‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 17 sur 90 · LE REPOS DU DIMANCHE · texte numérisé non relu

LE REPOS DU DIMANCHE

sainte armée de Jésus! Amen, » Nouveaux Alléluia! nouveaux cantiques, nouvelle cacophonie, jusqu'à ce que le programme étant épuisé et les énergumènes rompus, Tarmée se forme en colonjie et, drapeau en tète, regagne sa « forteresse », Iraversant, au bruit des cymbales, des cuivres et des tambours, les rues plongées dans un silence glacial.

Ce silence glacial, cette paix profonde et presque sépulcrale, c'est le repos du dimanche, strictûmcuL observé dans les îles de la Manche. C'est le jour du Seigneur, the Lord's Day, jour entièrement consacré à la dévotion. Tout est mort; les villes et les campagnes semblent endormies. On a fait le samedi ses emplettes pour le lendemain, car tous les magasins sont fermés; impossible de so procurer quoi que ce soit le dimanche. Au cas ou vous manqueriez de pain, un boulanger compalit^sant consentirait peut-être — et ce n'est pas sûr — h enfreindre la loi, à vous en passer par une porte dérobée; mais dans tous les cas, il ne recevrait pas votre argent. Vous payerez le lundi; on ne prend pas d'argent le dimanche.

Quelques insulaires, surtout parmi les méthodistes, poussent l'observance du dimanche jusqu'au mépris de leurs plus chers intérêts. Un Guerncsiais,

très èpre au gain, très dur aux malheureux, mais excessivement religieux, poursuivait, pour une somme relativement importante, un de ses locataires, Français de nationalité. Rien n'avait pu l'attendrir, ni supplications, ni promesses; l'affaire suivait son cours en justice et le propriétaire était bien décidé à aller jusqu'au bout. Un dimanche, dans la matinée, on sonne à sa porte ou plutôt on frappe, la plupart des maisons, dans les îles, ayant des marteaux et non des timbres. La face rigide du propriétaire apparaît à une fenêtre de l'étage. Il est furieux d'avoir été dérangé dans la lecture de la Bible. — (( Que voulez-vous? dit-il au Français. — J'ai reçu de l'argent de chez moi et je viens vous payer ma dette », fait celui-ci. Étonncment du Guernesiais, qui ne peut réprimer un sourire de satisfaction. Mais c'est dimanche. « C'est bien, reprend il. Vous viendrez régler demain matin. — Je vous demande bien pardon, réplique le Français, mais il m'est impossible d'attendre à demain. Je m'embarque aujourd'hui même pour la France à bord d'un voilier qui quitte le port dans quelques heures. C'est à prendre ou à laisser; vous recevrez votre argent maintenant, ou vous ne le recevrez pas du tout. » Grave embarras du Guernesiais, dont la figure décontenancée contraste avec l'air narquois

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