‹ Les îles [microforme]Chapitre 7 sur 30 · PE ER · texte numérisé non relu

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LE GOLFE SAINT-LAURENT. 19 nr:

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la mer, et faites un brin de conduite à la chaloupe de ces messieurs. Pent-être, avant que l'ancre du Napoléon ne soit levée, auront-ils le temps de trouver dans leurs cabines quelques vieux journaux de par chez nous, Ici, les morceaux en sont bons à lire.

Et ce fut ainsi que par un beau clair de lune, sur une mer splendide, nous quittñmes Ferdinand Fafard de la Pointe de Mons, enchantés de notre nouvelle connaissance, et joyeux d’avoir causé avec lui et de lui avoir donné une bonne at minute de distraction. Nos rameurs glissaient

aiement sur le flot, qui s’ouvrait pour nous aisser passer. Au loin, on entendait les ronflements d’une baleine qui venait respirer à la surface: sur nos têtes une aurore boréale s’amusait à couler des tuyaux d'orgue pour les refondre ensuite, et de la terre le grand cyclope de pierre nous regardait aller et disparaître. F

Agénor en ce moment eut une inspiration. Sa nn mémoire était implacable, et il se mit à déclamer 1 | aux matelots ébahis le commencemert du beau travail de Paul Parfait sir le phare.

—“ A l'heure où le soir tombe, invariablement il s'allume ; peu à peu l'ombre enveloppe sa tour blanche et l’on ne voit plus surgir au loin qu’un point brillant, étoile factice posée par la main de l’homme au bord des flots. Que la nuit soit claire ou sombre, calme ou tumultueuse, l'étoile luit toujcurs de son éclat doux, paisible, immuable, pour ne s’éteindre qu'avec le retour de l’aube. Qui pourrait considérer sans émotion cette lueur perdue dans l’espace, en songeant que c’est elle qui, à travers les brumes, sous la pluie qui fouette et le vent qui fait rage, trace au navigateur sa route, lui marque les écueils à éviter à ou la passe à gagner ? ‘ÿ:

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(ee “ Par les nuits étoilées, le phare trace sur la. mer un sillon lumineux, et par les nuits noires 4 70 il montre encore à travers l'ombre son grand œil vigilant. Qui ne croirait alors volontiers que le phare est vivant? Qui ne s'adresserait à lui comme à un être capable de comprendre ? ”

D'une oreille distraite j'écoutais. Ma pensés était ailleurs ; et la déclamation d’Agénor avait réveillé en moi d'autres idées.

Je songeais à la vie humble, pleine d’abné- ÿ gation et de dévouement, que menaient les | modestes gardiens de ces phares. !

« —AÀ chacun sa fonction dans le grand rouage | humanitaire. Ceux-ci, me disais-je, doivent être premiers ministres, généraux ou millionnaires : ceux-là seront pauvres, méconnus, mais dévoués. S'il en faut des premiers pour guider les états, perfectionner les engins de mort et acheter tout ce qui s’achète sur terre, il en faut aussi des seconds pour accomplir une mission de paix, aider et réconforter ceux qui souffrent et qui sont Ur en péril.

\ LS Mais comme même ici-bas, tout se compense,

ce n’est pas sur les lèvres de ces déshérités que vient errer le soupir que laissait échapper le cardinal d'Amboise mourant, lorsque se retournant vers son infirmier, il lui disait :

—Ah ! frère Jean! que ne suis-je toujours resté frère Jean !

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