CHAPITRE XVIII
Sercq, la perle des Iles. — Grand et Petit Sercq. — L'isthme de la Coupée. — Un ivrogne avisé. — Autrefois et aujourd'hui. — Entrée par un tunnel. — Fief de haubert : la seigneurie et les droits du seigneur. — Une révolution en miniature. — Les merveilles de Sercq. — Ruse de guerre. — La prison et le régime des prisonniers. — La langue française à Sercq.
SERco, la merveille de Tarchipel de la Manche, hérisse dans un entourage d'écueils et de roches sans nombre, sa haute muraille comme un géant au milieu des pygmées. Ce qui la fait paraître ainsi formidable, c'est la verticalité de ses falaises, qui s'élèvent perpendiculairement d'un seul jet à cent mètres au-dessus du niveau des hautes mers. Auprès d'elle, les autres îles sont des pastels ou des aquarelles à côté d'une eau -forte burinée par les vagues dans le granit. Nulle part ailleurs, la pierre n'a été à ce point tailladée,
ouvragée, creusée, façonnée par les flots. Le travail séculaire des eaux Ta presque percée d'outre en outre de grottes, de cavernes, de couloirs, dans lesquels la mer s'engouffre avec fracas. L'aspect de sa côte, fouillée, rongée, trouée au point qu'on se demande si l'arête ravagée de la base ne va pas céder à la preèsion des eaux et si le plateau insulaire ne se détachera pas quelque jour de cette frêle assise pour rouler dans l'abîme béant, est empreint d'un caractère de terrifiante majesté si prononcé, que Sercq a souvent été comparée aux Orcades et aux Shetland.
L'île dresse ses parois abruptes à dix kilomètres à l'est de Guernesey, dont la sépare le chenal de mer du Petit Ruau, comme le Grand Ruau la sépare de la petite île de Herm, et le passage de la Déroute, ancien lit fluvial, du Cotentin : le point le plus rapproché de la côte française, le cap de Flaman ville, est à 33 kilomètres à vol d'oiseau des rivages escarpés de Sercq.
L'île a une superficie de 510 hectares, dont 200 hectares en culture, et une population de 306 habitants. Pas de centre, aucun village, pas d'agglomération : des cottages, des fermes, des hôtels éparpillés sur le plateau, sur les pentes ou au fond de profondes ravines.