‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 50 sur 90 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Saint-Pierre-Port. — Un port magnifique. — Le Château Cornet. — Ville accidentée. — Rues en escaliers. — Caudebec sur les épaules de Honfleur. — La société guernesiaise : sixlys et forlys, — Les Carey.

SAiNT-PiERRE-PoRT est autrement pittoresque que Saint-Hélîer. Ce n'est déjà plus une bourgade normande ou bretonne, et ce n'est pas encore une ville anglaise. Elle a un caractère spécial participant à la fois de deux civilisations et de deux époques juxtaposées sans mélange, et qui ont marqué d'une ineffaçable empreinte les pierres de ses antiques édifices et de ses maisons neuves : d'où un charme profond, indéfinissable, pénétrant bien que subtil, et qui ne tarde pas à se dégager pour l'étranger qui parcourt en observateur les artères de la minuscule capitale. De la mer, le coup d'œil est féerique : ces hautes constructions aux

toiis (Vun rouge vif émergeant de la verdure et se réiléclii^snnt dans le flot bleu, ces maisons accrochécH au rocher, escaladant la falaise, groupées en un pittoresque désordre sur le flanc des collines, remplissant les fonds de plusieurs petites vallées, forment un savant dédale et un tableau aux couleurs vives et chatoyantes; des quais superbes se déroulent le long des bassins du vieux port, que domine la statue en bronze du Prince consort, et du port neuf, dont l'entrée est défendue par le Château Cornet, bâti au xuV siècle, et qui fut, aux te.mpjs des luttes parlementaires, le théâtre de sanglantes épopées : durant neuf ans, cette forteresse, alors isolée sur un rocher battu de la marée, tint pour les Stuarts, pendant que la ville se déclarait en faveur du Parlement; les bourgeois traqués, surveillés, menacés par les canons de la citadelle iniîulaire, qui commandait la mer et les privait de communications avec l'extérieur, n'en demeurèrent pas moins inébranlablemeht fidèles à la cause du Parlement, dont les partisans réussirent enfin à s'emparer de la place le 10 décembre 1651. Des quais, on pénètre dans la cité par des rues étroites, en pente, bordées de maisons hautes, dont quelques-unes avancent démesurément leurs pignons grimaçants au-dessus de la voie publique.

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