LE BÉTAIL JERSIAIS
spéciales sont prises pour empêcher le mélange et la contamination des races insulaires. La réputation de ce bétail de l'archipel a atteint son apogée il y a quelque trente ans; de grosses fortunes se sont rapidement édifiées par l'exportation en Angleterre et en Amérique, le marché a été un instant si actif que des prix extraordinairement élevés ont été payés; un taureau jersiais s'est vendu quatre mille livres sterling, cent mille francs, en Amérique, et Tacheteur a trouvé du bénéfice en le prêtant à raison de mille francs par saillie. Les bêtes les plus ordinaires trouvaient couramment acquéreurs à douze et quinze cents francs par tête. Mais l'essor s'est arrêté, le calme plat a succédé à la fièvre intense; les insulaires se sont aperçus, un peu tard, qu'ils avaient tué la poule aux œufs d'or, car les prix ont subitement dégringolé dans de fâcheuses proportions, et ce qu'il y avÉiit de meilleur dans les troupeaux des îles est actuellement en Angleterre et en Amérique. L'exportation des principaux reproducteurs a produit de funestes effets, et déjà Tappauvrissement de la race est manifeste et Ton se demande avec inquiétude s'il ne faudra pas tôt ou tard recourir à une infusion de sang étranger pour lui conserver ses qualités beurrières et laitières. Or, les croise-
ments seraient la 6d de la réputation de ce bétail, d'où on profond malaise que les éleveurs des îles tentent vainement de dissimuler sous un étalage de confiance plus feinte que réelle.
L'élevage seul, en effet, peut donner aux cultivateurs jersiais et guernesiais une compensation suffisante de leur travail et de leurs efforts. Les terres se louent cent cinquante francs la vergée, ce qui équivaut à neuf cents francs Thectare; bien que le sol soit riche, et que sa composition chimique le rende presque l'équivalent du terreau, une culture intensive l'a épuisé, et ce n'est qu'à grand renfort d'engrais extrêmement chers qu'on parvient à maintenir la moyenne du rendement. La main-d'œuvre est hors de prix, le rapport du blé et des céréales ne couvre pas les frais de loyer et d'exploitation, et l'agriculture insulaire ne s'est sauvée que par la culture en grand de la pomme de terre, au détriment du pittoresque du pays. Partout, du sud au nord et de l'est à l'ouest, les arbres sont arrachés, les pentes défrichées, le pays se dénude avec une inquiétante rapidité, les vergers disparaissent, les bois tombent sous la cognée, tout est sacrifié au précieux tubercule. Dès le mois de janvier, les terres sont fumées, saturées d'engrais chimiques qui répandent une odeur infecte; les
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