‹ Les iles de l'aventureChapitre 4 sur 24 · CRUE · texte numérisé non relu

CRUE

Indiens.

bèrent à cette occasion, le prient d' HA « SIX NOITS, à titre de reconnaissance. »

Il y à échange de bons procédés : les chefs des corsaires reçoivent des marques de la reconnaissance royale. « L’Angleterre est furieuse des prises que font nos corsaires... Les isles neutres manquent de vivres, toute ma ressource étoit dans les succès de la course. Je lui ai donné une partie de mon attention, par les promesses, par les marques extérieures de considération, par quelques récompenses pour des actions d'éclat et peu lucratives. Ces récompenses n'ont coûté au roy que 4 000 livres. Je suis parvenu à porter dans cette partie un encouragement à la faveur duquel nous avons subsisté : par ce moyen, j'ai trouvé une grande partie des vivres mentionnés dans les trois:articles cy dessus détaillés; mais ces achats n’ont pu $e faire que l'argent à la main, car le produit des prises se partage entre les phlibustiers, plusieurs intéressés, et des frais d'armement qui sont prodigieux; agir autrement eût été ruiner la course, et l’enrayer totalement au lieu d'augmenter son activité. »

Les capitaines corsaires reçoivent des épées d’'honneur. « S. M. désirant récompenser les sieurs Paul Marsan, Gripon, Le Borgne et le sieur de l'Estage, capitaines de corsaires qui se sont distingués à la mer, et pendant le siège, elle a ordonné qu'il leur sera distribué des épées, et je marque à M. Hocquard de vous en faire remettre quatre, afin que, s'ils se trouvoient dans la colonie, vous puissiez leur donner à votre

arrivée. » Grammont sera fait lieutenant du roi, et ee recevra une majorité.

En somme, la politique royale a voulu Œutue les flibustiers et encourager les corsaires, munis de commissions régulières.

Les Îles sont une proie d’une merveilleuse richesse, non seulement pour les particuliers, mais encore pour les puissances européennes. Français, Anglais, Hollandais, Espagnols, se les disputent et se les prennent les uns aux autres à tour de rôle. Il n’y a pas que de formidables escadres, portant vingt mille hommes et plus, qui surgissent à l'horizon; celles-là rendent toute résistance impossible aux faibles garnisons livrées à leurs propres ressources. Leur action est excéptionnelle.

Mais les attaques, les contre-attaques, les coups de main, les petites expéditions que les divers partis - tentent les uns contre les autres, sont incessants, île contre île, gouverneur contre gouverneur. Beaucoup avortent, quelques-uns réussissent. Et le succès n’a pas souvent grande utilité, car lorsque l’on traite de la paix en Europe, chacun reprend à peu près ses positions. C'est à Versailles et à Londres que la question se règle en dernier ressort. Si bien que là-bas, on finit par ne plus trop savoir où on en est... et qu'il fallut envoyer un bâtiment de guerre contre Filet Tinta-

marre, où une famille anglaise refusait de reconnaître la souveraineté de la France ! Montserrat, Nièves sont prises et reprises. La Désirade, qui jouit du triste privilège de recueillir les esclaves des îles voisines atteints de lèpre et autres maladies contagieuses, est plusieurs fois pillée. À l’île à Crabes, il suffit d’un parti espagnol venant de Porto-Rico et composé de douze hommes, pour massacrer impunément quatre habitants (12-13 août 1681). En juin 1676, les Hollandais manquent un coup de main sur Saint-Martin; ils le réussissent en 1717; puis ce sont les Anglais qui se rendent maîtres de cette île, jusqu'à ce que les Français les en délogent (1751). Marie-Galante subit assaut sur assaut,

En août 1689, M. de Rionville, avec l'autorisation du gouverneur de Blénac, part à la tête de cent vingt hommes pour l’île de l’Anguille, appartenant aux Anglais, et située à 2 lieues et demie de Saint-Martin. En six attaques, il repousse l'ennemi dans ses retranchements, le fait fuir dans les bois, se rend maître de l’île, brûle les maisons et tue les bestiaux. Il installe son camp, et, sur l'avis que les Anglais se sont réfugiés dans des endroits inaccessibles, se voyant d’autre part obligé de se retirer à cause du mauvais temps, il lâche un prisonnier chargé de les avertir qu’il a ordre de tout mettre à feu et à sang, s'ils ne se rendent à discrétion. Il reçoit bientôt des parlementaires, et convient de laisser aux vaincus leurs esclaves: mais il les désarmera, recevra une indemnité suffisante pour couvrir les frais de son armement, et emmènera le gou-

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verneur prisonnier. Ce dernier rend les armes; quatrevingt-dix de ses hommes l'imitent. |

De Rionville laisse le sieur Roche pour commander la place et s’en retourne à Saint-Martin avec le gouverneur anglais, son drapeau, quatre canons et soixante. fusils. Ï1 envoie le prisonnier à M. de Blénac et le drapeau au ministre, mais en avisant le premier qu'il ne croit pas le sieur Roche très en sûreté à l’Anguille. HI ajoute que cette île est plus grande que Saint-Chris- + tophe, très plate, peuplée de cent habitants; il sy trouve trois sucreries et de bonnes terres. « La manufacture est en toille, cotton, armes, bestiaux gras et. eau-de-vie de cane. » Il termine son rapport en se plaïs gnant des capucins, qui souvent l'insultent, et prie qu'on leur donne l’ordre de ne se mêler que de leurs fonctions.

De Pointis, qui tenta une expédition en mai 1745. contre la même île avec deux frégates, ses troupes commandées par M. Le Vassor de La Touche, ne réussit pas aussi bien. [1 parla « d'événements contraires et de trahisons », et s’en revint avec vingt-quatre tués et seize blessés. |

En novembre 1689, des particuliers de la Martinique arment deux barques qui pillent les îles de la Petite Anguille et l’îlet à Chiens, et prennent neuf cents mou tons, sans compter les bêtes à cornes. La lettre où M. de Blénac annonce cette nouvelle ajoute : «Les, habitants de Saint-Malo ont pris la barque de l'agent du Brandebourg qui faisoit le commerce étranger et

la course... Toutes les isles des Vierges habitées par les Anglais sont ruinées... M. Du Casse est revenu de dessus la Barbade avec trois prises chargées de noirs et de farines, et d’autres victuailles, et considérablement de la poudre d’or. »

En 1778, la Dominique est aux mains des Anglais. Le marquis de Bouillé, apprenant que l’escadre de l'amiral Barington, de trois vaisseaux de ligne et douze frégates, se trouve à la Barbade, à 30 lieues au vent de la Dominique, croit pouvoir enlever cette dernière île avant que Barington ait le temps de la secourir. 11 conçoit son plan le 5 septembre, s’embarque le 6 avec r 800 hommes (le régiment d’Auxerrois, 200 grenadiers, 200 chasseurs, 45 canonniers, la compagnie des cadets de Saint-Pierre, et 4oo flibustiers et mulâtres libres) sur dix-huit navires corsaires et autres.

Le vent contraire le retarde. Pour tenir le vent, sa petite escadre devait passer sous les canons du fort de Cachacrou. I1 charge le capitaine corsaire Fonteneau, déjà connu pour des actions de la plus grande bravoure, de s'emparer de ce fort.

Fonteneau, escorté de la frégate la Diligente, prend les devants avec son navire le Rancard; il descend 8 Canonniers, 18 chasseurs et 60 flibustiers à la ravine Crabier, distante du fort d'environ 5oo toises. À la pointe du jour, par des chemins impraticables, il arrive au pied de la palissade et charge la garnison à la baïonnette, avec tant d’audace et de promptitude qu'il s'en rend maître, après lui avoir tué trois

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