‹ Les îles de la Manche: Ouvrage illus. de 36 gravures et d' une carteChapitre 73 sur 90 · ARRIVÉE A SERCQ · texte numérisé non relu

ARRIVÉE A SERCQ

de petites barques amarrées au fond de l*anse, dans un retrait de roches, et montées par des bateliers ' serquais, intrépides gaillards au buste serré dans un tricot bleu; naguère Tun d*eux, qui se distinguait de ses confrères par un bonnet rouge à houppette en queue de mèche du même rouge écarlate, fut célèbre parmi les touristes sous le sobriquet de Red cap. Tous ces canots évoluent autour du vapeur, qui jette Tancre dans la baie, grouillent dans Teau, se heurtent, au risque de se tourner quille en Tair, ce qui serait un détail sans importance, les insulaires qui les conduisent nageant comme des marsouins; ils accostent, péniblement quand la mer est grosse, cueillent les passagers et les déposent sur un escalier de pierre, au bas de la jetée.

Là, le voyageur qui visite Sercq pour la première fois promène vainement autour de lui des regards inquisiteurs et étonnés; partout des rochers à pic, le ciel en haut, l'eau en bas, d'issue nulle part. Comment pénétrer dans cette île enchantée? Avant la construction de la jetée, c'était bien autre chose; on débarquait contre la roche et on n'apercevait rien, si bien qu'un navire de' l'amirauté anglaise, relevant ces côtes, eut beau faire plusieurs fois le tour de l'île, ses officiers ne découvrirent aucun

débarcadère, et le cuirassé alla porter à Portsmoulh rahurissante nouvelle que Sercq était une île inabordable et impénétrable. Cependant, en cherchant bien, au delà d'une petite passerelle, on entrevoit une sorte de trou noir pratiqué dans la partie inférieure de la falaise : c'est l'entrée souterraine de Sercq, un tunnel de 100 mètres de longueur, étroit, bas et suintant. Ce tunnel a remplacé une autre ouverture, percée à sa gauche en 1588; auparavant, un escalier conduisait dans Tile, et une chaîne et une porte fermaient cette entrée bizarre.

En sortant du tunnel, on se frotte les yeux comme au réveil d'un mauvais cauchemar : c'est une fantasmagorie , un éblouissement. Autant Taccès de l'île est froid et sinistre, autant Tintérieur est- riant et chaudement coloré. On se trouve subitement transporté au fond d'une petite vallée idyllique. Les pentes sont tapissées de bois à la gaie frondaison; dans les talus verts se creusent des puits aux antiques margelles, encadrés de pierres moussues ; des sources pures s'épanchent en filets d'eau babillards et murmurent sous le feuillage. Une belle route monte dans ce délicieux paysage jusqu'au plateau, d'où divergent de petites vallées qui descendent vers la côte; les plus réputées sont

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