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nord et à Belle-Isle—il annoncera au monde le passage des navires, donnera les nouvelles qui serviront de bases à d'importantes études météorologiques, et indiquera aux pêcheurs et aux habitants de la côte, les pérégrinations du hareng, du maquereau, de la morue et du loupmarin, ainsi que l'endroit où il viendra se porter pour leur faire une pêche ou une chasse fructueuses.
Il était cinq heures du soir, lorsque le premier tour de l'hélice nous arracha à je contemplation du Rocher-aux-Oiseaux. Le soleil était chaud : et pendant que nous courions sur Brion pour y passer la nuit, le second rocher se montrait à nous sous les apparences les plus fantas-
tiques. Il était à un demi-mille sous le vent ;
et tandis que celui que nous quittions prenait dans l'éloignement la forme d'une tour Martello, celui-ci ressemblait à un bastion, à travers lequel on aurait percé une porte de guerre, arche profonde de trente pieds, large de cinquante, et haute de vingt. Puis, à mesure que le steamer avançait, il perdit cette forme, pour affecter celle d’une pyramide, n'ayant guère plus de vingt pieds de superficie. Fière et inaccessible, comme le bonnet phrygien de la liberté, elle allait se perdre dans les profondeurs du ciel bleu.
Après les rudes labeurs de la journée, nos hommes avaient mérité de prendre une nuit de repos, et le lendemain, quittant plus frais et plus dispos le petit havre de Brion, nous faisions route vers les îles &e la Madeleine. Depuis assez longtemps, le Napoléon III filait à toute vapeur, sur le dos d’une mer calme qui l’entraînait dans ses vagues longues et presqu'insen-
sibles. Tout à coup l’ordre fut donné de virer de bord. Notre capitaine venait d’avoir la première attaque de cette terrible maladie—un ramollissement cérébral—qui devait l'emporter deux ans après. Sous les premières étreintes de ce mal étrange, cette tête intelligente avait senti sa mémoire vaciller. Cet excellent marin s'était trompé dans ses calculs, et au lieu du groupe de la Madeleine, nous avions devant nous les côtes montagneuses de Terreneuve pivelées de larges taches de neige. Mis en présence de cette barrière inatt, due, le Napoléon IIT fit volte-face. Bientôt nous eûmes sous notre beaupré les falaises escarpées de l'ile Saint- Paui, et nous aperçûmes l’un de ces phares fièrement campé sur un mamelon gris.
. Cette île, qui a trois milles, est jetée à l'entrée. du golfe Saint-Laurent, entre les extrémités sudouest de Terreneuve et nord du Cap Breton.
Elle se compose de deux îlots, séparés l’un de l’autre par un bras.de mer si étroit, que vus du pont d’un navire, ces deux fragmentsemblent ne faire qu'un tout compact. La plus grande hauteur de Saint-Paul, est de quatre cent cin-
uante pieds au-dessus du niveau de la mer.
e sol est composé de roches appartenant aux formations primaires ; et comme l’île est coupée à. pic, à peine présente-t-elle aux bateauxpêcheurs deux abris passables, les anses de la Trinité et de l'Atlantique. Encore, pour y tenir, faut-il que le vent sc lèvre de terre. Bien des naufrages terribles ont eu lieu sur cette île “ escarpée et sans bord,” où vivotent à peine quelques épinettes rabougries, sous lesquelles se cachent une demi-douzaine de renards, arrivés sur l’île, “on n'a jamais su comment.”
Néanmoins, depuis quelques années Saint-Paul a perdu de sa sauvage réputation. Le gouvernement y a fait construire deux tours blanches, octogones, dont l’une, bâtie sur le rocher vis-àvis la poince nord-est de Saint-Paul, donne une lumière blanche, fixe, masquée entre nord quart-est-quart-est et est-nord-est, tandis que l'autre, érigée sur la pointe sud-ouest de l'ile, donne un éclat blanc toutes les minutes. Le ministère de la marine a complété cette œuvre ‘philanthropique, en faisant construire un sifflet d'alarme sur le côté sud-ouest de l’anse de l’Atlantique, à un demi-mille à peu près de l’établissement de secours. Pendant les temps couverts et les tempêtes, ce sifflet se fait entendre toutes les minutes.
Les trombes ne sont pas fréquentes dans le golfe Saint-Laurent : mais elles y sont d'une violence inowie. Le 16 août 1876, Saint-Paul fat dévasté par un de ces cataclysmes atmosphériques, et je ne saurais mieux faire que de reproduire ici le récit officiel de cette catastrophe, tel que transmis par le gardien du phare au ministère de la mar.e, à Ottawa,
. “Du ler au 16 août, nons n'avions eu ni
pluie ni nuages pour tempérer les brillants rayons du soleil. Finalement, l'atmosphère se remplit d’une fumée si épaisse, qu'on eüt dit que la terre entière était en feu. Le 16, le temps changea ; le vent passa au N. N. E. avec grain de pluie, La fumée, qui depuis quelques jours était devenue insupportable, se dissipa, et nous espérämes du beau temps. Dans la matinée du 17, le vent souflla de l’est ; le soleil fut très-chaud. Dans l'après-midi, le vent passa au $. $. O, avec grain de pluie. Le matin du 18,
il était sud, avec risées et nuages menaçants. Dans l'après-midi, le firmament offrait un aspect terrible : les nuages paraissaient se heurter les uns contre les autres, et tourner dans toutes les directions. Vers quatre heures p. m, nous commençâmes à entendre des coups de tonnerre dans le lointain. Un quart d'heure après, la foudre et la pluie étaient dans leur plein déchaînement. Le vent se mit au N.O. Je sortis, et fis le tour des bâtiments, afin de voir si tout était en bon ordre. Tout à coup, il était alors 94 heures, j'entendis un bruit terrible. En tournant mes regards dans la direction d'où il partait, j'aperçus un spectacle qui me fit frissonner de la tête aux pieds : à moins d’un quart de mille de l'endroit où je me trouvais, je vis, vers l’ouest, des roches, de la terre, de l’eau et des arbres s'élever en tourbillonnant dans l’air, jusqu'à une hauteur de plus de 100 pieds.
J’examinai attentivement la trombe, pour voir quelle direction elle prendrait, et constatai avec terreur qu’elle traversait l’anse en se dirigeantsur moi, et qu'elle allait probablement emporter le logement dans sa course furibonde. Ma mère, une sœur sourde-muette, les domestiques étaient dans la maison, et j'avais deux hommes occupés aux champs. Je courus les avertir. En route, une rafale se déchaîna autour de moï, emportant dans l’espace une pierre meulière, des roches et des arbrisseaux. Le corps principal de la trombe était près de moi : je courus avec toute
la vitesse de mes jambes vers le logement, et
criai aux deux hommes qui étaient dans le champ de me suivre. Ils me parurent terriblement effrayés ; l’un d'eux n'eut que le temps d'entrer dans la maison. Comme nous franchissions le seuil de la porte, il se fit une obscurité aussi
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profonde que celle de la nuit, et la tempête qui éclata, fit trembler l'édifice de la base au sommet. Au milieu du plâtre qui tombait, des cheminées, des vitres réduites en atomes, des chaises, des tables renversées, nous crûmes que notre dernière heure était arrivée. Toutefois, la tourmente s’en alla aussi rapidement qu’elle était venue. Le calme se rétablit, et le soleil reparut dans tout son éclat : mais quel désastre! La fumée du plâtre qui tombait nous avait fait croire que la maison était en feu ; voyant qu'il n’en était rien, je sortis le mieux que je pus. Au moment où la trombe avait fait son ne apparition, deux de mes hommes se trouvaient A8 à un quart de mille de la maison. En voyant x le tourbillon s’avancer, et comprenant qu'ils ne pourraient pas arriver à temps ils se jetèrent à terre, se cramponnèrent aux hi .ssons, et échappèrent à la destruction. Il u’en fut pas ainsi du pauvre homme qui n'avait pas semblé entendre mes cris d'avertissement : après une demiheure de recherches, nous le trouvâmes mort sur le pas de la porte. Il a dû être tué dans le champ, et emporté par la trombe à l'endroit où nous le retrouvâmes, distance d'environ 300 L pieds. Je constatai que cinq bâtiments avaient a" été détruits avec leur contenu; il n’en restait hi pas une parcelle. La cabane de la chaloupe, le 4 dépôt aux provisions et le logement sont en- ‘e core debout, mais terriblement endommagés.
Le logement est une véritable ruine : le toit est à défoncé en plusieurs endroits, les cheminées, LE ( renversées, les fondations écroulées, les fenêtres brisées, et à l’intérieur tout le plâtre est tombé. Ce qui a été détruit, consiste en une maison de refuge, la grange, l'étable, et deux autres bàtiments situés sur le sommet de la colline, à 600
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pieds l’un de l'autre. Quatre de ces édifices couvraient un espace de 70 x 20 pieds. Les deux ponts sur lesquels je venais de passer un instant auparavant, furent emportés, à une distance d'environ 400 pieds, et mis en pièces. Une roche de 8 x 4 pieds de diamètre et 18 pouces d'épaisseur, fut brisée en trois ou quatre morceaux. Une charrue et une pierre qui se trouvaient dans la maison de refuge, ainsi que des ustensiles de ferme et de cuisine, des outils de charpentier, furent enlevés par dessus la maison, et trouvés à plus de 200 pieds de là, L'homme préposé à la garde du phare sud-ouest me dit que, vers 4 heures p. m. il vit six tourbillons d’eau s'élever dans la direction de l’ouest, à trois milles ; deux passèrent au sud-est de l'ile. De l'établissement de secours nous en aperçûmes un, après le désastre : deux gagnèrent au nord, et deux autres, dont l'eau s’abattit sur la station, passèrent pardessus l’île. Les deux qui atteignirent l’île vinrent près de la station sud-ouest, mais ne firent heureusement aucun dommage.” Nous n’eûmes pas à passer par de pareilles péripéties. La journée était ravissante ; une petite brise. venait agiter mollement la tente que nous avions fait tendre sur le gaillard d’arrière, et enveloppé dans son panache de fumée, le Napoléon III insoucieux, rasait impunément la côte de fer de Saint-Paul. Petit à petit ces ilots déserts s'enfuirent derrière nous, our se plonger dans un bain de lumière, et bientôt nous vîimes surgir en proue les flancs vertssombres du Cap Nord,-—une des extrémités de l'ile du Cap-Breton (1)—-qui se détachaient vi- (1) Jacques-Cartier avait baptisé ce promontoire du nom de cap de Lorraine, et donna à l'ile, que Verrazzani avait nommée
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oureusement sur les tons glauques de la mer.
’étais alors appuyé sur le bastingage de bâbord, et tout en m'occupant à fumer un cigare, mon, œil distrait se rivait à cette ligne de rocs sauvages, derrière lesquels l'imagination me montrait ce vieux Louisbourg qui avait une ceinture de cinquante acres de fortification, et “ dont les tours, au dire de Garneau, s’élevaient au-dessus des mers du Nord comme des géants menaçants.” Ce n'était plus cet endroit triste et oublié que heurte aujourd’hui, sans le savoir, le pied du marchand de poisson ou du spéculateur de charbon de terre. Non! Ce que le temps et la rage des hommes avaient démantelé et fini par niveler, reprenait une forme sous le coup de baguette de la pensée. La ville royale surgissait de nouveau hors des mornes qui la recouvrent, pour m'apparaître avec sa cathédrale, son théâtre, sa brasserie, ses chapelles, ses hôpitaux, ses couvents, ses riches demeures. La brise du golfe m’apportait alors des bruits de clairons et des roulements de tambours. De fortes patrouilles parcouraient en cadence ces remparts disparus, qui miraient de nouveau leurs massives assises dans l’eau dormante de leurs fossés. Le lourd pont-levis chargé de pro-
ile du Cape, celui d’ile Saint-Laurent. Plus tard, elle prit le
nom d’ile Royale pour garder définitivement celui de cap
Breton. Drake dans ses ‘ Nooks and corners of New Engtand
coast” prétend, à la page 21, que le Cap Breton avait sa place ‘Sur la carte, longtemps avant la découverte de Cartier. Un
‘vieux portulan du temps de Henri II, mentionne ce nom,
assure-t-il.
Le cap Breton a 110 milles de long sur 90 de large, et com-
rend à peu près 20C,000 acres de terre. Il est séparé de la
ouvelle-Ecosse par le détroit de Canseau qui, dans certains endroits n’a pas plus de ÿ de mille de largeur, tandis que dans d'autres, il y en a le double,