LE REPOS DU DIMANCHE
de son débiteur. Un violent combat se livre dans rame de l'insulaire, mais la religion triomphe et^ poussant un profond soupir : (( Eh bien! faites comme vous l'entendrez, mais je ne peux pas recevoir de l'argent le jour du Seigneur! » El tl referme sa fenêtre pour reprendre, impassible, la lecture interrompue du livre saint.
Le dimanche, les vrais croyants ne font pas de cuisine, et c'est, pour ces purs entre les purs, un grand scandale que de voir fumer les cheminées le jour du Seigneur. Les viandes sont cuites le samedi; on les mange froides le dimanche. D'autres qui cherchent à concilier les exigences de l'estomac avec les préceptes de la religion, envoient le dimanche matin leur dîner mijoter dans le four du boulanger; vers midi on ne voit dans les rues que domestiques et ménagères rapportant les plats, qui viennent de rissoler côte à côte, et finissent par avoir tous, bœuf, mouton, volaille, un goût identique.
Restaurants, cafés, débits de tabac, magasins de toute espèce, tout est fermé le dimanche, sauf, à Jersey, quelques cabarets pourvus de liceiices dites spéciales, et qui s'ouvrent à certaines heures. Dans les autres îles, tout est clos, sans exception. A l'hôtel où vous êtes descendu, on peut vous donner
h manger^ mais Thôtelier n'a pas^ le droit de vous servir une consommation, et il transgresserait la loi en vous fournissant un cigare. Aussi fait-on chose sage en se précautionnant la veille.
Le malin du dimanche, à Saint-Hélier, c'est un spectacle de voir les soldats de la garnison., revêtus de leurs plus beaux atours, descendre du fort Régent, et^ précédés des fifres et tambours, se rendre procession nellcment à l'office anglican dans 1 église paroissiale. Les militaires des cultes dissidents se rendent isolément dans leurs temples respectifs.
Tout le monde va à Téglise, les plus fervents aux offices du matin et du soir. Beaucoup cependant se coiilentent d*assistcr à ce dernier; ce sont les paresseux, pour cpii le dimanche est véritablement jour de repos, et qui en passent au lit la plus grande partie. Dans l'après dînéCj on se promène à la campagne, sur les jetées, au bord de la mer, mais il est de bon ton de se vôtir de noir, d'arborer un chapeau haut de forme et de se munir d'un parapluie, même si le lemps^est au beau fixe. Un dimanche, je me promenais a Guernesey, une canne à la mairî. Du haut de la falaise je contemplais le merveilleux panorama de la mer et des îles, lorsque je voife venir à moi un vénérable vieillard, prédicateur