‹ Les îles [microforme]Chapitre 22 sur 30 · RU Ÿ LAN NRA 1 RATE AE CARE ELCI A 2 EE · texte numérisé non relu

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daiest à leur porte. Déjà, les journées de juin s'étaient levées pour elles. Bientôt, des pierres pleuvent de toutes parts sur les malheureux habitants du rocher. Des coups de fusil se font entendre ; et les bandes insurgées s’avancent, guidées par Agénor Gravel, qui siflote entre ses dents :

Margot ! Margot !

Lève ton sabot, La danse commence.

Nos matelots, excités par ce chant bachique, que Massé ne se serait guère attendu à voir métamorphosé un jour en hymne révolutionnaire, roulaient dans l’espace des quartiers de roche à rendre Sysiphe poitrinaire, tout en chantant à tue-tête sur l'air que vous connaissez.

A chaque reprise de ce chœur des Noces de Jeannette, les pierres et les coups de fusil partaient drus comme grêle. Il fallait voir alors les malheureux volatiles dégringoler par grappes dans l'onde qui, ce jour-là, n'était pas aussi amère que leur existence. Franchement, pa-

reille tuerie devenait dégoûtante. C'était avoir des dispositions au meurtre que de taper ainsi sur ces animaux stupides ; et comme nos gens y prenaient goût, ce ne fut qu’à force d’instances que nous parvinmes à faire cesser cet inutile massacre,

Les plumes du fou de Bazan sont soyeuses, très fourrées, très b'.aches, mais donnent une forte odeur de musc. Bien préparées, elles acquéreraient une certaine valeur dans le commerce ; et je suis étonné que quelques-uns de

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nos industriels n'aient pas encore songé à exploiter cette source de facile revenu. En revanche, les Américains, qui sont à l'affût de tout, commencent à lesconnaître. Ils se sont aperçus de plus, que les œufs du margaux étaient d'excellent débit. A l’époque de lacouvaison, leurs équipages descendent dans les îles où se réfugient ces oiseaux, cassent les œufs qu'ils trouvent dans les nids, pour en obtenir de plus frais ; puis, quand ce truc a réussi, ils chargent leurs goëlettes, mettent le cap sur Boston, et vendent leur cargaison 25 à 30 cents la douzaine.

C'est surtout au milieu des îles qui bordent la côte du Labrador, que cette désastreuse industrie s'exerce. L'abbé Perron, longtemps missionnaire à Nastashqouan, écrivait à ce sujet :

“ De peur que leur larcin soit découv-vt, les Américains enfouissent dans le sable le arts d'œufs qu'ils ont ramassés, ou les descei au fond de l’eau, jusqu’à ce qu'ils en aient assez pour former une cargaison. Lorsque ceux qui ont échappé à leurs perquisitions ont été couvés et sont éclos, ils viennent de nouveau parcourir nos îles, tuent le gibier, enlèvent sa plume, et abandonnent par monceaux sa chair à la corruption.”

Trois jours après notre départ, le Rocher-aux- Oiseaux fut saccagé par ces écumeurs de nids ! Ne serait-il pas temps de défendre sévèrement ces excursions périodiques qui tendent à exterminer notre gibier ? Ces gens là, ne sont pas difficiles sur les œufs : il empilent à fond de cale tous ceux qui leur tombent sous la main.

Ces palmipèdes ne sont pas les seuls êtres ailés qui aient élu domicile sur le Rocher-aux-

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Oiseaux. Deux grives y ont passé un été. Une autre année, un couple d'émérillons est venu semer la terreur et le deuil au milieu des plus paisibles ménages de l’île ; et en 1875, je retrouvai la maison du gardien pleine de fauvettes et de moucherolles, Elles entraient par les fenêtres entr'ouvertes, et sautillaient en becquetant sur le buffet et les modestes meubles du seul abri que présente cette solitude (1).

Le phare du Rocher-aux-Oiseaux est une tour blanche hexagone, qui fut allumée pour la première fois en 1870. Elle est à 140 pieds audessus de la haute marée, et donne un feu blanc, fixe, dioptrique, de second ordre, qui s’aperçoit à vingt et un milles en mer.

Chaque dimanche soir, pendant l'hiver, le phare du Rocher-aux-Oiseaux rallume ses feux depuis sep. heures jusqu’à neuf heures. Si la lumière reste visible pendant ce temps, c'est un signe que tout va bien sur le Rocher ; mais si ellese masque trois fois en l’espace de ces deux heures, alerte sur la côte de Brion ou de la Madeleine ! Un accident est arrivé aux habitants de l’île. Comme le phare est construit sur un point très-exposé, M. Mitchell quand il était ministre de la marine, donna l’ordre en 1873, d'ajouter des étais à la tour afin de mieux l’assujettir au roc.

(1) M. F. X. Bélanger, le‘ savant conservateur du musée zoologique, de l'Université Laval, a eu la complaisance de déterminer la classification de quelques-uns des oiseaux que nous vimes sur le rocher. Ils appartiennent au genre Miotil- 1a varia de Veillot, ainsi qu'au genre Dendroica aestiva et Dendroica castenea. de Baird, et font partie de la nombreuse famille des Sylvicolidae, oiseaux qui vivent exclusivement d'insectes, et habitent ordinairement les forêts.

144 LES ILES DANS L'habitation du gardien se trouve située à deux cents pieds de la lumière. (C’est une maisonnette petite, puante et mal tenue : mais l'impression qu'elle m'avait laissée lors de mon premier voyage s’est effacée depuis. En 1875, elle avait changé de main : et sous la direction de M. Whelan, elle était devenue beaucoup plus confortable, En y entrant, on nous montre un puits creusé dans le roc : il contient 8,000 gallons d’eau de pluie, la seule qu’on puisse se procurer sur l'île. Cette fontaine imprevisée, ne demande pas mieux que d'être remplacée par une bonne machine à distiller l’eau de mer. Une passerelle court de l'habitation à la lu-

ière ; elle sert de lien de communication avec la tour, etles jours de vent, ses solides gardefous en fer empêchent le gardien et ses aides, d'être emportés par les terribles rafales qui balayent alors tout ce qui ne se trouve pas cloué à ce rocher, où pousse à peine une herbe languissante et étiolée. À quelques pas du corps de logis s'élève une croix, plantée entre de gros morceaux de tuf: elle est protégée par une balustrade en bois, déjà branlante et tonte disjointe. En attendant que cet endroit devienne un cimetière, c'est Le liêu où, quand le temps est propice, on vient s'agenouiller pour faire la prière du soir, et admirer les plus beaux couchers du soleil au monde. Un peu plus loin, se dresse la poudrière, et l’abri où se cache le canon chargé d'annoncer d'heure en heure l’approche du récif, aux navires surpris par la neige ou par la brume.

Un petit tramway en bois, court du dépôt de

provisions à la maison de la tour ; et du côté nord-ouest de l'ile, trois ouvriers intelligents

MM. Jobin, Blanchet et Roza, ont accompli un véritable tour de force, en taillant dans le roc une tranchée perpendiculaire, haute de 127 pieds et large de 28. Elle permet à une grue de faire mouvoir une boîte, suspendue à un cable en fil de fer : dans cet élévateur on dépose les effets destinés au phare, lorsque la mer ne brise pas trop de ce côté.

Lors de notre passage au Rocher, en 1873, la population de l’île se composait de quatre hommes et d'une petite fille.

Tout ce qui méritait d’être vu ou étudié sur le Rocher-aux-Oiseaux, l'avait été par nous. Il ne nous restait plus qu'à refaire le précipice, où nous nous engagemes allégrement, escortés en route par quelques morceaux de coke anglais, provenant d’un quart, arrêté dans son ascension par une anfractuosité du rocher, et que maître LeBlanc, attaché au bout d’une forte corde, s’en était allé défoncer à grands coups de hache. Au milieu de ce bombardement d'un nouveau genre, nous descendions le plus vite possible, qui ayant des chapelets d'œufs enroulés autour du cou, qui des peaux d'oiseaux suspendues derrière lui par des bouts de ficelles ; chacun évitant les projectiles qui lui passaient le long des oreilles, et tous arrivant tant bien que mal au pied du rocher, où notre équipage nous attendait, en défendant les flancs de la baleinière contre la morsure de la falaise.

L'opération du ravitaillement était finie : mais pour y arriver, que de courage et de mépris de la fatigue n'avait-il pas fallu à nos braves matelots ? Dans l’eau jusqu'au cou, les uns empêchent les chaloupes de frapper avec le ressac ; les autres, aident à débarquer et à rouler sur

deux madriers mal assujettis, les quarts de poudre, de pétrole et de provisions destinés à l’île ; les troisièmes travaillent à la grue, ou dégagent les objets qui se mêlent, s’enchevêtrent et ne peuvent arriver à destination. C’est ainsi que chaque escouade se hâte de faire sa * besogne, sous le commandement d'officiers qui montrent l’exemple et ne s'épargnent guère.

Les lieutenants LeBlanc, Savard et Couillard- Desprès sont là, payani de leur personne; et je ne crois pas qu'on puisse rencontrer ailleurs des gens plus dévoués et de meilleure humeur. Puis, quand la rude besogne est terminée; quand après douze heures de travail, les baleinières reviennent à bord, ces hommes trempés, rompus et qui devraient être sur les dents, regagnent leur carré en chantant, et trouvent encore le moyen d'exploiter la vieille gaité gauloise, en riant aux éclats, et en faisant des lazzis sur les

aventures de la journée.

ie

Par sa position excepticnnelle au milieu du golfe Saint-Laurent, le Rocher-aux-Oiseaux est placé sur la route du neuf-dixième des steamers, et de la moitié des navires à voile qui vont à Québec ou à Montréal. Aussi est-il appelé à rendre, comme observatoire télégraphique, les services les plus signalés. Bientôt, grâce aux efforts du commandant Fortin, député de Gaspé aux Communes du Canada, ce récif qui, jusqu’à présent,n’a été qu'un objet de terreur pour les marins, perdra son antique réputation. Il accomplira, ui aussi, sa mission dans le rouage universel. Relié par un câble sous-marin au Cap Breton, au groupe de la Madeleine, au Nouveau- Brunsr: :k, à l'ile du Prince-Fdouard, à la Gaspésie, à l’Anticosti---et plus tard à la côte

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