‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 25 sur 90 · SAINT'BRELADE · texte numérisé non relu

SAINT'BRELADE

de Tîle de Jersey, est coquettement étagée sur des hauteurs boisées, au pied desquelles se trouve son petit port, défendu par une vieille forteresse campée sur un récif que la mer laisse à sec à marée basse. En longeant toujours le rivage, audessus duquel se hérissent d'abruptes falaises fantastiquement découpées et sans relâche battues par les flots, on arriverait au château de Noirmont, l'un des fiefs seigneuriaux de l'île, et à la sauvage petite baie du Portelet. Toutes ces anses, ces petites criques, profondément creusées par les érosions de la mer, et dont chacune a son caractère et son charme spécial, ont leur entrée défendue par des tours dites martellos, qui furent édifiées et armées durant les guerres du premier Empire, et qui portent encore, pour la forme, des canons rouilles. Après la baie de Saint-Aubin, l'échancrure la plus importante de la côte sud-ouest est la baie de Saint-Brelade, ravissante plage de sable fin encerclée entre de hautes roches découpées en aiguilles, en pyramides, en cônes rougcâtres, et percées d'une infinité de petites cavernes, appelées Creux- Fantômes, Sur le flanc de la colline qui surplombe le centre de la baie, une masse claire émerge du sein de la verdure : c'est une villa superbe, entourée de massifs d'arbustes et de jardins artistement

tracés à grands frais sur le roc, et fermée par une grille Renaissance, avec cette inscription sur le cartouche du fronton : // nest rose sans épines. C'est la qu'après un court séjourà Thôtel à Saint-Hélier, vint s'ensevelir le général Boulanger avec sa compagne d'exil, Mme deBonnemain, en 1890.

L*église paroissiale de Saint-Brelade, la plus ancienne de Jersey, date de 1111. Tout à côté, dans le cimetière, la chapelle abandonnée des Pécheurs, aux murs pittorcsquement revêtus de lierre, date de Tan 800; on remarque à la voûte des restes de fresques du xiv* siècle.

L'île se termine au sud-ouest par un plateau désolé, sauvage, semé d'ajoncs et de genêts, qui dresse au-dessus d'une mer sans cesse tourmentée un mur perpendiculaire, prolongé au large par un chaos de rochers, une série d'îlots, formant de gigantesques aiguilles, des crêtes dentelées, striées et tailladées ù Tin fini : ce sont les récifs de la Corbière, do sinistre mémoire dans les annales de la navigation insulaire, surtout avant la construction du phare que porte le rocher principal. La mer brise toujours avec violence, même par les temps les plus calmes, sur ces dangereux écueils; mais, par les tempêtes d'ouest, c'est un tableau d'une terrifiante majesté que celui des vagues déferlant

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