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rieuse, qui montre aux poiseni.s sa gueule béante: jetez un peu plus loin un recher percé à jour, en ayant soin de laisser entrevoir à travers son arche les franges bleues de la cr, et vous aurez une marine de ces plus originales.
Bien d'autres voyageurs que nous ont été frappés par l'aspect poétique des îles de laMadeleine. L'un d'eux, le savant amiral Bayfield chargé d’en faire le releve hydrographique, ne pouvait s’empècher de consigner en ces termes, dans son “ Pilote du Saint-Laurent,’ les impres-
sions que lui avait causées l'approche de ce 1 groupe : ü — Par une journée chaude et ensoleillée, l'œil
ne peut se rassasier de contempler ces falaises multicolores, où le rouge est la couleur dominante, et où le iaune blafard des lagunes de sable fait antithèse au vert tendre des pâturages, au vert sombre des bois, au bleu saphir du ciel et de la mer. (Ces contrastes produisent alors un effet extraordinitre, et contribuent à donner à cet. archipel un cachet artistique, qu'on ne saurait retrouver aux autres îles du golfe Saint-Laurent. Par les jours de gros temps, lorsque le vent d'est fouette et fait rage, le paysage change, il est vrai, mais il n'en reste pas moins aussi caractéristique. Alors les pics isolés des îles, leurs falaises échiffées, se glissent, apparaissent confusément à travers la pluie, le brouillard, et semblent reliés entre eux par une ceinture de brisanis qui masquent presqu’entièrement les bancs de sable et les lagunes. Garde à vous, matelots ! n’approchez pas alors impunément de la Madeleine, En voulant la serrer de trop près, vous talonneriez, et vous seriaz naufragés avant d’avoir pu même éventer le danger.
C'est ce qui arriva au MNapoléor ITT, lors de sa croisière de 1875. En voulant lui faire prendre la passe du chenal de Sandy Hook, le capitaine Desprès—un brave et excellent marin, dont le nom reviendra plus d’une fois sous ma plume, dans le cours de ces récits —rasa de trop près un banc de sable qui change avec les années.
Pris au talon dans sa course, le Napoléon III se mit à battre l’abstacle en brèche; mais une secousse de la vague dégageant son arrière, porta son milieu sur un bovwrrelet de sable, Cette nouvelle situation pouvait avoir pour le navire les plus fâcheuses conséquences, Ses deux extrémités cessant d'être soutenues, le steamer devait inévitablement fléchir et se casser. Sur l'ordre du capitaine la machine est renversée. Deux canots commandés par le lieutenant Leblanc sont mis à la mer,et font le tour du Napoléon III. À un quart d'encablure de nous, on annonce partout trois brasses de fond. Il devenait évident que nous étions saisis par le bont du banc de Sandy Hook, et déjà le brouillard se dissipant, nous laissait apercevoir la lumière rouge du phare de l’île d'Entrée. Une ge ancre de touée est alors portée à l'arrière.
a vapeur est renversée de nouveau, et la manœuvre conduite de manière à ce que nous puissions égrener l'extrémité du banc, en pivotant sur notre axe, Peine inutile ; le cable de touée, mal soutenu, se prend dans l'hélice, se rompt, et bien que tout le monde fasse son devoir, le découragement s'empare de quelques-uns. Un conseil rassemblé à la hâte décide d'attendre la marée du lendemain : ce qui était plus facile à dire qu'à faire. La houle travaillait lourdement une de nos hanches, et c'était vraiment pitié, que d'entendre et de sentir sous ses pieds cra-
quer cette puissante membrure. Mais ici-bas, il ne faut douter de rien : si l'Océan a souvent de folles colères, souvent il présente aussi des ressources inattendues. Une pièce de mer vient frapper le steamer par le travers, lui fait violemment prêter la bande et le force à se relever.
Tout tremblant sous ce terrible coup de bélier, le Napoléon IL frémit depuis la quille jusqu'au mât de hune. Bientôt on sent le pont glisser sous nous.
—Le Napoléon LIT reraue ! s’écrie notre camarade Brault d'une voix formidable. Et cette exclamation partie du gaiïllard d’arrière arrive jusqu'aux vigies de beaupré.
— Vapeur en arrière ! commande aussitôt le capitaine. Qu’une escouade d'hommes descende à fond de cale reporter sur bâbord, les colis et les objets pesants.
Brault et Agénor Gravel prennent aussitôt le commandement de ces caliers improvisés ; dix minutes leur suffisent pour opérer ce branlebas.
Les mécaniciens déploient encore plus de zèle, et à force de chauffer la machine, ils faillirent mettre le feu aux hunes et aux perroquets qui avaient été orientés de manière à profiter du vent de proue. Mais pendant que ces divers commandements s'exécutent, le malheureux steamer talonne et frappe plus que jamais. Sa membrure et ses courbes gémissent sous l’action frémissante de la lutie. La bande s'accentue de plus en plus à tribord, et déjà on recommence à désespérer du résultat, lorsqu'une vague énorme soulève le Napoléon II du lit de sable où ils’est tordu pendant cinq heures et dix
minutes, et, sans secousse, le remet en eau profonde.
. —C'est un singulier assemblage de force et de faiblesse qu'un navire, s’écriait, dans un moment semblable, l'amiral Julien de la Gravière ; il dompte un ouragan et trébuche sur un grain de sable.
Notre vaillant steamer était de ceux qui se fient à la mine avenante et toute pastorale du groupe de la Madeleine. Il avait failli en payer la façon ; et notre capitaine qui en était à son premier échouage, dut ce jour-là faire comme l'amiral Bruat, qui avait la réputation d'être le
plus rude échoueur du monde. IL apprit par
cœur, pour s'en servir au besoin, l'antique proverbe breton :
—Qui veut vivre vieux marin doit saluer les grains et arrondir les pointes. (1)
C'était un peu l'opinion de Leblanc qui, lui aussi pendant cette nuit terrible, avait négligé d'arrondir sa pointe, et s'était fait broyer un doigt par le bout de la patte de l'ancre. L’application d’un caustique énergique fut jugée nécessaire. Pendant qu'elle se faisait, de grosses sueurs froides perlaient du front du lieutenant ; mais ses lèvres semblaient, par le plus narquois des sourires, défier les crispations de la chair,
Ce n'est rien, disait-il, en désignant son
loigt pantelant, auprès de l'effort qu'a dü faire
(1) Get incident de voyage donna rumeur à une dépêche, que publiait le 11 septembre 1875, le Star de Montréal,
A, dispatch from Quebec, states lhat there has been a rumor for some days past, which was revived again yesterday, that the government steamer ‘ Napoléon 111," which left five weeks ago, on a cruise to ihe lighthouses of the guilf Saint- Lawrence, has foundered and ail hands perished,
NE
cette nuit la bonne Sainte-Anne-du-Nord, pour soulever sur une de ses mains le Napoléon IIT en danger.
Rira qui voudra de cette pieuse naïveté.
Pour moi, un marin canadien-français n'est guère complet sans cette foi robuste, et le mot de mon vieux Le Blanc nous fit venir des larmes aux yeux.
Par leur position, les îles de la Madeleine sont exposées aux coups de vent, et deux tempêtes sont restées célèbres dans les annales de l’archipel.
La première est celle du 23 août 1873. Elle dura trois jours sans désemparer, et surprit quatre-vingt-quatre navires ancrés dans la baie de Plaisance. Dès les premières rafales, quarante-huit d'entre eux se mirent de suite à chasser sux leurs ancres : dix allèrent s’ensabler sur la rive de Ia baïe, et trente-huit firent côte dans le hâvre d’Ambherst, où ils trouvèrent vingt-six de leurs camarades revenus an mouillage, pendant que dix seulement résistaient encore sur leurs fonds. Au milieu des péripéties de cet épouvantable ouragan, qui le croirait ? on n'eut à déplorer que la mort de trois personnes. “ Quelques-uns de ces malheureux navires, rapporte le commandant Lavoie, après avoir été ballottés de tons côtés et avoir perdu leurs ancres, allèrent se jeter sur le rocher à fleur d'eau qui est an pied de la côte des Demoiselles. La lame brisait à cet endroit à une hauteur de cent pieds ! fans Aimé Nadeau et James Cassidy qui virent venir à terre, la Diploma, l'Ellex Woodward et V'Emma Rich, les 20 de ces navires auraient certainement péri. Ces deux hommes courageux descendirent
le cap, à l’aide d’une corde, et aidés du chien de terreneuve de Cassidy qui saisissait un à un les naufragés dans le ressac, ils purent opérer leur sauvetage, et arracher à une mort certaine trente et une personnes. L'année suivante, le 18 juin, une seconde tempête vint fondre sur l'archipel. Ces ravages ne furent pas aussi considérables que la première, et pendant les quatre jours qu’elle dura, elle ne put mettre à la côte que due goëlettes, et balayer la plupart des filets et des engins de pêche qui étaient à ia mer.
Ce fut le 28 juin 1534 que Jacques-Cartier reconnut les iles de la Madeleine, que deux jours auparavant il avait prises pour la terre ferme, “ Nous allâmes, dit-il, Le long des dites terres environ dix lieues, jusqu’à un Cap de terre rouge qui est roide et coupé comme un roc, dans lequel on voit un entre-deux qui est vers le Nord, et est un pays fort bas, el y a aussi comme une petite plaine entre la mer et un étang, et de ce Cap de terre et étany jusques à un autre Cap qui paraissait, y a environ quatorze lieues, et la terre se fait en façon d’un detente tout environné de sablon comme une fosse, sur laquelle l'on voit des marais et étangs aussi loin que se peut étendre l'œil. Et avant que d'arriver au premier Cap, l’on trouve deux petites îles assez près de terre. À cinq lieues du second Cap il y a une ile vers Surouest qui est très haute et pointue, laquelle fut normmée Alezay, et Île premier Cap fut appelé de Saint-Pierre, parce que nous y arrivâmes au jour et fête du dit saint.”
Plus tard, en mentionnant ce groupe, Champlain frappé sans doute par l'aspect singulier qu'offraient ces iles reliées entre elles par d'im-