FERNANDE, LA MARQUISE, MAURICE, VALÉRIE
MAURICE, à Fernande.
Enfin, nous voilà seuls ! Madame Duplessy N’est plus considérée en étrangère ici ;
C’est pour vous une ami'*, et discrète et fidèle :
* Fernande, Valérie, Maurice, Lambert, la marquise.
** Fernande, la marquise, Valérie.
Nous sommes en famille en étant avec elle.
Je puis donc vous parler, je puis donc librement Exhaler devant vous tout mon étonnement. *
Depuis une heure et plus je suis là sans rien dire,
Depuis une heure et plus j’écoute et vous admire.
' J'ai rêvé, n’est-ce’pas? c’est un rêve, en effet.
C'est un rêve bizarre, absurde que j’ahfait.
Et comment supposer qu’un semblable jeune homme (Pour le peindre d’un trait il suffit qu’on le nomme), Qu’Edgard de Saint-Perrin serait votre héros,
Que vous vous pâmeriez à ses moindres propos,
Et que vous resteriez pendant une soirée Le dévorant des yeux, attentive, enivrée?
(Fernande se détourne pour étouffer un éclat de rire.)
Mon repioche vous cause un peu d'émotion,
Vous détournez les yeux avec confusion.
Mais Fernande en cela n’est seule coupable :
Madame voit de même, elle le trouve aimable,
Il lui semble charmant,
VALÉRIE, se levant.
Il me semble odieux,
Je l’ai toujours trouvé très-sot, très-ennuyeux ;
Et, si je l’ai vanté, c’était pure grimace,
Pour voir si mon glaçon romprait enfin sa glace.
MAURICE
A la bonne heure au moins. Mais vous, Fernande, vous ! FERNANDE.
Je trouve qu’on a tort de disputer des goûts.
MAURICE
Monsieur de Saint-Perrin...
* La marquise, Fernande, Maurice, Valérie. Les trois femmes sont assises.
DR L’AMOl'R
FERNANDE
Je vous préviens d’avance Que, si vous l’attaquez, je prendrai sa défense.
MAURICE
Vous ne défendrez pas sa taille !
FERNANDE
Pourquoi donc?
Sa taille est élancée et droite comme un jonc.
MAURICE
Et que me direz-vous do sa crinière blonde,
De son nez, de ses yeux ?
FERNANDE
Les plus beaux yeux du monde.
MAURICE
J’en appelle à ma tante, ils sont verts.
FERNANDE
Ils sont bleus.
MAURICE
Mais d’un vert effrayant !
Mais d’un bleu merveilleux !
MAURICE
De grâce, plus un mot; votre bouche blasphème En l’exaltant ainsi.
FERNANDE, se levant.
J’en ai le droit, je l’aime.
VALÉRIE
Est-il possible?
LA MARQUISE, à part.
Bien !
MAURICE
Vous l’aimez, vous l’aimez?
VALÉRIE
Ces deux mots ont besoin de m’être confirmés.
MAURICE
Vous l’aimez, dites-vous ? vous sage et raisonnable, Vous, montrer de l'amour pour un être semblable !
Vous montrez bien celui dont votre cœur est plein Pour votre demoiselle Estelle Grandvilain.
Notre erreur est pareille.
MAURICE
, Ah 1 quelle différence !
FERNANDE
Je n’ai pas discuté, moi, votre préférence.
MAURICE
Vous rougiriez de lui, si vous aviez mes yeux.
FERNANDE
Si vous aviez les miens, vous la jugeriez mieux. MAURICE.
Pouvez-vous à l’esprit comparer la matière,
La chardon à la rose, et l’ombre à la lumière?
FERNANDE
Ce qui vous paraît sombre est très-brillant pour moi. MAURICE.
Vous ne pouvez l’aimer, soyez de bonne foi;
C’est pour vous divertir, c’est un pur badinage.
FERNANDE
Je ne badine point.
DE L’AMOUR
LA MARQUISE, bas à Fernande.
Allons, ferme, courage !
Fâchez-vous, s’il le faut.
MAURICE
Non, je ne vous crois pas.
FERNANDE
C’en est assez, monsieur, terminons ces débats.
En me justifiant, j’irais trop loin peut-être.
Aimez qui vous voulez, vous en êtes le maître,
Je ne l’empêche pas ; mais vous, à votre tour, Laissez-moi libre aussi, respectez mon amour.
LA MARQUISE, bas.
C’est cela, bien joué !
FERNANDE
Pardonnez- moi, ma mère.
Vous auriez dû savoir ce secret la première,
Mais je n’ai pu laisser outrager devant vous Quelqu'un qui pourrait bien devenir mon époux.
MAURICE
Vous voulez l’épouser ?
LA MARQUISE
D’un projet...
Je suis un peu surprise
Je le suis autant que vous, marquise MAURICE. • •
Pas tant que moi, morbleu ! mais qu’est-ce que je