BIBLIOTHÈQUE GU ILLE-ALLÈS
C'est un beau et eonsofant spectacle, au milieu des bassesses et des misères iiumaines, que celui de ces d§u3f hommes unis depuis Tenfance dans une même et commune pensée et assistant, vieillards, à la complète réalisation de tous leurs rêves. Ces deux belles figures sont, pour leur petite patrie reconnaissante, entrées vivantes dans la postérité. La gratitude de ses compatriotes a élevé M. Guille au rang de juré-justicier de la Cour royale, fonction honorifique briguée par les premières familles de l'île; après avoir exercé quelques années cette charge de juge et de législateur, M. Guille a donné sa démission pouV vouer ce qui lui restait de vie à son institution, dont les heureux effets se font déjà vivement sentir : le niveau intellectuel s'est singulièrement élevé à Guernesey, sous son influence, depuis quelques années.
Et comme si ces deux nobles existences ne pouvaient supporter la séparation, M. (îuilleetM. Allés habitaient côte à côte, dans la paroisse de Saint- Martin, le premier dans le charmant et modeste cottage de Montauban, l'autre dans la splendide propriété de Bon-Air, dont la blanche façade émerge d'un beau massif de verdure, au sommet d'un délicieux vallon boisé qui descend jusqu'à la baie de Fermain. Ce voisinage ne suffisait pas
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encore à des amis aussi inséparables; une porté pratiquée dans le mur du jardin de Montauban établit une communication avec le parc de Bon-Air. Là, dans un petit pavillon rustique d'où Tœil s'égare sur un bras de mer resserré comme un lac entre les pitons rocheux de Herm et de Jethou, la formidable muraille de Sercq et la falaise de Guernesey, M. Guille et M. Allés se rencontraient, échangeaient leurs idées, se rappelaient les épisodes de leur enfance, leur vie de travail et de lutte sur le nouveau continent ; la main dans la main et le regard dans le regard, ils se faisaient part de leurs espérances, ils rêvaient encore, ils rêvaient toujours d'ajouter quelque chose à leur glorieux édifice, jusqu'à ce que la mort ait éteint ces intelligences sereines, arrêté pour jamais les battements de ces grands cœurs; unis après la mort comme dans la vie, leurs cendres reposent dans la terre insulaire fiore de leur avoir donné le jour et qui gardera respectueusement la mémoire de ces grands et généreux enfants de la petite patrie guernesiaise.