CULTURES INTENSIVES
plants, précieusement conservés côte h côte dans des caisses et déjà porteurs de germes vivates, n^ont mis en terre, dans des lignes tirées au cordeau; un travail de tous les jours, on peut dire de toutes les heures, empêche la pousse des herbes folles. La rareté et l'innocuité générale des gelées, la douceur des hivers aidant, on arrive à récolter dès la fin du mois d'avril. Alors des voiliers et des vapeurs de Binic, de Saint-Brieuc, de Portrieux, déposent sur les quais de Saint Hélier, une nuée de Bretoiii^ et de Bretonnes engagés pour arracher les tubercidta, La ville s'anime, les acheteurs anglais arrivent, les prix s'établissent chaque jour et varient a riiifijû, selon le plus ou moins d'approvisionnement ilm marchés anglais; c'est une vraie bourse, avec sea spéculateurs, ses favorisés du sort et ses promptes déconfitures. Les lourds véhicules amènent de tous les points de l'île les pommes de terre triées et mises en sacs ; on les vend au plus offrant, elles tiont pesées au poids public et de gros navires les transportent en Angleterre où elles se distribuent entre les marchés de Londres, de Manchester, de Birmingham et des principaux centres de consomniulittn. Le port de Saint-Hélier, d'ordinaire vide et l\ peu près désert, a peine à abriter les grands vapeurs frétés spécialement pour ce commerce momentarié : peu-
dant tout le mois de mai, Ja paisible capitale de Jersey est transformée en une ruche très mouvementée et on circule difficilement sur les quais encombrés de colis au milieu desquels s'agite et évolue, se trémousse et se meut tout un monde de portefaix, d'ouvriers et de marins. Les sifflets retentissent, les cloches sonnent, les grues grincent; ici, on décharge des emballages et des tonneaux vides, là on charge des fûts remplis de pommes de terre; les navires entrent et sortent, c'est un surmenage inouï, un brouhaha général, et l'étranger qui arriverait à Sain t-Hélier dans cette saison, se croirait dans un grand port marchand. L'exportation des pommes de terre représente annuellement le chiffre colossal de dix millions de francs.
Les envois faits, tout rentre dans le calme absolu, les quais redeviennent déserts, le fermier jersiais encaisse ses chèques et établit son bilan. Si la récolte a été bonne, si elle s*est accomplie dans des conditions normales, tout va bien ; mais si Tinclémence de la température Ta retardée, si la maladie a diminué la qualité et le rendement, le résultat est déplorable, car il importe avant tout d'arriver bon premier sur ces marchés anglais qui s'approvisionnent partout, et tirent jusque d'Espagne et