastique. |
Les planteurs voisinent avec des exilés de la Cour,
des forçats, tout un rebut de la société métropolitaine, toute une lie déposée par le flot de l'Atlantique. Euxmêmes en sont sortis, pour la plupart.
La population blanche est noyée dans la population noire, dont la main-d'œuvre est indispensable à la prospérité des colonies, où l’Européen ne peut se livrer à aucun travail manuel sans compromettre sa santé, C'est un danger permanent. Pour y pallier un peu, on cherche à accroître le nombre des blancs. Le ministre insère ces lignes, parmi les instructions qu’il donne, le 20 juillet 1679, à M. de Chambly, gouverneur de la Grenade : « Comme la colonie ne peut augmenter beaucoup que par les mariages, il portera les garçons et les filles à se marier lorsqu'ils seront en âge compétent. » Les garçons étant en majorité, un de ses successeurs, pour pouvoir déférer à cet ordre, doit demander des jeunes filles pour les leur donner en mariage. Le 10 janvier 1708, une lettre lui répond : « Le roy fera embarquer sur le premier vaisseau qui ira aux îles de l'Amérique le nombre de jeunés filles que vous demandez, et vous pourrez vous disposer à les marier à leur arrivée, de crainte de leur laisser le temps de se porter au libertinage. » Tous les envois de ce genre ne provenaient donc pas de l'hôpital et des lieux de débauche de la capitale,
Ges remèdes restent insuffisants. À la Martinique, en 1704, il y à 12 032 blancs « grands et petits », contre 1 266 affranchis et 64 827 noirs; dix ans plus tard, ces derniers ont augmenté de plus de 8 000. À la même
époque, la Grenade ne compte que 8 000 blanes contre 36 000 noirs.
Et les esclaves, courbés sous le fouet, se vengent par le poison, s’évadent, se font marrons, ne vivent plus que de vols. Ils saisissent l'occasion des guerres pour se soulever en masse, et commettre les pires atrocités. Pour les mater, pour les réduire, on étouffe leurs rébellions avec une cruelle énergie. Tandis que l'on comprime les nègres, on doit encore parer aux attaques des Caraïbes, dont la race n'a pas disparu; ils sont restés assez forts pour constituer, eux aussi, un danger.
me
Le métier de gouverneur et celui d’intendant n'ont. rien d’une sinécure. Parmi ces fonctionnaires et leurs subalternes, il est des despotes et des concussionnaires. D'autres, hommes de devoir, prouvent des qualités de premier ordre. Ils sont exposés à jouer un rôle décisif dans maintes circonstances tragiques. Ils ne doivent. pas s'y montrer inférieurs. Pour celles où le comique domine, la perspicacité suffit. Des fripons, de temps en temps, débarquent, les poches pleines de poudre à jeter aux yeux du public, pour se rembarquer après. avoir fait de nombreuses dupes. Il n’est, pas toujours commode de les démasquer. On n'aime pas les affaires, et on craint les « gaffes », dangereuses au pays de” Latude. :
En juillet 1544, la Martinique reçoit la visite du
prince de Montliban; M. de Champigny, gouverneur, l’accueille suivant son titre, fait publier aux prônes une ordonnance pour autoriser la quête que le prince avait demandée, et ne se tient pour satisfait que quand il lui a procuré un passage pour Saint-Domingue. Le prince était un escroc marseillais. Il continua ses exploits à Saint-Domingue avec le même succès. Le ministre écrivit à M. Martin de Poinsablé : « La facilité avec laquelle MM. de Champigny et de La Croix ont donné dans le récit des aventures du prétendu prince... n'est pas moins extraordinaire. »
Quatre ans plus tard, le 17 mars 1748, le Coureur, un bâtiment armé à La Rochelle et appartenant aux sieurs Duvergier frères, de Bordeaux, est pris par un corsaire anglais près du Cul-de-Sac Marin, sur les côtes de la même île. Les gens du bord sont assez heureux pour gagner la terre. Parmi eux, se trouvait un élégant jeune homme qui s'était donné au capitaine pour un fils du duc de Modène voyageant sous un nom d'emprunt, et chargé d'une mission aussi importante que secrète.
Une fois à terre, le capitaine fait le discret, Chacun flaire un mystère. La colonie est en rumeur. On ne parle que de l’illustre inconnu. Le jeune prince de Modène abrite maladroitement son incognito, prend des noms divers, se plaint et se fâche quand on ne lui rend pas les honneurs dus aux plus grands personnages. Quelqu'un, avide de prouver ses hautes relations, et qui avait jadis aperçu la duchesse de Modène,
il CHAPITRE PREMIER
trouve que le mystérieux personnage offre avec elle la plus grande ressemblance : il n’y a aucun doute possible sur son identité. Les jésuites le reçoivent pompeusement dans leur maison. A l’église, chose qui ne s'était jamais vue, il obtient un fauteuil et un carreau pour assister à l'office! Il se vêt splendidement, se fait accompagner d'une suite nombreuse. Lorsqu'il a garni ses poches, et qu'il juge le moment opportun, il se rembarque escorté de dix personnes, dont un médecin et un chapelain.
Le gouverneur, marquis de Caylus, seul, était resté. sur la défensive et avait refusé de le voir. Bien lui en prit. Des lettres ironiques, et surtout mécontentes, arrivèrent de Versailles en réponse aux renseignements et. instructions demandées au sujet du PISUTOMAIARES Une enquête rondement menée démontra qu'il s’agissait simplement d’un voleur, qui, son coup fait, amplement nippé par un fripier de La Rochelle, avait pris le large. On guetta son retour. Au passage, il fit encore des dupes en territoire espagnol: il fut cueilli à son arrivée en France, on instruisit son procès, et la justice du roi s’appesantit sur sa tête. L'aventure fit du bruit. Mme de Boigne en parle dans ses Mémoires, et Maurepas, dans É siens, affirme que ce pseudoprince était envoyé à la Martinique par les Anglais pour la faire révolter.
Dans ses Mémoires, le capitaine Plucket, alors naviguant au commerce, mais à d’autres époques commandant de corsaires qui firent de bonne besogne, nous
conte, en son style emphatico-simpliste, une aventure dont il fut le héros au cap Français.
Ce nest plus ici qu’une simple farce, mais elle prouve avec quelle facilité un aventurier pouvait en imposer dans ces pays.
« Un grand bal, composé de toute l'aristocratie noble et marchande du Cap, devait avoir lieu à la salle de spectacle pour la célébration du jour de l'an. Etant tous jeunes gens à bord, nous décidâmes de nous y rendre ensemble.
— J’ouvrirai le bal, dis-je en plaisantant, avec la dame du gouverneur.
« Un défi me fut donné, je l’acceptai bravement et pariai une portugaise avec M. Hoogwegh.
« Je me mis tout aussitôt en quête près de mon cousin Renaud pour me procurer quelques effets distingués : pour la nuit du bal; j'étais à bonne adresse : « Que votre esprit repose en paix, me dit mon excellent cousin, je vous vêtirai de telle sorte que vous serez le plus brillant cavalier du bal »; effectivement, le grand jour arrivé, le second des Quatre-Amis-de-Bruxelles se vit métamorphosé tout à coup comme par enchantement, en un Célimène de l’'OEil-de-Bœuf : à l’accoutrement de bord avaient succédé habit, veste, culotte et bas de soie, boucles en or, jabot, manchettes en magnifiques dentelles; la poitrine, les doigts, tout étincelait sur moi d'émeraudes, de topazes, de diamants et de rubis. J'avais peine à en croire mes yeux en me mirant; il me fallait rassembler avec effort
toutes mes facultés intellectuelles pour me convaincre que la glace réfléchissait bien là les traits du même homme.
« Je fis mon entrée au bal avec mes deux cousins Renaud et Blomme, ce fut un véritable événement. Le gouverneur ne tarda point d'entrer avec sa dame et Les capitaines de deux frégates de l’État mouillées à la rade; je vis leurs regards se fixer sur moï avec une vive attention : oh alors! Plucket se sentit flageoller les jambes, les battements de cœur se succédaient en lui avec une malencontreuse rapidité, un nuage lui déroba. un moment tous les prestiges de cette enivrante atmo-. sphère, Cependant, tout ruisselant de sueur, ma, gageure me revint très à propos en mémoire, le sou. venir de la portugaise me remit en haleine, encouragé par les louangeuses réflexions de mes deux cousins sur la dame du gouverneur; le pas raffermi, je m'approchai enfin d'elle et tant bien que mal lui baragouinai en français, qu'alors je ne parlais que très difficilement, les paroles les plus flatteuses que le jeu de ma langue, qui n'obéissait pas avec trop de flexibilité aux inspirations de ma pensée, me le pouvait permettre : rien ne doit paraître étonnant en cela, car il n’y a pas. trente ans que c'était merveille d'entendre parler le français à quelque marin dunkerquois dont la langue maternelle est encore assez généralement le flamand, mais corrompu, des anciennes Flandres,
LES ISLES dE 0:
« Quoi qu'il en soit, je finis par faire comprendre à cette dame le désir que je cherchai à lui témoigner d'avoir l'honneur d'ouvrir le bal avec elle : une gracieuse réponse et une acceptation empressée furent ma récompense. Je lui offris alors galamment la main et, à l'harmonieux signal de l'orchestre, nous dansâmes, avec une gravité chinoise quelque peu tempérée, un majestueux menuet. Le menuet achevé, je n'étais plus d'humeur à lâcher de sitôt ma conquête, et j'invitai de nouveau avec plus de désinvolture Ia dame de mes pensées du moment pour un quadrille; elle accepta encore, et, la danse terminée, je la reconduisis à sa place, me sentant l’épine dorsale devenue d’une merveilleuse flexibilité pour lui faire de toute la hauteur de ma taille une profonde révérence.
« La balle était lancée dès lors, bondissant et rebondissant avec les plus légères allures; je m’approchai donc du gouverneur et, après force salutations
— Le climat de FAmérique, lui dis-je, ne permet pas de danser beaucoup.
—— Cela est vrai, monsieur, me répondit-il avec amabilité, un échauffement serait bien vite à craindre.
« Quelque temps après je vis le gouverneur quitter la salle avec sa dame et les personnes qui l’avaient accompagné. Je rejoignis alors M. Hoogwegh et mes camarades de bord, le lieutenant, le médecin et nos deux passagers, tous jeunes gens comme moi, à l'exception toutefois de M. Hoogwegh qui était marié; ils me
: dirent en riant aux éclats que, si ce n’était le manque
de mes dents, ils se refuseraient à croire que le second des Quatre-Amis-de-Bruxelles se trouvait en leur présence. Ils me racontèrent ensuite qu'au moment où ils me virent dansant le menuet, ils furent saisis d’un rire tellement inextinguible qu'ils se virent obligés de quitter la salle; ils ajoutèrent que toutes les personnes qui faisaient partie du bal m'avaient pris pour un comte oubaronautrichien; m'adressantalorsà M Hoogwegh.
— Eh bien, lui dis-je, ai-je mérité maintenant votre portugaise?
« [1 mit aussitôt en riant la main à la poche.
— Je vous la donne de bon cœur et me souviendrai longtemps de cette gageure. |
« Je partis ensuite avec més deux cousins pour me déshabiller et me reposer quelques heures. Le lendemain ce fut une tout autre histoire, la transition fut subite; ce furent des suées en perspective tout autres que celles du comte ou baron autrichien au bal, car nous eûmes à arrimer dans la cale une trentaine de boucauts de sucre. Torréfié sous cette zone brülante, je me vis obligé de changer en un jour cinq à six fois de linge tout trempé de sueur. Jeune, ün marin ne doit jamais craindre la fatigue : la pratique de cette maxime a fini par me conduire à bon port après bien
des revers. »
Les aventuriers de cette sorte ne sont pas bien dangereux, Il en ést d’autres plus redoutables. Ce sont les
forbans et flibustiers qui sillonnent ces mers, fondent à l'improviste sur un point de la côte, et se retirent chargés de butin.
Les gouverneurs font de leur mieux pour détruire ces bandits, et les stationnaires où les frégates du roi de passage aux [les reçoivent l'ordre de les pourchasser et de les détruire. Ils doivent tâcher de les découvrir lorsqu'ils se dissimulent. Le marquis de Caylus enjoint à M. de Saint-André Duverger, commandant les frégates de Sa Majesté l’Atalante et la Galatée : « M. Duverger visitera tous les corsaires espagnols qu'il rencontrera, et s'il se trouve quelques indices qu'ils aient commis des pirateries, il les amènera en cette isle pour être jugés, ayant attention que ces corsaires ne soient en aucune sorte pillés ny leur équipage molesté, » En cas d'erreur, il fallait prendre ses précautions pour éviter les réclamations. Les habitants, complices des forbans par crainte, ou parce qu'eux-mêmes ne dédaignent pas de se livrer à ce métier, par où beaucoup débutèrent, ne facilitent pas la tâche des gouverneurs. « Les Français habitant sans permission Sainte- Lucie, Saint-Vincent, les Grenadines et la Dominique avertissent les forbans des démarches faites pour les détruire, ont fait faire des fours pour leur fournir du pain frais, leur donnent des vivres, et recèlent leurs marchandises. » Ordre est donné de leur faire évacuer ces îles, et de les installer dans celles du gouvernement de la Martinique (18 novembre 1721).
Des colons, plus avisés et plus énergiques, n'’hé-
sitent pas à se défendre eux-mêmes. En décembre 1757, un petit bâtiment anglais avait commis de nombreux actes de piraterie le long des côtes de la Martinique. Le sachant proche, les habitants du quartier du Robert arment un caboteur qui se trouvait au port. Le sieur Arboussel, capitaine de milice, en prend le commandement, s'y embarque avec quatre-vingts. hommes, dont il a soin de dissimuler la présence. Il sort du port, comme s'il avait l'intention d'aller mouillér dans une anse voisine. Dès qu'il l’aperçoit, le navire forban vient dessus; à bonne portée, il reçoit une décharge nourrie, et, après trois quarts d'heure de combat, doit se rendre. [Il est amené au port. Malgré le pavillon blanc qu'il a arboré, on le reconnaît. pour avoir été armé à Montserrat; il porte dix-huit pierriers, et est monté de vingt-huit hommes. Son capitaine, John Silver, et ses officiers sont emprisonnés à la Trinité, son équipage au Fort-Royal. Leur procès est instruit. Silver et son lieutenant, ayant combattu . sous pavillon français, sont condamnés à mort pour crime de faux. Mais les prisonniers ont eu la précaution de s'évader, et il n'est resté sous les verrous qu’un marin... absous par l'arrêt. | Les forbau se recrutent fréquemment parmi les équipages qui se sont révoltés en mer et ont massacré leurs officiers. Les autorités de toutes nations sont compétentes pour leur infliger le châtiment suprême. Ts n'ont pas toujours la chance de s'évader, et l'aventure, commencée dans le sang, finit dans le sang.
On a pu croire que la politique du gouvernement royal avait varié à l'égard des corsaires. Il n'en est rien. L'erreur provient de ce que l’on n’a pas distingué les forbans et flibustiers des corsaires. Le roi s’est efforcé de détruire la flibuste; il a encouragé la course.
Le 30 octobre 1685, M. de Cussy, gouverneur, publie une ordonnance défendant à tout Français de l’île de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue de courir en flibustier, sous peine de punition corporelle et de confiscation de ses biens. Le 30 septembre de l’année suivante, le ministre écrit à M. de Cussy :
« Sa Majesté est si persuadée du mal que ces courses produisent, que elle donnera ordre au commandant de l'escadre qu'elle envoyera incessamment à l'Amérique de prendre tous les pirates qui seront rencontrés en mer et de les mener à la Martinique, où elle veut qu'ils Soient jugés comme forbans suivant la rigueur des ordonnances. Elle désire que vous advertissiez les flibustiers de ses intentions... et que vous fassiez tout ce qui dépendra de vous pour restreindre l'application de ces gens-là à la culture de la terre et à l’augmentätion du commerce qui sont les seules voyes qui peuvent maintenir cette colonie. » Le 25 août 1687, un mémoire du roi à MM. de Blénac et Dumaitz contient ce passage : « Pour ce qui est des flibustiers dont Sa Majesté leur a ordonné d’empescher le cours, le roy
d'Angleterre ayant fait des deffenses positives aux gou-
verneurs anglois de leur donner retraite, il y a lieu de
croire que ceux de la Jamaïque et ceux de Boston ne les recevront plus; n'ayant aucun lieu pour se retirer, ils seront dans la nécessité de désarmer. »
Les gouverneurs obéissent aux ordres du roi, mais ils ont lieu de s’en repentir : « J’ay détruit icy les flibustiers, écrit de Saint-Domingue Cussy, à la date du 24 avril 1689, parce que la cour l’a voulu, et je n’en
suis venu à bout qu'avec bien de la peine. Je voudrois |
à présent n’y avoir point réussi, car 1l y auroit à cette coste dix ou douze bons navires et quantité de braves gens dessus, qui asseureroient cette colonie et le commerce qui s’y fait. »
Les hommes qui entraient dans la flibuste manquaient à la terre ou au commerce; l'intention du roi
était de les y ramener. Dumaitz signale (16 juin 1603) qu’à l’arrivée des Anglais à la Martinique, « il y man-
quoit bien quatre cents bons hommes qui sont avec.
ces armateurs, lesquels ne contribuent qu'à la diminution des habliants des isles, comme il est arrivé depuis que la course y a esté permise ». |
De La Rivière, intendant de la Martinique, motive ainsi une dépense de 22 000 livres pour la maréchaussée : « Get article doit nécessairement paroïtre énigmatique, car 1l n’y a point icy de maréchaussée Il
n'est pourtant qu'un des fruits de la guerre, qu'une précaution indispensable. Voici ce que c'est "vous.
savez que la Guadeloupe a été plus affligée des excès
D net ;
des nègres marrons et des phlibustiers que par l'ennemy.
« Partout ce n’étoit que vols, que pillages, qu'incendie, que brigandages de toutes sortes : tous ces scélérats, du moins tous les phlibustiers, ont repassé à la Martinique, et cela joint à ceux qui y étoient déjà fait que nous avons au-dedans beaucoup plus d’ennemis que la Guadeloupe n’en avoit. »
Il faut s’empresser d'ajouter que, s'ils offraient quelques inconvénients, flibustiers et corsaires rendaient à nos colonies d'inappréciables services. « Les flibustiers désolent les Anglois et nous font vivre avec les chasseurs et pescheurs », écrit de Blénac (14 mars 1075). Et de La Rivière : « Dans cette position, on se détermina à faire acheter des vivres dans les colonies angloises, à les faire passer à Saint-Eustache, et à fretter des corsaires armés pour conduire sûrement ces vivres de Saint-Eustache à la Martinique. Le siège de la Guadeloupe y a attiré une partie de ces-vivres; une autre partie a repassé ici sur les corsaires dont on a parlé. » On lit encore : « Les corsaires qui formaient notre plus grande ressource par les prises qu'ils faisaient sur les bâtiments de la Nouvelle Angleterre. » Pendant la guerre de Sept ans, les corsaires de la Martinique firent environ 9gbo prises, valant 30 millions de livres. On en arma jusqu’à 180 à la fois dans tous les ports des Antilles; dans l’ensemble, ils firent r 400 prises.
Les journaux de Londres écrivent, en mai 1761 :
>/ CILAPITRE PREMIER
« Les corsaires de la Martinique désolent notre commerce. » En mars 1760, ils disaient déjà : « Les derniers avis venus de nos îles portent que les corsaires de-la Martinique se sont tellement multipliés, qu'ils nuisent beaucoup à notre commerce. Ils ont fait
157 prises en moins de quatre mois. Ils convoient de,
petites flottes marchandes, qui, sous leur protection, font un commerce libre entre la Martinique’et les îles appartenant aux puissances neutres. »
Donc corsaires et flibusliers entretenaient de vivres et de munitions les colonies insuffisamment pourvues par la métropole. Ils causaient les plus grands dommages au commerce ennemi. [ls entreprenaient à eux seuls de véritables expéditions. Il n'en est pas d'orga-
nisées par les gouverneurs auxquelles ils n'aient régu-
lièrement contribué. Il ne leur plaît pas toujours d'être placés sous les ordres des officiers du roi, et on les a vus refuser leur concours. ;
Cela n'empêche que leurs officiers sont convoqués aux conseils de guerre tenus par les commandants en chef, lesquels reçoivent d’eux, à l’occasion, des certilicats qui peuvent nous sembler extraordinaires, mais
n'en sont pas moins significatifs : « Au nom des habi- x
tants et des flibustiers, les soussignés, se louant de
l'intégrité de M. de Chavagnac, commandant l’escadre du roy dans l'expédition qu'il vient de faire contre Saint-Christophle, de son exactitude et de ses ordres. pour que rien ne fût détourné, de sa conduite irrépro;
chable » et tenant compte des dépenses qui lui incom-
OUT L'Etat #
er Eté
745 Jééé.