‹ Les îles [microforme]Chapitre 6 sur 30 · LA À À · texte numérisé non relu

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maître de céans nous attendait pour nous souhaiter la bienvenue dans son aride domaine, et mettre à notre disposition son fils, dans le cas où nous aimerions à escalader les huit étages du phare, solide construction en pierre qui trône majestueusement au milieu de ses dépendances, de sa poudrière, et de son abri à canon, et qui, de la hauteur de ses 75 pieds, semble narguer les tempêtes de la rose des vents. Nous profitâmes de la bienveillance de notre nouvel ami, montant, grimpant, soufHant, touchant à tout, demandant des explications sur tout, jusqu'à la minute où il nous ramena sains et saufs, mais hors d’haleine sur les galets de la grève.

Le soleil était alors à son couchant, et je n’oublierai jamais le spectacle qui nous ravit ce soir- 1 à là. La tour détachait sa facade blanche sur les { teintes pourpres de l'occident, Au loin, la mer dormait, et son immense respiration venait mourir au pied des roches moussues que frangeaient de légers flocons d’écume. Debout, dans la porte cintrée du phare, entouré de sa famille qui l’écoutait anxieuse, Ferdinand Fafard, tête nue, la main tremblante, lisait d’une voix qui voulait paraître ferme une lettre que nous lui apportions de l’un de ses fils Le lecteur pesait gravement chaque mot, savourait à longs traits chaque ligne, s’interrompant pour jeter de temps à autre, par dessus ses lunettes, un regard sur son auditoire attentif,

Cette scène touchante aurait mérité les honneurs de la peinture.

Fermez les yeux et groupez autour de Fafard brunes têtes de fillettes, jeune homme au teint hâlé, profil de vieille et bonne ménagère canadienne ; mettez au fond les âpres teintes d’un 4 paysage du Labrador ; semez sur l’horizon une à

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poignée de nuages cuivrés qui courent vers le 0 couchant ; relisez, avant de crayonner, ce que 1 ‘| je viens de vous dire plus haut, et vous aurez 1 un tableau vrai, sinon ravissant. ($ —Abh ! le manque de nouvelles, nous disait le Van brave Fafard, c'est ce qui nous rend la vie si Fr triste. J'ai bien là, ajoutait-il en montrant sa A lettre, de quoi me consoler pour quelques jours ; in" mais mon fils Pierre, qu'est-il devenu ? Et IN mon plus jeune frère, laissé malade dès l’au- un | + tomne dernier, est-il mort ? Kt ma petite pro- Lt | priété du Saguenay, est-elle brûlée lors des pa] derniers incendies ? L’incertitude fait pousser A 8) bien des cheveux blancs. Heureux encore si Lis: nous n'avons que cela—mais les jours d'hiver se ki \ font quelquefois bien longs ici ; à preuve ceux | : de l’an dernier. Figurez-vous que vers la fin 1 de l'automne, dès les premières bordées de neige, Jo | ma famille fut attaquée par les fièvres typhoïdes. ue | Les débuts de la terrible maladie en mirent sept n | au lit, et bientôt les autres suivirent. J'étais ue | seul valide. Mon plus proche voisin demeurait UN | à vingt milles, et comme les mauvaises nou- ‘00e (| velles n'ont pas besoin d’un for: vent pour être : portées au loin, le phare était déjà signalé comme un foyer d'infection aux Indiens qui fai- E | saient un détour pour ne pas le trouver sur | leur passage, Un seul homme fut touché de mon malheur. Un matin Laurent Thibeau se présenta à ma porte et me fit part de sa détermination de rester avec moi et de m'aider, Tout alla mieux pour quelque temps ; mais comme nous étions alors aux derniers jours de la naviation, les brouillards et la neige se mirent de À a partie, et nous forcèrent de tirer du canon ie toutes les demies, quelquefois tous les quarts ñ d'heure. Alors la vibration se faisait terrible HR | Lo] i i

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dans cette tour haute de 75 pieds. Nos malades ne pouvaient la supporter, et avant chaque détonation, il fallait monter les cinq étages du phare transformés en infirmerie, avertir ces uvres malheureux, et mettre de la ouate dans es oreilles des plus nerveux. Les jours succédèrent ainsi aux nuits sans apporter autre chose le chagrin, l'inquiétude et les insomnies.

urent et moi, nous étions en train de perdre la tête ; le service du phare et des malades ne 8e faisait plus que machinalement, lorsque Dieu prit pitié de nous, et dans sa miséricorde nous envoya le repos et la joie, en déterminant une convalescence générale.

Un mois de tranquillité nous remit frais et gaillards, et comme les grands froids étaient venus, j'eus le plaisir de mener une partie de mon hôpital faire visite à mon confrère de l'Ileaux-(Eufs. C'est cette île qu'il y a là-bas, à dix lieues sous le vent ; le golfe était pris en vive glace, et de ma vie je n'ai fait plus belle course en traineau. Vous voyez, messieurs, que le bon Dieu nous aime encore, et qu'il ne nous abandonne pas tout à fait, ajouta-il sous forme de péroraison, en versant ui verre de champagne à maître Agénor, et en lui disant :

— (Goûtez ferme, M. Gravel, c'est du meilleur. Je l’ai acheté il y a quinze jours d’un de nos pêcheurs de la Trinité, qui en a sauvé bien d’autres du malheureux naufrage du navire marseillais du capitaine Figueron, venu à la côte en septembre passé.

Puis, comme nous faisions mine de nous retirer :

— Allons, messieurs, une nouvelle tournée à votre prompt retour et à votre bonheur. Quant à vous autres, mes gars, mettez le petit canot à

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