SCÈNE XVI
Les Mêmes, EDGARD. *
EDGARD
C’est moi, mille perdons, j’ai manqué le convoi.
Je venais de sortir, quand j’entends dans la plaine :
« Ouf! ouf! » C’était le train. Je cours à perdre haleine. Il s’arrête, je crie afin de l’avertir...
J’arrive juste à temps pour le voir repartir.
MAURICE
C’est un petit malheur dont je vous félicite,
Ou plutôt dont je vais vous consoler bien vite.
Madame vous plaît fort Vous m'avez déclaré L’amour qu’elle vous a dés longtemps inspiré.
J’avais trouvé d'abord votre audace un peu grande;
Mais j’avais oublié de consulter Fernande,
Et par elle je viens d'apprendre tout à coup
Que, comme elle vous plaît, vous lui plaisez beaucoup.
FERNANDE, à pirt.
Dieu I
LA MARQUISE, de même.
Qu’a-t-il fait !
EDGARD
Qui? moi...
LA MARQUISE, à Manrice.
Vous êtes fou, je pense ?
* La marquise, Fernande, Manrice, Edgard, Valérie.
DE L’AMOUR EDGARD, à Fernande. *
Dois-je entendre un aveu dans ce chaste silence ‘/
FERNANDE
Monsieur, je suis confuse et je ne pensais point Que Maurice pourrait s’oublier à ce point.
Je m’en plains hautement, hautement je le blâme,
Il eût dû respecter le secret d’une femme.
Si mon cœur à ses yeux s’est ouvert aujourd'hui,
Ce n'était pas pour vous, ce n'était que pour lui. Cependant puisqu’il juge à propos de vous faire Des révélations qu’il eût mieux valu taire Et dont vous u’avez point sujet de vous louer,
J’aurais mauvaise grâce à le désavouer.
J’ai tort d’agir ainsi, mais- je m’y vois forcée.
La marquise connaît le fond de ma pensée.
Elle a lu comme lui dans mon cœur, mieux encor;
Elle parviendra seule à nous mettre d’accord.
Et comme, en attendant, mon rôle se complique,
Comme aux dépens d'un tiers il faut que l’on s’explique, J’abrège cette scène étrange, et prudemment Je vous laisse sans moi chercher le dénoûment.
(Elle sort par la droite avec Valérie.)