‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 11 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Causes de la décadence de la langue française dans Tarchipel. — Afflux de rentiers anglais. — Avantages pour les insulaires de la connaissance de deux langues.

LA langue française est l'idiome officiel des îles de la Manche, mais elle n'est plus, hélas 1 le langage des relations usuelles et du foyer. Les insulaires ont bien encore conservé leurs patois normands, très différents les uns des autres, d'île à île, quoique de même souche, mais ces patois si archaïques vont se perdant de jour en jour, et ils entraînent la langue française dans leur déclin. Jusque vers 1850, l'anglais n'était parlé qu'exceptionnellement à Jersey et à Guernesey, en dehors des villes, dont les habitants connaissaient presque tous les deux langues; mais depuis, la facilité croissante et la rapidité des communications avec l'Angleterre ont amené dans Tarchipel une nuée

de rentiers anglais, qui s'y sont établis et là, comme partout ailleurs, ont imposé leur idiome. Les villes de Saint-Pierre-Port et de Saint-Sampson à Guernesey sont complètement perdues pour notre langue; Saint-Hélier et Saint-Aubin, à Jersey, subissent la même loi fatale, bien que la capitale de Jersey ait une colonie très nombreuse et assez florissante de Français, et que le mouvement des touristes français, dans la belle saison, y contre-balance numériquement celui des touristes anglais. Malgré ces appoints favorables et l'établissement d'un grand nombre de cultivateurs de France dans la campagne jersiaise, la langue française périclite dans la grande île aussi bien qu'à Guernesey, où les touristes et les colons fran-' çais sont rares. L'anglais s'est étendu depuis un demi-siècle comme une tache d'huile; des agglomérations urbaines, il a envahi les paroisses rurales, grâce au laisser aller et à l'indifférence des populations, grâce surtout à la complicité d'un système d'éducation qui fait partout de l'anglais la base de l'enseignement.

Ce n'est plus aujourd'hui qu'on peut dire des insulaires qu'ils parlent la langue des trouvères, ce vieux français si riche et si sonore dans lequel écrivait son Roman du Rou maître Robert Wace

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