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par le capitaine Sir Isaac Coffin, qu'on n'avait pas encore jugé à propos de mettre à la porte de la marine royale (1), pour le réhabiliter plus tard, en lui donnant le titre de baronnet et le grade d'amiral. Ce jour-là, le temps était clair, le ciel serein : un soleil chaud et bienfaisant enveloppait de ses effluves los côtes et les pics empourprés de cesiles. Toutes les lunettes de la frégate étaient braquées sur ce paradis terrestre ; celle de Sir Isaac plus encore que les autres. Quand elle eut scruté l'horizon, et fouillé à l’aise l'archipel qu’on longeait en ce moment, l'officier anglais la déposa gravement sur son banc de quart, et se tournant vers lord Dorchester, le supplia de lui concéder les îles qui gisaient devant lui. Comment refuser quelque chose à un capitaine de frégate, qui n’a cessé de combler pendant toute une longue traversée, ses hôtes distingués de soins, de grogs et de confort ? Le nouveau potentat promit de faire droit à la requête de Sir Isaac : et le 81 juillet 1787, il la lui adressait officiellement. Mais comme l'oubli est commensal de baut lieu, et hante fréquemment le cabinet des gouverneurs et des ministres, ce fut son successeur Robert Prescott qui fit droit à la demande du capitaine Coflin. Onze ans après, le 24 août 1798 “ l'ile à la Madeleine,
(1) In 1773, Isaac Coffin was taken to sea by lieutenant Hunter of the Gaspé, at the recommendation of Admiral John Montague, His commender officer said he never knew any young men to acquire 80 much nautical knowledge in s0 short & time, After reaching the grade af post-captain, Coffin for a breach of the regulation of the service, was deprived of his vessel, and Earl Howe struck his name from the list of post-captains. This act being iliogal, he was reinstated in 1790. In 1804, he was made a baronnet, and in 1814 became a full admira! in the British navy.
Drake-—Nooks and corners of New England coast p. 34?
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l’île de l’Entrée, l’île du Corps Mort, Shag Island, l’île de Brion et l’île aux Oiseaux ” furent concédéesà perpétuité, en franc et commun soccage, à titre de féauté à Sir Isaac Coffin et à ses hoirs et ayant causes. Ce royal cadeau leur était fait à la condition que la partie de l’île de la Madeleine, comprenant la pointe nord-est et Old Harry's Point serait réservée pour le soutien et l'entretien d’un clergé protestant dans la province de Québec : et si d’un côté, le gouvernement britannique gardait le droit d'exploiter les mines, d'ouvrir des chemins et de construire des fortifications, d'un autre côté Sir Isaac Coflin s’obligeait, ‘“ sous peine de nullité, de permettre la libre entrée et sortie de ses îles aux sujets anglais qui désiraient venir y pêcher, et s’engageait à leur laisser abattre et emporter le bois nécessaire à leur chauffage et à l'exploitation avantageuse de leurs pêcheries.”
Peu soucieux des droits des premiers colons, le gouvernement anglais venait de commettre un acte d'irréparable injustice. Il frappait à mort le développement et l'avenir de ce ravissant archipel, que le matelot appelle dans son langage pittoresque, le Royaume du Poisson.
Aussi, depuis cette fatale date du 24 août 1798, les habitants de la Madeleine, sachant qu'ils ne peuvent posséder leurs terres, ne se livrent qu'au travail nécessaire pour les faire vivre, et ne connaissent que par oui-dire les jouissances de la propriété et l'amour du sol.
Un aussi triste état de choses devait finir par émouvoir le gouvernement de la province de Québec. Soixante-seize ans après la concession de ces îles, un bureau fut chargé par le parlement, de s'enquérir de la tenure des terres
de l'archipel. Cinquante-deux habitants de la Madeleine s’empressèrent de répondre à la série de questions imprimées que l’on avait fait distribuer à la population. Les uns demeuraient dans l'archipel depuis vingt-cinq, trente-cinq et quarante-cinq ans; d’autres depuis cinquante, cinquante-trois et soixante ans. Un seul, M.
Jean Nelson Arseneau, y était né: et le doyen des résidents 8e trouvait être M. Bruno Terriau, qui habitait ce groupe depuis sotxante-seize ans. Tous déclaraient qu'ils occupaient des lots comme locataires, en vertu de baux emphytéotiques, et leurs réponses portaient à la connaissance du gouvernement de curieuses révélations.
Ainsi, quelques colons avaient des billets de simple location «1° leur donnaient droit d'obteair un bail du propriétaire, tandis que d’autres avaient un bail de quatre-vingt-dix neuf ans, Jeux qui étaient porteurs d'un bail de cinquantedeux ans, pouvaient le faire durer ; et les détenteurs d’un bail de dix ans étaient en droit d'exiger un baïl perpétuel du propriétaire, Ce dernier mode semble ne plaire que médiocrement aux agents de l'amiral Coflin. Chacun s'accorde à dire qu’il tend à disparaître peu à peu: car chaque fois que l'occasion s'en présente, ces employés échangent contre d'autres les baux de dix ans.
Généralement, ces contrats de louage renferment des clauses qui permettent an seigneur de Parchipel de reprendre ses terres, de jouir de leur amélioration, et de s'emparer sans remboursement, des bâtiments et de la maison du locataire, si par malheur ce dernier n’a pu exécuter les clauses de son bail. (C’est ainsi que deux
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des descendants des plus anciens pionniers des îles de la Madeleine, Louis Boudraut et François Lapierre, furent obligés-—après bien des années de travaux et de privations—d'abandonner à l'emiral Coffin la terre où avaient véeu leurs ancêtres, et que leurs enfants avaient améliorée de leur mieux. C'est ainsi que Fabien Lapierre faillit être dépouillé de tout son avoir, Cet homme s'étant décidé à partir, en 1863, pour explorer la côte nord du Labrador, avait laissé une terre qu’il occupait depuis vingt-cinq ans, aux soins de deux de ses compatriotes, Basile Cormier et Emile Morin. Ils devaient en jouir à la condition de l’entretenir, de payer la rente et de la lui remettre lors de son retour. Pendant la preinière année tout alla pour le mieux.
L'agent avait consenti à recevoir la redevance des deux mandataires de Lapierre: mais dès le commencement de la deuxième année, il refusa leur argent, prit possession de la terre, en faucha le foin, ouvrit de force la maison de l’absent, y mit sa récolte qu'il n'emporta qu’en hiver, puis vendit le tout, terre et dépendances à Désiré CGriasson. l’année suivante, Lapierre revint et réclama. En réponse, l’agent de l’amiral Coffin le menaça de l'empêcher de couper du bois, et lui fit dire que s'il continuait à se plaindre, il le ferait chasser du pays. A force de supplications, ce pauvre homme aidé par les conseils de son curé, l'abbé Boudreault, finit par recouvrer la moitié de sa terre, à la condition toutefois de consentir à un nouveau bail qui l'obligeait à payer annuellement nn scheling par arpent.
Quant à l’autre moitié de son bien, elle était restée, et est encore en la possession de l’ache-
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teur Griasson qui s'en était légalement emparé moyennant la somme de cinq louis (1). On comprend le malaise que pareil régime doit faire peser sur l'archipel ; et quelques-uns des habitants secouant leur torpeur, allèrent jusqu'à contester devant la cour de circuit de la Madeleine la validité des titres de l'amiral Colin. Les uns plaidaient prescription. D’autres alléguaient l'illégalité des baux et leur tenure onéreuse, contraire à la colonisation et au progrès des îles. Les plus philosophes racontaient, que pendant près d'un siècle leurs aieux avaient cultivé en pleine propriété ces mêmes terres, que leurs descendants et leurs héritiers légitimes n'occupaient plus que comme simples locataires; tandis que les plus normands assuraïent, qu'on avait dû consulter les ancêtres, et que ces derniers n'avaient jamais consenti de titre à l'amiral Coffin. Toutes ces réclamations ne servirent à rien. La cour déoida en faveur du propriétaire ; et comme il arrive presque toujours, les plaideurs qui avaient peut-être une chance en appelant de ce jugement, ne purent, faute de moyens pécuniaires, s'adresser à un tribunal plus élevé. Les choses reprirent donc leur cours.
L'apathie et le découragement régnèrent alors en suzerains sur ces iles, qui n’attendent que l'avènement d’un nouveau régime, pour devenir un grenier d'abondance, un entrepôt de richesse. Les locataires continuèrent à payer les contributions locales et scolaires, pendant que leur
(1) L'imagination n'entre pour rien dans ces récits. Je ne fais qu'analyser, les réponses aux questions posées par le comité chargé de s’enquérir de la tenure des terres dans les îles de la Madeleine—1874—. Vide n, 26 et 27.
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seigneur et maître percevait rigoureusement les rentes annuelles de ses terres ; rentes exorbitantes, lorsqu'on les compare à celies des terres en ce pays. Néanmoins, au milieu de ce sourd mécontentement, quelques anciens colons trouvent le moyen d’être satisfaits de leur position. Plusieurs d’entre eux ont cut acres en état de culture, pour lesquels ils ne payent anuuellement que quinze shillings, ou un quintal de morue. Ce sont les rois de l'archirel ceux-là, et ils font bien des envieux autour d'eux: car, un jeune colon qui désirerait louer la même étendue de terre inculte et déboisée, serait obligé de donner vingt piastres chaque année, En remplissant cette condition, ce dernier devient alors locataire. Pendant quelque temps la jeunesse, l'ambition, l'amour du travail décupleront ses forces. Nous le soc de sa charrue, ces landes désertes deviendront des champs fertiles, La pêche viendra combler son déficit. Il pourra vivre convenablement et sera heureux. autant que peut l'être un locataire. Mais viennent les mauvais jours ; que la rente soit en retard ; alors arrivent les menaces de l'agent. Le démon de l’expropriation plane sur la petite propriété ; et il ne reste plus au malheureux travailleur, que l'exil ou la servitude.
Il ne faut pas s'étonner, si presque toute cette population qui, ailleurs, serait entreprenante et riche, derneure ici dans le demi-sommeil et dans la pauvreté. Les étrangers fuient ce nid de féodalité, et un négociant américain venu il y a
uelques années visiter l'archipel, dans le but dy fonder un établissement de pêche, de la valeur de $80,000, s'en retourna dégoûté, disant à qui voulait l'écouter :
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—Mon père a fui l'Irlande pour ne plus entendre parler du vieux régime emphyt éotique. Ce ne sera pas son fils qui remettra un pareil gouffre sur le chemin de ses petits enfants.
Ces vexations ont eu pour résultat d'établir un fort courant migrateur entre le Labrador et l'archipel. Plus de trois cents chefs de famille ont quitté les îles et sont aliés fonder à Kékaska, à Notashqouan, à la Pointe-aux-Esquimaux, d'importants groupes de la race française. Ces départs ont affaibli d'autant la population des iles de la Madeleine. Tous les ans, grand nombre de compatriotes viennent à leur tour rejoindre ceux qui sont partis; et déjà l’on prévoit dans un avenir assez rapproché la désertion complète de l'archipel. Pour remédier à ce triste état de choses, il n'y a qu'un moyen à dde. Tous ceux qui ont été consultés par la commission parlementaire sont unanimes à le suggérer. Le gouvernement de Québec doit acheter les droits du propriétaire, et l’un des colons les plus respectés de l'archipel, M. Painchaud, n’hésit: pas à affirmer que sous ce nouveau régime, un huitième des habitants paierait de suite, et affranchirait aussitôt les terres de toutes redevances seigneuriales.
Mais cette longue digression, nécessaire pour bien faire comprendre la position anormale de ces insulaires, me fait oublier Les quelques heures charmantes que nous devions passer au petit village acadien de l'Anse-à-la-Cabane. Le premier ‘compatriote qui nous y accueillit à bras ouverts, fut un brave charpentier du nom de Migneault. Dans sa joie, il voulut nous faire connaître de suite le patriarche de l’endroit, et
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nous conduisit à la maison de M. Vigneault.
Ce dernier était un beau vieillard. âgé de quat: :vingt-dix ans. J] vivait au milieu de sa mille, Ses deux fils étaient venus se bâtir de chaque côté du toit paternel ; et pendant de longues années, tous ensemble, ils avaient savouré la douce vérité du commandement du Seigneur :
Père et mère tu honoreras afin de vivre longnement.
Un voile de tristesse devait pourtant tomber, un jour, sur ce bonheur terrestre. Le soir où nous le vimes pour la première fois, le père Vigneault avait perdu sa franche gaieté. [] était pensif. Ses yeux rougis par les larmes plutôt que par l’âge, erraient douloureusement sur le havre ; et à travers la fenêtre, ils suivaient anxieusement les manœuvres d’une petite goëlette qui venait d’ appareiller, et qui finit par disparaître dans les demi-teintes du crépuscule.
Hélas ! son fils Désiré était à bord. En compagnie de douze familles acadiennes, il s'en allait se De] :r au sol des Sept-Îles ces plaisirs inconnus de la propriété, qu 11 troquait contre les douces joies de la maison paternelle.
M. Vigneault était n6 à Saint-Pierre de Miquelon, où son père était arrivé, Dieu sait comment, après avoir fait partie de cette malheureuse colonie acadienne qui, lors de sa cruelle dispersion par les Anglais, vit ses rejetons éparpillés aux quatre vents des cieux. Plus tard, il était venu aux îles de la Madeleine, où à force de travail et d'intelligence il s'était créé une aisance relative. Son âge, sa longue expérience,
son esprit ferme et lucide, ses bonnes manières, iui conciliaient le respect et la confiance de tout le monde. Ici, les décisions du Vigneault étaient respectées à l égal de celles que donnent ailleurs le juge ou le curé.
Ce fut dans ..on hospitalière maison que mon oreille fut frappée pour la première fois par J'intonation que les Acadiens donnent à la langue française. Un étranger qui se mélerait à leur conversation, se croirait transporié en Gascogne, et se figurerait entendre causer des Bordelais. ÂAinsi, ces braves gens diront une fo pour une fois. Le mot année se prononcera chez eux née, tout comme sur les bords de la Garonne. Un cheval devient un gueval au pluriel, et un chevau au singulier : puis, ils font un assez grand abus des “j'étions, ‘ des Je pourrions.” et des “ je pensions.” (1) Leurs mœurs sont simples et douces. Ils vivent surtout de
(1) Dans une notice sur le patois saintongais que vient de publier la « Revue des langues Romanes ” de Montpellier, je tr ouve ce curieux passage :
‘“ Les noms qui, eu français, se terminent en al, font au en
sainiongais, pour ces deux nombres : le chevau, l'animau, in
jérnau. (Ancien français ; li chevaus (sujet du verbe) ; le cheval (régime) pluriel /? cheval (sujet), les chevaux (régime).
‘“ Quelques paysans de la S: aintonge pour faire les muscadins disent aussi, dés cheval, dés journal.
‘“ Qn connait la leçon de eau lang age donné e par un paysan à sOn fils qui re vient je la ville. fju'as-tu vut de folit, drole ?— P'pa j'ai vut dés chevau sunerbes.—Dis donc cheval, animau.
Grand,nombre de Canadien 4 PAcadiens tirent leur origine du p: V£ d'Annis et de ia Sartonge, Celle terre aimée, qui a vu naitre Sarauel de Chamoiain.
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pêche, et s'occupent quelque peu d'agriculture. Comme caboteurs, ils n’ont pas leurs maîtres au monde, et ils peuvent donner des points aux rlus habiles chasseurs et aux plus patients pêcheurs. L'un des habitants de l’île, M. Fox, interrogé sur les particularités distinctives du caractère acadien, répondait à la commission parlementaire :
—Le caractère particulier du peuple acadien est de vivre sur mer.
Ces mots, sont à eux seuls une définition
Dès le petit jour, quand la saison de pêche
est venue, vous voyez l’Acadien faire sa prière, mettre gaiement sa Herge en mer, gagner les fonds à morue qui se trouvent à trois, Dee et quelque fois à six milles au large. Là, ïl ne cesse d’agiter sa ligne à l’eau, de la : retirer, de la bouetter, et de la reconfier aux profondeurs de la mer, jusqu'à ce que son embarcation soit pleine de poissons Alors les voiles se hissent.
On regagne la grève. Quelques quarts-d’heure
suffisent pour trancher la morue que l’on vient de capturer ; puis on remâte la berge, elle glisse le nouveau vers son poste de pêche, et on réussit ainsi à faire quelquefois trois on quatre voyages par jour. Pendant tout ce temps, un morceau de galette, un biscuit ou une miche de pain—quand 1l y en & suffit pour entretenir la vie de ce robuste pêcheur. L'Acadien est l’homme le plus frug'al que je connaisse ; il se contente, au imilieu de tous ces pénibles {TAVAUX, d’une nourriture que dédaigneraient la plupart des dun de nos villes.
1 1 À er + | :
La pèche de la morue, avec celle dun hare
et du maquereau, constituent les apports de la campagne d'été. Quant à celle d'hiver, elle se fait pendant les mois de mars, avril et mai, Alors commence la chasse au loup-marin.
Divisés par groupes de six ou dix hommes, vous voyez les Acadiens armés de cordes et de bâtons, prendre le pas gymnastique, et franchir en courant des distances de dix à douze milles, avant d'arriver sur le terrain de chasse. Pour y parvenir, il a fallu sauter par-dessus les crevasses et les profondes fissures des champs de glace, ou prendre la banquise par escalade.
Mais qu'est-ce que tous ces dangers, au prix des plaisirs que va leur donner la chasse qui les attend ? Les loups marins ne sont-ils pas là, derrière cette muraille glacée, aui se prélassent en famille ? Kt comme une trombe, les Acadiens arrivent sur les malheureux phoques qui ne se doutent de rien. Le massacre commence, au milieu des cris et des gémissements. Quand chacun a sa part de butin, les chasseurs reprennent la route du village, traïnant leur proie derrière eux ; et ilssont prêts à recommencer leurs courses, tant que durent le jour et la bonne chance.
Né sur les bords de Ia mer, habitué à ses caprices, à ses caresses et à ses colères, le peuple acadien voit en elle son véritakle domaine.
Eté comme hiver, il ne cesse de se confier à elle. La mer, fidèle à cette longue amitié, ne cesse à son tour, de les combler de ses inépuisables générosités.
Nons venions de ravitailler l'Anse-à-la-Cabane, et comme la nuitétait survenue. il nous v fallut attendre le jour, pour lébarque: plus comnior
dément les provisions destinées au phare di l'Entrée. Au soleil levant, nous étions déjà embossés par }: travers de cette ile, dont les pics escarpés ont cette couleur rougeâtre particulière au groupe de la Madeleine ; et bientôt, les uns étaient à même de fouler ces gazons plantureux, où rurminait une mag ifique race de moutons, pendant que ceux qui étaient restés à bord, s’imusalent à contempler le paysage Sur notre avant se dessinait le petit village d'Amherst, groupé autour de son église. À tribord, on apercevait le Hâvre-aux-Maisons
et tout autour de nous croisait ue Hotte de quatre cents goélettes, qui couraient le maquereau, toutes voiles dehors. Certes, Gudin n’anrait pu demander une marine plus pittoresque
pour la fixer sur une de ses toiles iumortelles
De l’île d’'Entrée nous devions nous rendre à
47 | CORRE Ÿ D LR \ N (y Re l’île de la Pierre Meulière {1}. Nous profitème } F « | 4 *e ‘ x | H à a Le ce point d'arrêt pour nous faire débarquer au petit qui 1 de ia Maison li (1e, QUI LIent 14 in magasin À apPpror ionnement assez considérah 1 : d p., la Le j YYVA + an ,:
16 LAA 1OUI16 ICONMDTAIT C6 C IT } toir, et rien lamusant cornme enteh ire CS COUGU 15 4AVACG | un. d À A Ï RE à (7 ; $ les commis de À Leslie. L'éTAaIt à QUI se MmMortrerait le plus norma:ud en affaires, Les femmes 1} Sas d Q 1 ullalent surtout dans cette lutie paci'ique lout en suivant de pr leurs petiles transac +: nllac : ] t | \ t101 euies ne peraalent Das Lt nalile du tY1CO avé x qu'elles trainent 1c partout où elles vont Mo- " 1 ‘ “ t le Les, jiienri Ü i 4 les \ ea dienn:. 0 VYAIr70 1 le fen he [ t } ri L | } V6 Qt sex aa " À {1
type réussi de vieux grognard, invenié par.
Alfred Assollant :
—! Je n'aime pas ces demoiselles qui ne savent rien faire que se peigner tout le jour, se regarder dans une glace, essayer des robes, faire des grimaces, mettre des gants et parler du bout des lèvies comme si l'on n'était pas digne de les entendre, ou d’une voix tantôt plus flûtée que celle des serins et tantôt os aigre que celle des pie-grièches. (la, c'est des bécasses, comme disait mon vieux curé. a ne sait pas travailler, ça ne sait pas s'occuper, ça ne sait pas penser, ça ne sait que faire de ses dix doigts. Quand c’est riche, ça ennuie son mari et ses enfonts. Quand ça n'a pas d'argent, ça ne trouve pas de mari, où si ça en trouve, ça grogne, ça se fâche, ça ennuie tout le monde, et tout le monde s’en va.”
Au milieu de la cohue qui encombrait la maison Leslie se trouvait un vieillard, né à Saint Roch de Québec, et qui habitait l'ile de la Pic etre Meulière depuis soixante-sent ans. Îl s’appelai M. Thorn, et avait laissé au pays un frère, dont il était sans nouvelles depuis fort longtemps. Pendant que nous causions ainsi des absents, notre ingénieur, M. Barbour, vint nous prévenir qu'il allait vis ter le phare du Grand F'ang du Nord. Je devais l'accompagner, maie nous ne pümestror:rer de voitures, 6! je regrette encore aujourd’hui la perte de la seuie occasion qu’il m'ait été donné de pouvoir étudier, et observer les mœurs de ces campagnes, où vit, travaille et meurt une des populations les plus hounêtes de la terre, |
On m'apprit ici que l'archipel de la Madeleine
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se compose d’écueils, et qu'à part de Brion «et du Rocher-aux-Oiseanx, il compte six iles qui se nomment le Corps-Mort, Amherst ou l'ile Aubert, la Pierre-Meulière, l’île d'Entrée, All right et la Grosse Ile, Ces groupes présentent ensemble une superficie d'à peu près 55,400 acres qui, suivant le recensement de 1871, est habitée par une population de 8,172, dont 2,838 Acadiens. Les récifs les plus à craindre sont— au dire des pécheurs-—ceux de la Pierre du gros Cap, de la Perle, d'Allright, du Cheval Blanc, les bancs de Colombine et l'écueil de Doyle. Ce dernier n’a que trois encablures de long sur une demie de largeur, et c’est l,m'assure-t-on, que des navires courant sous la brise ont soudainement disparu aux yeux de plusieurs de mes interlocuteurs. Quant aux courants, ils sont tellement irréguliers, qu'on me fit la même réponse donnée jadis à l'amiral Bayfieid, et que personne ue put me dite précisément leur vitesse et leur direction.
A ces renseignements géogr aphiques eth ydrographiques venaient se mêler les plaintes et les confidences d’un chacun. Tous regrettaient le déboisement des îles. Privées de bois de construction, elles sont maintenant en train de voir disparaître leur maigre bois de chauffage. Chacun avouait que son voisin se tirait d'affaire comme il le pouvait, faisant feu de tout, et détruisant la forêt sans discernement. Quelques uns même finissaien: leurs doléances, en prophétisant que dans vingt ans il n’y aurait plus une seule broussaille sur l'archipel, et qu’alors on serait obligé de faire venir à grands frais du charbon de terre de la Nouvelle-Fcosse et du Cap-Breton. Puis, la grande question du chauf-
de
lage épuisée, arrivaient les observations générales. Celui-ci désirerait voir inaugurer une meilleure tenure de terre dans les îles; celui-là aurait aimé que le propriétaire protéget plus efficacement son locataire : un troisième se plaignait amè per d'être sans nouvelles depuis le mois de novembre jusqu’au quinze de mai, et plus longtemps encore.
— Si au moins, disait-il en seconant tristement sa pipe, nous avions des communications télégraphiques avec la terre ferme ?
—Bah ! des moulins à farine et des moulins à étoffes sont encore plus nécessaires que ton télégraphe, répliquait da ins un coin, un pêcheur, plus positif que ce rêveur. À ta place je m'en contenterais.
—La belle affaire que tes moulins! pour les construire il faudrait peut-être se faire taxer, et je m'en tiens à ce que me font payer les commissaires d'écoles ; un par cent, et quelquefois un et demi.
…ÆEncore si le prepriétaire nous montrait l'exemple, et payait comme nous, répliquait le , et pay 1 pêcheur positif,
Pas si bête, Evé. Il se tient au courant des nouvelles, et lit ses journaux dans son hôtel de Londres, pendant que pour rencontrer notre taxe municipale, nous donnons nos deux jours de travail sur ies chemins publics, on que nous payons quaire- vingts cents par jour pour chaque chef de famille.
Une fois sur la taxe, les conversations menaçaient d'aller loin, lorsque l'ingénieur, M. Bar-
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bour, fit son apparition au milieu du groupe. Il était temps de se rembarquer. Nous sortimes du magasin Leslie, pendant que tout le monde se découvrait sur notre passage ; et une chaude poignée de main nous sépara pour la vie de ces braves gens.
Le Napoléon IIT était déjà sous vapeur.
Comme le temps était splendide et que la besogne avait été promptement expédiée, le capitaine, mis en belle humeur par ces bonnes choses, voulut nous permettre d'aller reconnaître le fameux rocher du Corps-Mort, qu'au mois de septembre 1804, Moore a chanté dans ses plus beaux vers, Nous primes done par la passe de Sandy Hook, et en contournant l’île d’ Amherst, nous ne pûmes nous empêcher d'admirer la beauté du paysage qui défilait sous nos yeux, et de nous demander pourquoi ces ravis-
sants endroits n'étaient pas plus fréquentés par
les touristes. Comme place d’eau, si les îles de la Madeleine n’avaient pas à lutter contre l’île du Prince-Edouard, elles seraient sans rivales dans le golfe Saint-Laurent, Les points de vues ÿ sont superbes ; le gibier y abonde, et elles ré servent à l'amateur, en quête de poissons, d’inépuisables éditions de la pêche miraculeuse, qu'il peut renouveler à loisir dans les baies et des havres admirablernent disposés pour les courses de yacht et le sport maritime.
Pendant que 1048 causions de toutes ces mer veilles ignorées, le Corps-Mort se dessina par le travers de notre hanche de tribord. Vraiment le langage populaire lui avait bien donné le seul nom qu'il pût porter; car, va de cette distance, il ressemblait à s'y méprendre aù cadavre
j È 132 LES ILES DANS d’un matelot flottant au gré des vagues. Involontairement je me rappelai alors l'{e des Morts, ces belles strophes qu'un de nos bons poëtes canadiens, James Donelley, avait imitées de Thomas Moore : (1).
“ee you, beneath you cloud so dai k, Fast gliding along, a gloomy bark ?
Her sails are full, though the wind is still, And there blows not à breath her sails to fill ! Oh ! what doth that vessel of darkness hear ? The silent calm ofthe grave is there, Save now and again à death-knell rung, And the flap of the sails with night-fog hung? | | There lieih a wreck on the disrnal shore Of cold and pitiless Labrador ; ë Where, under the moon, upon mounts of frost, | Full many a mariner's bones are tost ! Î You shedowy bark hath been lo that wreck, Ë And the dim biue tire, that lights her deck, Doth play on as pale and livid a crew As ever yet drank the church-yaru dew !
{1} Voici les vers de Moore, Ils sont intitulés: « Written on passing Dead-man's island, in ‘he Gulf of Saint Lawrence, qule in the evening, Seplember. 184,
Fa
To Dead-man's {sle, in the eve of the blagt,
To Dead-man’: isie she speeds her fast By skeleton shapes her sails are furl'd,
And the hand that steers is not of this wo
Oh !'hurry thee on—0h ! hurry thee on, Thou terrible bark ! ere the nigbt be gon Nor let morning look on 80 foul a sight
As would blanch for ever her rosy light!
Ami, vois-tu là-bas, sous ce nuage sombre,
Get étrange vaisseau qui s'avancs dans l'ombre
Et qu'un souflle inconnu fait bondir sur les
D'un vent mystérieux ses voiles semblent pleines !
y CAUX À
Et pourtant les zéphirs retiennent leurs haleines :
Dans un calme profond au loin dorment les flots.
Qu'a-t-il donc à son bord ce vaisssau des ténèbres !
1! porte du tombeau tous les signes funèbres ;
Un silence de mort sur les ondes le suit. *
Seul un giss triste et lent parfois s’y fait entendre
Avec un battement des voiles que fait pendre
L'humide pesanteur des brumes de la nuit,
Au milieu des rochers de la stérile plage
Gisent des 08 blanchis, jetés par le aaufrage,
Sous les brouillards épais du sombre Labrador,