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teurs, dont l’horizon est borné à l’exécution d’opérations manuelles.
b) Une immense révolution sociale fut accomplie lorsque des entrepreneurs de fabriques collectives réunirent les anciens ateliers dispersés en une manufacture. Les anciens patrons ne se laissèrent pas vaincre facilement. «Les petits fabricants de drap de Leeds envoyèrent encore en 1794 une pétition au parlement pour demander une loi qui interdit à tout marchand de devenir fabricant. Aussi les manufactures nouvelles s’établirent-elles de préférence dans les ports, centres d’exportation, ou aux endroits de l’intérieur situés hors du contrôle du régime municipal et de ses corps de métiers. De là en Angieterre lutte acharnée entre les vieilles villes privilégiées (corporate towns) et ces nouvelles pépinières d'industrie » (1). Ces producteurs qui avaient acquis leur droit au travail suivant les vieilles lois de l'apprentissage trouvaient inadmissible que des gens sans titre technique vinssent leur faire concurrence.
Pendant très longtemps la question capitale pour les chefs d’industrie fut d’obtenir une discipline de fer, à laquelle les classes ouvrières opposèrent la plus obstinée résistance. Il ne faut donc pas s’étonner si à la tête des établissements on plaçait des hommes souvent dépourvus de connaissances techniques, mais doués de ces qualités de commandement qu’on rencontre si souvent parmi les officiers sortis des rangs de la troupe. Des règlements sévères étaient
(1) MARXx, Capital, tome I, page 336, col. 1.
élaborés pour punir d’amendes élevées tout minime à manquement aux prescriptions. L’application du détail de cette législation privée était confiée à des contremaîtres qui abusaient de leur pouvoir, comme de véritables sous-officiers des compagnies de discipline. Toute la littérature relative à l’industrie a été pleine, pendant un siècle, de lamentations des philanthropes que révoltait un régime si peu digne de peuples qui dans leurs constitutions semblaient préoccupés, au plus haut degré, d’assurer la liberté tous les citoyens. C’est alors que règne ce que j'appelle la coopération forcée qui S’oppose d’une façon si nette à la coopération libre que rêvait Marx. :
« L’ignorance est la mère de l’industrie, aussi bien que de la superstition, écrit Ferguson, le maître d’Adam Smith. La réflexion et l’imagination sont sujettes à s’égarer ; mais l’habitude de mouvoir. le pied ou la main ne dépend ni de l’une ni de : l’autre. Aussi pourrait-on dire que la perfection, à Ë l'égard des manufactures, consiste à pouvoir se passer de l'esprit, de manière que sans effort de tête, … l’atelier puisse être considéré comme une machine ; dont les parties sont des hommes » (1). La marche de l’ouvrier vers une vie toute stupide semble être . l’idéal des chefs de cette coopération forcée; la vir-. tuosité qu’il acquiert à la longue peut être comparée, . avec assez de raison, à l'instinct d’un insecte (2); «
(1) Rapporté par MARX, loc. cit. page 157, col. 1. ne Marx compare le tisseur indien à une araignée (Loc... , page 148, col. 4).
l’abrutissement du peuple était si bien regardé comme le régime normal des temps modernes que le premier traducteur français d'Adam Smith trouvait malheureuse l’idée qu'avait exprimée celui-ci de combattre par l'instruction les inconvénients que présente la division du travail (1).
J’ai, plus d’une fois, expliqué la raison des succès de la division manufacturière du travail. On n’aurait pas été en état de construire des mécanismes rapides et précis; il s’agissait de faire exécuter par des hommes, dressés à un automatisme très avancé, ce que les appareils géométriques ne pouvaient pas encore faire; à la Condition de réduire les tâches à un très petit déplacement de la main ou du pied, on pouvait arriver à obtenir une exécution prompte et exacte, lorsque l’habitude avait supprimé toute réflexion. L’homme était aussi passé de la sphère de l'intelligence à celle de l'instinct; et tous les naturalistes ont été émerveillés en constatant l’extrême perfection avec laquelle un insecte exécute les besognes commandées par l'instinct; on pourrait dire que ce régime de la production illustre, d’une manière étonnante, les théories de Bergson sur l'intelligence et sur l’instinct (2).
(1) Marx, loc. cit, page 157, col. 2.
(2) Les entraînements sportifs ont aussi pour objet d'amener les hommes à exécuter avec une précision et une rapidité machinales des mouvements; ils mécanisent l’individu et ne peuvent réussir que si les qualités intellectuelles sont plus ou moins anéanties. On a déjà observé que les sports sont très peu favorables à l'intelligence; mais on n’a pas, je crois, donné la raison de ce vice.
354 APPÉNDICE II
. ©) — En opposition à ce système, reproduisons | l’esquisse que Marx a tracée de la coopération libre dans la page du Capital où il parle de la disparition des religions : « La vie sociale dont la production matérielle et les rapports qu’elle implique forment la base (1), ne sera dégagée du nuage mystique qui en voile l’aspect, que le jour où s’y manifestera l’œuvre d'hommes librement associés, agissant consciemment et maîtres de leur propre mouvement social (2). » Ce n’est point en promulguant des lois qu’on peut atteindre un tel état de choses; il ne s’agit pas de donner aux hommes la faculté de s’associer suivant leurs caprices (3); mais il faut amener les producteurs à penser, sans être jamais esclaves d’erreurs de raisonnement, de préjugés ou d’instinets (4). Il ne faudrait pas prendre tout à fait à la lettre le texte de Marx, qui, en cette occasion, comme en beaucoup d’autres, a écrit sous l’influence de souvenirs hégéliens ; ses paroles doivent être traduites pour pouvoir être utilement appliquées ; il faut comprendre que l’atelier socialiste groupera des producteurs dont
(1) Marx fait évidemment ici allusion aux rapports jun diques et politiques.
(2) Marx, loc. cit. page 31, col. 2.
(3) Marx n'aurait certainement pas approuvé cette déclaration de Ledru-Rollin, que Proudhon rapporte à la fin de la première partie de l'Avertissement aux propriétaires : « Si, après la réforme électorale, le peuple est toujours malheureux, il n'aura plus droit de se plaindre. »
(4) Dans Marx, liberté est toujours plus ou moins Syn0nyme de rationalité; Engels a dit que, par la révolution s0ciale, le monde passera du règne de la fatalité au règne de la liberté; cela veut dire qu'à l'irrationnalité succédera la rationalité.
l'esprit sera toujours en éveil pour critiquer les pratiques apprises, qui seront guidés par des contremaîtres analogues aux préparateurs des professeurs de chimie et en tête desquels se trouveront des ingénieurs qui parleront à leurs hommes comme un
maître parle à ses élèves.
Pour arriver à cet état économique, la production devra avoir acquis les qualités que développe l’atelier progressiste dans le régime capitaliste. Cette coopération scientifique fait appel à des travailleurs ayant reçu une bonne instruction professionnelle, — leur donne pour chefs directs des contremaîtres capables de saisir les moindres perfectionnements de détail imaginés par les ouvriers, de les imposer, aux hommes moins habiles et d’accumuler ainsi les minimes progrès de l’empirisme, —— met à la tête de l'usine des ingénieurs dont la capacité est vite reconnue par tous. Marx a défini, en termes énergiques, l’opposition qui existe entre cette coopération et celle qu'avait créée la manufacture : « La grande industrie oblige la société sous peine de mort à remplacer l’individu morcelé, porte-douleur d’une fonction productive de détail, par l'individu intégral qui sache tenir tête aux exigences les plus diversifiées du travail et ne donne, dans des fonctions alternées, qu’un libre essor à la diversité de ses capacités naturelles ou acquises. » De l'instinct on remonte donc à l'intelligence.
Marx se plaignait que la bourgeoisie qui a créé pour ses enfants des écoles polytechniques, agrono-
miques, etc., n’ait donné aux prolétaires qu’une om-
bre d’enseignement professionnel ; il espérait que grâce à l’influence politique croissante des classes ouvrières, «l’enseignement de la technologie, théorique et pratique, [entrerait] dans les écoles du peuple » (1) et il ajoutait cette réflexion importante : « Il est hors de doute que de tels ferments de transformation, dont le terme final est la suppression de l’ancienne division du travail (2), se trouvent en contradiction flagrante avec le mode capitaliste de l’industrie et le milieu économique où il place l’ouvrier. Mais la seule voie réelle, par laquelle un mode de production et l’organisation sociale qui lui correspond, marchent à leur dissolution et à leur métamorphose, est le développement historique de leurs antagonismes immanents (3).» On ne peut pas mieux marquer l'importance du rôle que doit jouer l’instruction professionnelle dans la marche vers le socialisme.
Dans les Matériaux d’une théorie du prolétariat, Jai cherché à donner une esquisse de ce que pourrait être une instruction populaire, conforme aux besoins modernes. Le problème le plus difficile paraît être celui du perfectionnement des hommes aux-
(1) Marx dit, dans une note, que le travail productif ne
doit pas être séparé de l'instruction.
(2) Il faut entendre par là que l’asservissement des tra-
vailleurs parcellaires, réduits au rôle d'insectes, doit disparaître, l'instinct devant faire place chez eux à l’intelligence, — jadis monopolisée par les patrons.
(3) MARx, loc. cit, page 211.
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quels on confie la surveillance. Il faudrait que les contremaîtres eussent les qualités d'observation qu’on rencontre chez les meilleurs employés de laboratoire; on ne peut arriver du premier coup à former un bon chef d’atelier, en sorte qu’on a pu soutenir que les écoles ne donnent pas de bons résultats pour ces sous-officiers de l’industrie; il serait à désirer qu’on les forçât à travailler toute leur vie (1).
On pense, assez généralement, aujourd’hui, que la préparation des ingénieurs aurait grand besoin d’être améliorée (2). Je doute qu’on arrive à des résultats sérieux en France, parce que l’expérience que nous fournit l’histoire de l’école polytechnique n’est pas encourageant. À la fin du xvirr° siècle, des ingénieurs militaires, que le hasard des révolutions avait fait participer à la dictature de la Convention, voulurent créer un établissement destiné à répandre les . idées dont ils avaient été nourris durant leurs années d’apprentissage ; mais les hommes qui repré- -sentèrent leur tradition furent persécutés par les
(1) J’ai dit ailleurs que tous les chefs et les ouvriers sont contraints de se soumettre à l’apprentissage perpétuel, dans une industrie en progrès (Matériaux d’une théorie du prolétariat, page 137). Les contremaîtres ont plus de peine à accepter cette loi que les ingénieurs et que les ouvriers.
(2) A la fin de 1919 un ingénieur d’une usine de produits chimiques, dont je connais l'esprit extrêmement prudent, m'écrivait: « Quant aux chefs de fabrication (au nombre desquels je compte), leur ignorance est tellement générale qu'ils ne sont en réalité que des chefs nominaux qui s'abandonnent aux méthodes routinières et parfois excellentes de vieux ouvriers, qui sont les piliers de l'usine.
purs savants, aux yeux desquels il n’y a rien audessus de l’art de jouer avec les fonctions mathéma- | tiques d’un maniement difficile; aujourd’hui, de . l'institution de Carnot il ne reste que le titre. Un vulgarisateur connu, désespérant de voir notre pays s'élever jamais au niveau technologique de l’Allemagne, a demandé qu'il fût interdit aux vaincus | de donner à leurs établissements d'enseignement scientifique le même développement qu’autrefois (Effort, 5 avril 1919). Je suis persuadé que si l’on a voulu occuper pendant quinze ans la rive gauche du. Rhin, c’est bien moins par la considération de ga- . ranties militaires qu’en raison de l'espoir de voler . aux Allemands des secrets de fabrique (1). :
Au temps des anciens systèmes de coopération, le | travail était subordonné à des chefs qui monopoli- . saient la pensée; mais, au fur et à mesure que le caractère commercial disparaît dans l’industrie, cette | situation ne se maintient plus que par la routine; et souvent l’ancien rôle des marchands-maîtres de la production est tenu par des gens qui ne sont bons : qu’à faire figure de personnages importants. Adaptant au temps présent la célèbre parabole de Saint- Simon, je dirai qu’on pourrait expulser tous les ad- … ministrateurs de nos chemins de fer, de Saint-Go-
(1) Les Débals du 31 octobre 1920 se plaignent du général « anglais Masterman, qui ne permet pas aux officiers français de se faire ouvrir les portes des ateliers où les cons tructeurs allemands d'aéroplanes appliquent ou étudient des procédés secrets, k
bain ou des mines de charbon sans que le prix de revient des marchandises fût augmenté d’un centime. Ces orgueilleux représentants officiels de la France économique sont aussi inutiles que les membres de l’Académie française, les sociologues et les héros de la Défense nationale.
Il ne manque pas de bourgeois pour soutenir que la Révolution russe a montré qu’un pays ne saurait se passer d’Intellectuels; ils disent que Lénine a dû offrir des traitements considérables aux organisateurs des entreprises qu’il voulait faire revivre, aux ingénieurs, aux spécialistes étrangers de tout genre; mais je n’ai pas entendu dire qu’il ait éprouvé le besoin de faire appel aux lumières des députés de la Douma, des financiers qui jadis établissaient la liaison entre le Trésor russe et la place de Paris, ni aux innombrables Jouhaux, qui s’offrent partout si généreusement, pour restaurer l’économie de l’Europe (1). Je crois donc que j'avais raison de soutenir dans l’Avenir socialiste des syndicats, que le socialisme serait une catastrophe pour-les Intellectuels.
(14) Le sérieux avec lequel ce secrétaire général de la C. G. T. joue son rôle de mouche du coche, en fait un personnage représentatif curieux; ses ennemis l’accusent de trahison, mais certainement à tort; il n’est pas facile à un ancien ouvrier de conserver son sang-froid quand tant de bourgeois lui disent qu'il est appelé à être un des sauveurs de la France.
En 1912, Kautsky a présenté sur l’échelle du capitalisme des idées qui sont en complète contradiction avec celles de son maître. Marx avait enseigné que l'Angleterre était le pays classique de l’économie moderne, celui par suite où il était possible de trouver les faits propres à engendrer les théories; et, allant beaucoup plus loin, il avait osé écrire que «le pays le plus développé industriellement ne fait que montrer à ceux qui le suivent sur la voie industrielle l’image de leur propre avenir » (1); partout, en conséquence, le capital industriel était appelé à prévaloir, comme cela se produisait dans l’Angleterre, observée par Marx un peu après le milieu du xix° siècle. Kautsky soutient, au contraire, que l’Angleterre a cessé d’être la terre classique du capitalisme, que l’Allemagne et l’Amérique se développent avec beaucoup plus de vigueur qu’elle, que c’est dans ces deux pays qu'il faut étudier l’avenir de l’Angleterre (2). L’expérience des trusts montre que la haute finance devient maîtresse, chaque jour davantage, de l’industrie (3); elle soutient le militarisme, la poli-
(4) MARx, Capital, tome I, page 10.
(2) KAUTSKY, La révolution sociale, page 79 et page 84. (3) KAUTSKY,0p. cit., pages 76-78.
tique de violences à l’intérieur comme à l’extérieur, la lutte contre les classes ouvrières; on aurait donc tort de s’attendre à une atténuation progressive des antagonismes sociaux, semblable à celle que lon notait en Angleterre au temps de Gladstone (1).
On remarque tout de suite quelque chose de paradoxal dans la doctrine de Kautsky : il se représente, en effet, l’avenir du pays où l’industrie a pris le plus hardi développement, d’après des survivances du féodalisme prussien : « La grande propriété foncière prend aujourd’hui fait et cause pour le pouvoir fort, monarchique autant que possible; comme noblesse de Cour, elle pense pouvoir exercer son influence personnelle sur le monarque et par lui sur le gouvernement. Elle aime. le militarisme à la folie : il ouvre en effet à ses enfants la carrière d’officier à laquelle les fils de bourgeois semblent moins propres. Aussi recommande-t-elle sans cesse une politique violente à l’intérieur et à l’extérieur. De même la haute finance est très prévenue en faveur du militarisme, d’un gouvernement fort, d’une politique de violence. Elle n’a rien à craindre d’un pouvoir fort, indépendant du parlement et du peuple; elle le domine par
(1) KAUTSKY, 0p. cit, page 82. Kautsky oppose ici Chamberlain à Gladstone; mais le premier n'est-il pas plutôt le représentant des industriels métallurgistes que des financiers ? 11 semble bien probable que les métallurgistes anglais ont eu une grande responsabilité dans la décision que prit le Japon en 1904, d'entrer brusquement en guerre
contre la Russie; les cotonniers étaient au contraire pacifistes,
des influences personnelles s’exerçant à la Cour et d’ailleurs le pouvoir est son débiteur. Les hommes d'argent né voient pas d’un œil indifférent le militarisme, les dettes publiques, non seulement comme créanciers, mais encore comme pourvoyeurs de l'Etat» (1). Il est extrêmement difficile de croire que l'Amérique, ou même l'Angleterre, doivent ressembler au tableau que tracé Kautsky (2). Je me bornerai à examiner ici ce qu’il dit des nouvelles .. formes de l’économie capitaliste.
Suivant le docteur de la social-démocratie les cartells allemands et les frusts américains appartiendraient au même genre économique; telle n’est pas. l'opinion de Paul de Rousiers qui est un excellent . observateur. Les cartells sont nés, d’après lui, de raisons d’ordre commercial: éviter l’avilissement du prix par la surproduction d’une usine dirigée trop. audacieusement; meilleure utilisation des transports qui n’empiètent plus les uns sur les autres; recherche en commun des débouchés (3). « La révé- -
(4) KAUTSKY, 09p. cit, pages 74-75.
(2) Kautsky n'ose pas prévoir que l'Amérique imite l'Allemagne; mais il croit à tort que l'Angleterre imite en. Irlande la politique prussienne; il ne me semble pas que. la politique sociale des Anglais ait été provoquée pour les. mêmes raisons que celle des Allemands; Kautsky dit: « Un. seul trait dépare ce tableau: l’armée anglaise n'est pas. encore organisée à la prussienne » (op. cit. page 81). Les. analogies qui le frappent sont bien secondaires.
(3) PAUL DE RousIERs, Les syndicats industriels, pages 212-216. Get auteur signale la difficulté d'établir des car.
lation des intérêts communs à plusieurs producteurs devait forcément aboutir à la formation d’un syndicat fortement discipliné, assurant la défense de ces intérêts en retour d’une obéissancé exacte » (1). — Bien des fois dans son livre, Paul de Rousiers revient sur le principe psychologique fondamental des cartells, ce « caractère modéré [des Allemands] disposé aux transactions, soucieux de la sécurité plutôt que du triomphe » (2). — « La modération du caractère allemand ne suffirait pas à assurer la durée de ces ligues de producteurs si l’esprit de discipline, d’une discipline exacte et méticuleuse, ne régnait pas parmi les associés. On retrouve là encore l’effet des habitudes sociales de la nation » (3).
Paul de Rousiers oppose d’une façon singulièrement claire le cartell au trust. «Cest, dit-il, une ligue d’alliés dans laquelle chacun conserve une certaine liberté d’action, mais s’interdit l’usage de certaines armes contre les autres. C’est un tempérament plus ou moins accentué à la lutte économique. Le trust, au contraire, est le résultat d’une lutte à mort. L’un est la solution allemande, l’autre la solution américaine d’un problème posé en Allemagne comme en Amérique par le régime industriel. Ces deux solutions sont aussi éloignées l’une de l’autre
tells dans les branches qui ne fabriquent pas les Massen artikel, parce qu'elles sont soumises aux caprices des acheteurs.
(4) PAUL DE ROUSIERS, 09. cit, page 279.
(2) PAUL DE ROUSIERS, 0. cit. page 136.
(3) PAUL DE ROUSIERS, 09. cit, page 160.
que l’état économique, politique et social de l’'Empire allemand est éloigné de l’état économique, politique et social de la République américaine. Elles ne sont pas de même nature » (1). — « D’un côté il/y a défense d’intérêts communs; de l’autre domination, domination despotique sur les associés et entreprenante contre les non-associés. L’Allemand reste modéré; il ne rêve pas le triomphe bruyant... L’Américain est un ambitieux, ambitieux de pouvoir bien plus encore que d’argent [qu’il] l’aime comme un conquérant aime ses troupes et ses canons, parce qu’il assure le pouvoir. Le trust est pour lui un instrument de domination. Entre les cartells et les trusts, la différence n’est pas une différence de degré, comme on le dit souvent, c’est une différence de nature » (2). Je crois qu’on peut rattacher le trust au capitalisme usuraire (3) et les cartells au capitalisme commercial.
Pour bien comprendre les procédés suivis par les Américains dans la conduite de leurs affaires, il faut se rappeler souvent que ce sont des hommes de la maison isolée, « L’Américain d’origine anglo-saxonne, dit Paul de Rousiers, se suffit à lui-même et, s’il a le goût de la société, ce goût se restreint à son home, c’est-à-dire à sa femme et à ses enfants... Ni
(4) PAUL DE ROUSIERS, 09. cit., page 125.
(2) PAUL DE ROUSIERS, 02. cil., page 108.
(3) Kautsky dit avec raison : « Le capitaliste financier est l’ancien usurier sous une forme plus moderne » (op. cit. page 74).
ses sœurs, ni ses frères, ni Ses Cousins ne sont pour lui autre chose que du prochain (1); il n’a pas cet esprit de famille étendu qui caractérise certaines populations d'Europe; il ne tient pas d’une façon particulière aux personnes de son sang » (2). Et encore même habitue-t-il de très bonne heure ses enfants à se débrouiller eux-mêmes, à se préparer à tenter leur chance (to try his luck), si bien que beaucoup de Français établis aux Etats-Unis reprochent aux pères yankees leur égoïsme (3). La vie rurale qui domina si longtemps en Amérique a favorisé cet esprit d’isolement. « Autrefois la nation, presque entièrement agricole, ne comptait guère que des propriétaires indépendants; peu de tenanciers, peu de grandes fortunes, beaucoup de farmers, telle était alors la Nouvelle Angleterre (4); nous avons vu dans certains Etats de l'Ouest des régimes à peu
(1) Paul de Rousiers observe avec humour : « Le prochain qu'on doit aimer comme soi-même, maïs auquel, par suite de l’infirmité de la nature humaine, on pense toujours beaucoup moins qu’à soi-même. » (La vie américaine, Ranches, fermes et usines, p. 137.)
(2) PAUL DE ROUSIERS, Loc. cit. — A la page 145 il estime qu'on peut interpréter le refrain américain : Home swet home par cette phrase: « Comme c’est agréable de ne pas être chez les autres. »
(3) PAUL DE ROUSIERS, 0p. cil., page 139, et La vie américaine. L'éducation et la société, pages 9-10.
(4) Beaucoup des Américains de ces vieux Etats se sentent encore aujourd'hui du goût pour l'exploitation rurale (PAUL DE ROUSIERS, La vie américaine, Ranckhes, fermes et usines, page 265).
près analogues; — l'indépendance était le fait général » (1).
Le caractère ancien se perpétue dans les Etats nouveaux parce qu'ils sont colonisés sous la direction de Yankees, «Le grand propriétaire de l’Ouest vient neuf fois sur dix des Etats de l'Est; c’est un Yankee qui s’est fait, momentanément peut-être, agriculteur;.. c’est lui qui maintient la nationalité américaine et l’impose au groupe naissant » (2). ——'« Ce qui soutient les Américains dans ces entreprises pleines d'épreuves, c’est l’amour inné de l’indépendance. Pour arriver à être leurs maîtres, à vivre chez eux, ils acceptent tout, la solitude, l’absence du confort le plus élémentaire; les dangers d’une vie errante au milieu d’une contrée déserte» (3). Je crois qu’on peut dire que la population américaine conserve, à un degré extraordinairement élevé, des qualités paysannes, combattives et dominatrices qui lui donnent une certaine analogie avec les anciens ordres équestres. Un vieux colonel de la guerre de la Sécession exprimait la, même opinion quand il déclarait à Paul de Rousiers : «Nous sommes une race impérieuse » (4).
(4) PAUL DE ROUSIERS, 09. cit, page 281.
(2) PAUL DE ROUSIERS, 0. cit, page 111. — Cf. page 121.
(3) PAUL DE ROUSIERS, 0p. cit. page 144.
(4) PAUL DE ROUSIERS, 0p. cil., page 305. — Ailleurs il définit les Etats-Unis « pays de luttes outrancières, d’énergies indomptables et d’ambitions démesurées » (Les syndicats industriels, page 278). — Il ne faut pas négliger l'esprit d’exclusivisme qui provient des puritains et qui, d'après Paul de Rousiers, explique la dureté avec laquelle
L'instinct d’association est très ancien en Allemagne et s'oppose nettement aux sentiments quasiféodaux du Yankee; il me paraît historiquement se rattacher à des coutumes du servage (1); l’extrême discipline qui a toujours été exercée par l'Etat allemand, n’a fait que développer les idées de faiblesse individuelle, de soumission et de modération dans les ambitions que Paul de Rousiers signale dans les cartells. L'histoire de Carnegie est particulièrement propre à montrer au contraire le caractère féodal des ftrusts; les industriels américains qui avaient voulu conclure avec lui des accords, s'étaient « aperçus parfois qu’ils avaient favorisé ses desseins, sans participer à ses profits » (2); avec un tel homme né pour la domination pas de société équitable possible, Je crois que les explications précédentes suffisent pour montrer que trusts et cartells ont pour bases des conditions historiques nationales; on ne saurait donc en parler d’une façon abstraite, comme de systèmes économiques d’une application univer-
selle,
le Nord a traité le Sud et les illusions qui ont fait accepter si facilement le protectionnisme (La vie américaine, Ranches, fermes et usines, page 318).
(1) L'esprit d'association est fort développé len Amérique; mais ne se raltache ni au servage ni à la vie de couvent, ni aux mœurs militaires. Personne n’abandonne rien de sa personnalité dans l'association américaine, qui obtient de si remarquables succès dans la poursuite de fins du bien public.
(2) PAUL DE ROUSIERS, Les syndicats industriels, page 80.
Les grands banquiers américains ont un intérêt.
évident à faire croire à leur clientèle que les trusts
constituent la forme supérieure de l’industrie; ils peuvent ainsi pratiquer largement ce que les écono-
mistes de leur pays nomment le watering; ils pro-
fitent des illusions des petits capitalistes pour émettre beaucoup plus de titres qu’il ne serait nécessaire. Ils créent deux espèces d’actions : les actions de préférence (preferred stock) reçoivent généralement 7 p. 100 par préciput et si une année les profits ne permettent pas de leur attribuer cette rémunération, les détenteurs de ces titres exercent leurs droits sur les profits des années suivantes; — les actions ordinaires (common stock) reçoivent quelque chose quand les maîtres du trust croient utile d’intéresser le public à la spéculation sur ce papier. Le preferred stock sert à payer les industriels dont on achète les établissements; le common stock est censé représenter «les économies provenant de la concentration « (1). Les spéculateurs doivent donc
pousser les publicistes à faire miroiter aux yeux du .
public ces économies problématiques.
Cette littérature réussit assez bien parce que l'Américain est très facilement ébloui par le colossal.
(14) PAUL DE ROUSIERS, 0. cûi., pages 85-87. — Les administrateurs sont souvent disposés à employer les
sommes qui devraient revenir au common stock, en dé-
penses destinées à accroître la force de production. En
juillet 1900 les meilleures actions ordinaires du groupe .
métallurgique (celles du érust du fil de fer) étaient cotées
82 dollars, alors qu’elles avaient été émises à 100 cs
deux ans auparavant (pages 87-88).
DR Re OMS ENAP ER PENTIER NT ES CITE
Lorsque Paul de Rousiers visita pour la première fois les Etats-Unis, on lui parlait avec admiration de fermes mammouths où le blé était cultivé par des procédés de grande industrie; après beaucoup de pérégrinations, il finit par découvrir une terre de 22.000 hectares et une de 16.000 ; elles provenaient de concessions faites à des compagnies -de chemins de fer et les propriétaires en exploitaient une partie à titre de réclame, dans l’espoir d’attirer des colons; sur la plus grande il y avait seulement 6.000 hectares labourés au moyen de modestes charrues à chevaux et cette surface était divisée en cinq centres de culture (1).
Les Américains ont été émerveillés par le succès de la Standard Oil C° et du Sugar Trust; ils ont cru trop facilement que toute tentative de grand monopole devait engendrer de grands bénéfices : Paul de Rousiers a raconté comment les trusts du wyskey et du cordage durèrent peu de temps (2). Le succès du Sugar Trust tient, à peu près, tout entier aux tarifs des douanes qui empêchent la concurrence étrangère et que les chefs de l'opération ont dû payer très cher aux politiciens (?) ; Havemeyer qui est l’âme de ce monopole a affirmé devant une commission d'enquête que l’origine de tous les frusts était
(4) PAUL DE ROUSIERS, La vie américaine. Ranches, fermes et usines, pages 104-110.
(2) PAUL DE RoOUSIERS, Les industries monopolisées aux Etats-Unis, pages 218-223, pages 230-239. Dans le frust des cordages les malversations des financiers furent énormes.
(3) PAUL DE ROUSIERS, La vie américaine. Ranches, fermes et usines, pages 324-325.
| = la protection douanière (1). Cela n’est sûrement pas exact pour la Standard Oil Co: mais cette société a su 4 s'arranger avec les compagnies de chemins de ïer 4 pour qu’elles transportassent à très haut prix ou À avec de sérieux retards, les pétroles de ses concur-. rents et qu’elles ne laissassent pas traverser leurs. voies par des canalisations que ceux-ci pouvaient . êtré tentés de construire (2).
Si l’on admet la philosophie historique de Marx, on doit dire qu’en dépit de tous les bavardages de Kautsky et des admirateurs de Pierpont Morgan, les : trusts ne sauraient caractériser une ère de capita- | lisme supérieur à moins qu’il ne soit démontré que ces organisations, si déplorablement usuraires, font 4 naître des progrès iñcontestables dans les instru- . ments de production. Or voici ce que pensait Walker, le président de l’Institut technologique de Boston : : « Les trusts détruisent la concurrence et le pou- < voir inventif des individus (competition and the invention power of the people). Je les considère comme absolument pernicieux. Ils constituent une | véritable tyrannie et l’Amérique s’en débarrassera, comme elle sait se débarrasser de toutes les ty- rannies. Par quel moyen cela se fera-t-il, je ignore; . mais j’ai confiance dans la force énorme de l’opinion publique dans ce pays-ci » (3). Contre une opinion aussi autorisée, les admirateurs des trusts auraient !
(4) PAUL DE ROUSIERS, Les syndicats industriels, page a. 4 (2) PAUL DE ROUSIERS, Les industries monopolisées que Etats-Unis, pages 39-54.
(3) PAUL DE ROUSIERS, 02. Cil., page 5.
à apporter des preuves solides; mais ils ne l’ont pas fait. Pour utiliser tous les sous-produits du raffinage du pétrole, il faut de grands établissements, mais il y à loin d’une telle concentration au monopole de la Standard Oil Co; on ne voit pas quel progrès technique pourrait introduire le trust de l'océan dans l’art naval.
De nombreux socialistes américains ont salué avec enthousiasme les succès des trusts, parce que ceux-ci leur semblaient constituer un pas en avani dans la voie de la nationalisation des grandes industries (1); la chose paraît assez simple aux per- sonnes qui sont habituées à résoudre les problèmes historiques avec des formules abstraites; mais quand on considère les faits et les hommes, tels qu’ils sont en réalité, la bienfaisance socialiste des trusts n'apparaît plus aussi évidente qu’à Kautsky. Suivant l'hypothèse de Marx la bourgeoisie livrera à la révolution une industrie dans laquelle les usines seront soumises à une direction vraiment scientifique: on peut dire que dans le travail scientifique courant les individus sont à peu près interchangeables; il sera donc facile au régime socialiste d’entretenir une bonne administration de la production, grâce au concours de groupes dont les membres auront recu une sérieuse éducation scientifique, où les bonnes méthodes apprises dans les écoles seront continuellement appliquées et qui, par esprit de
(1) PAUL DE ROUSIERS, 0p. cit. page 3217.
corps, élimineront les non-valeurs. Le passage se.
fera donc par un pont économique dont il faut se garder d’ébranler la solidité, durant les années de préparation du socialisme. D’après l’hypothèse de Kautsky, ce pont économique n’existerait plus, puisque, jusqu’au dernier jour, le capitalisme industriel n’aurait pu donner à la science une place prédominante dans les usines; à un régime où les volontés de maîtres impérieux est si apparente, ne pourrait succéder qu’un socialisme d'Etat (1), dans
lequel des politiciens gouverneraient au lieu de financiers; mais les hommes que ceux-ci choisissaient :
comme auxiliaires, ne seraient certainement pas avantageusement remplacés par des bureaucrates; à des sortes de petits barons féodaux se substituweraient des personnages possédant la finesse, la souple docilité et le mépris de l'honneur dont firent jadis preuve les aristocraties protégées par les rois.
Les considérations précédentes tendent à nous montrer que la marche au socialisme ne se produira
(1) Au cours de la dernière guerre, les gouvernements bourgeois se sont laissés aller, en aveugles, à créer quantité d'institutions qui ont familiarisé les populations avec l’idée du socialisme d'Etat; c’est contre le socialisme d'Etat, bien plus que contre le capitalisme, que lies vrais marxistes devraient engager la lutte; cette lutte est d'autant plus
nécessaire qu’on ne voit pas comment on pourrait passer |
du socialisme d'Etat au socialisme prolétarien.
pas d’une façon aussi simple, aussi nécessaire et par suite aussi facile à décrire par avance que l’avait supposé Marx. Ses souvenirs hégéliens le conduiraient à admettre, sans qu’il eût généralement conscience, que l’histoire s’avance (au moins chez les peuples regardés comme doués d’une civilisation supérieure) sous l’influence de la force du mystérieux Weltgeist; cet agent idéal impose à la matière l'obligation de réaliser des suites dont l’ordonnance logique finit par être découverte par les hommes de génie; comme tous les romantiques, Marx supposait que le Weltgeist opérait dans les cerveaux de ses amis. Il y a une certaine part de vérité dans cette doctrine. Des histoires privilégiées (que l’on a souvent nommées providentielles) se prêtent assez bien à une division en périodes (1) susceptibles d’être définies, chacune par un caractère qui pourra entrer dans une ordonnance logique; un tel arrangement donne un corps à un ensemble d’événements passés que les philosophes trouvent trop intéressants pour admettre qu’ils puissent échapper complètement à l'intelligence; mais il faut se garder de prendre de
(1) Proudhon écrit le 23 janvier 1860 à Michelet : « Nous commençons la deuxième phase de notre révolution; je considère la première comme s'étant accomplie de Voltaire, Rousseau, Turgot à 1848; de Descartes à Hegel » (Correspondance, tome XIV, page 192). La nouveauté de 1848 viendrait donc d'influences hégéliennes et sans doute, ici Proudhon entendait revendiquer sa part dans cette revivification de l'idée révolutionnaire. Voilà une opinion qui doit paraître bien scandaleuse à nos sociologues patriotes, qui depuis 1914 ne cessent de vomir des anathèmes contre la philosophie de Hegel — qui en a vu bien d’autres.
374 APPENDICE If
telles combinaisons scolastiques pour des lois qui
s’imposeraient à l’avenir (1).
La prétention qu’affichait Marx de parler Sscienti- 4 fiquement de la marche au socialisme, est très défen- . dable si l’on admet, avec lui, qu’on est à la veille
d’une catastrophe mettant fin au régime bourgeois dont le maintien causerait de très graves dommages
à la société; le capitalisme, dès 1847, semblait à *
Marx assez usé pour qu’il fût devenu incapable de
produire de nouvelles phases de son développement
économique; aussi tout ce qui pouvait arriver jus-
qu’à l’heure de la révolution, devait appartenir à la dernière des catégories que l’étude du passé avait
permis de reconnaître. Les utopistes qui s’imagi-.
naient qu’une ardente prédication, en cultivant convenablement là volonté des bons citoyens, devait
conduire le monde à la réalisation de fantaisies
chères à leur cœur, lui semblaient être des ignorants,
incapables d’apercevoir les forces qui agissaiïient autour d’eux; les mécanismes sociaux (2) qui devaient entrer en jeu au moment de la révolution et immédiatement après elle, étaient ceux qu’une observation critique constatait à l’heure actuelle; raisonner sur
les effets des mécanismes dont les lois sont données
par les mouvements du temps présent, lui paraissait incontestablement faire une vraie œuvre de science.
(1) Cf. ce que j'ai dit plus haut à la page 245 et surtout dans les Matériaux d’une théorie du prolétartat (pages 23-24).
(2) Sur les mécanismes Sociaux, Of. G. SOREL, 0ÿ. cit.,
page 80.
Trente-cinq ans après la rédaction du Manifeste communiste, Marx ne percevait encore aucun changement essentiel survenu dans l’économie sociale de l'Europe. Longtemps avant qu’on ne parlât des trusts américains, les grands financiers avaient gagné des millions à fusionner les compagnies de mines ou de chemins de fer; ainsi avait été démontré que le capitalisme usuraire n’avait pas dit son dernier mot; quantité d’affaires qui auraient pu être excellentes, végétaient par suite des énormes dîmes perçues sur elles par leurs organisateurs. — Il ne semble pas que Marx ait discerné les graves raisons qui devaient donner aux idées de Lassalle la suprématie sur les siennes en Allemagne. — Des conséquences qu’entraînait à sa suite la guerre de 1870, étendant à tous les pays de culture germanique les principes de Frédéric-le-Grand, il n’a pas aperçu grand’chose. Ces illusions seraient difficilement explicables si on n’admettait pas que Marx abandonnaïit facilement le terrain de la philosophie expérimentale de l’histoire pour se laisser guider par la doctrine du Weltgeist; les mécanismes sociaux n'étaient plus des données empiriques, mais des agents de la force mystérieuse de l’histoire; il n’y avait plus à interroger l’histoire depuis qu’une étude savante du passé avait fait découvrir le mode moderne d’action du Weltgeist, — sans fixation de la durée de ce mode d'action. |
La guerre de 1914 a bouleversé toutes les idées qu'on pouvait se faire sur l'avenir de la social-
démocratie. L’armée allemande a été probablement moins vaincue par la stratégie des généraux de l’'Entente que par la ROpOsAnUe antinationale que lord Northcliffe était parvenu à y faire faire par les social-démocrates indépendants (1); l’empereur a abandonné la partie sans vouloir engager de luttes civiles, croyant que la social-démocratie serait mieux ménagée par les démocraties occidentales que ne pouvait l’être la monarchie des Hohenzollern; les social-démocrates ont cru qu’ils n’achetaient pas trop cher le droit de faire le bonheur du peuple allemand, en acceptant de grandes pertes territoriales, des humiliations sans nombre et la disparition des institutions militaires devant lesquelles nos hommes d'Etat avaient si longtemps tremblé (2). — Au point de vue du monde ouvrier le bilan du gouvernement socialiste n’est pas brillant : il a massacré des masses de travailleurs comme avaient fait Cavaignac en 1848 et Thiers en 1871; il a signé un traité qui condamne le prolétariat allemand à travailler peut-être un siècle pour engraisser les bourgeoisies de France et d’An-
(14) J'ai entendu raconter par un Français qui avait été prisonnier en Allemagne que dès la fin de 1917 on pouvait prévoir une catastrophe militaire, parce que l'autorité n’était plus respectée.
(2) En 1814 et 1815 les Bourbons n'ont pas eu à subir des conditions aussi dures et cependant on n’a pas cessé de leur reprocher, tant qu'ils ont été sur le trône, les traités de Paris. C’est cette peur de nos hommes d'Etat qui explique la rage avec laquelle ils humilient un ennemi aujourd’hui sans défense,
gleterre; il n’ose pas entrer en relations amicales avec la République des soviets parce que l’Entente ne lui permet pas de se rapprocher de la Russie, qui, suivant elle, a l’audace de braver les principes démocratiques. — Kautsky, qui habitué à rendre des décisions souveraines dans les congrès internationaux, s’imaginait qu’il serait le suprême arbitre de la paix, est tombé au rang d’un folliculaire de bas étage; il a dû se contenter d’exécuter les besognes louches qui conviennent aux ennemis de son pays et du prolétariat; nul ne déclame avec autant de violence contre les bolcheviks, que nos diplomates ont si peur de voir apparaître quelque jour sur le Rhin (1).
Tant de choses nouvelles ont été introduites dans le monde qu’on ne peut plus attacher grande valeur aux catégories qui, suivant Marx, devaient demeurer immuables jusqu’à la Révolution. Tout est livré désormais au désordre; rien n’est plus nécessaire, aucune prévision n’est possible. Je pense qu’il n’est pas inutile de mettre sous les yeux de mes lecteurs un important passage d’une lettre que Proudhon écrivait le 29 octobre 1860 à un médecin de son
pays :
(1) Les Indépendants suivent les mêmes voies que Kautsky; alors que les ouvriers voulaient empêcher le passage des armes et des munitions envoyées en Pologne par l'Entente, ies Indépendants trahirent la Russie des soviets (Humanité du 2 septembre 1920, d’après la Rothe Fahne. — En corrigeant cette épreuve, je lis dans l’Infor-
« Sous Louis-Philippe la dissolution sociale était déjà commencée et les esprits philosophiques ne pouvaient pas douter qu’une immense révolution ne fût commencée... Aujourd’hui la civilisation est bien réellement dans une crise dont on ne trouve qu'un seul analogue dans Phistoire : c’est la crise qui détermina l’avènement du christianisme. Toutes les traditions sont usées, toutes les croyances abo-
lies ; en revanche, le nouveau programme n’est pas
fait, je veux dire qu’il n’est pas entré dans la conscience des masses; de là ce que j'appelle la dissolution. C’est le moment le plus atroce de l'existence des sociétés. Tout se réunit pour désoler les hommes de bien: prostitution des consciences, triomphe des médiocrités, confusion du vrai et du faux, agiotage des principes, bassesse des passions, lâcheté des mœurs, oppréssion de la vérité, récompense au mensonge, à la courtisanerie, au charlatanisme et au vice. Je me fais peu d'illusions et je ne m’attends pas, pour demain, à voir renaître dans notre pays, comme par un coup de baguette, la liberté, le res-
pect du droit, l'honnêteté publique, la franchise de : lopinion, la bonne foi des journaux, la moralité du
mation du 27 janvier 1921 que Serrati accuse Lénine de juguler les Indépendants d'Allemagne au profit des partisans d'une guerre de revanche et que Moscou « n’a pas cessé de dénoncer les Indépendants comme des valets, léchant les bottes des généraux français ». — Il n’est pas très rare de voir dans des grands journaux italiens que les Indépendants serviraient d’informateurs au général Nollet.
Pr eee de à à >).
gouvernement, la raison chez le bourgeois et le sens commun chez le plébien (1). Non, non; la décadence et cela pour un temps dont je ne puis assigner le terme et qui ne sera pas moindre d’une ou deux générations, voilà notre lot... Je ne verrai que le mal, je mourrai en pleines ténèbres, marqué par mes antécédents du sceau de la réprobation dans une société pourrie» (2).
La situation est encore plus grave qu’en 1860 parce que nous sortons d’une guerre mère d'innombrables ruines. Supposant que Napoléon IIT pourrait bien lancer encore une fois la France dans des aventures,
(1) Un des grands chagrins de Proudhon était de voir les ouvriers se laisser prendre aux boniments Chauviniques du Siècle et de l'Opinion nationale. Le 27 octobre, il mande à Chaudey : « Prenez bien garde de vous laisser entraîner [dans lé Courrier du dimanche] par ce que j'appellerai l'humeur maitriolique et qui est la perte du patriotisme. Tout ce que vous faites de compte à demi avec l'Empire, ou dans la même direction que l'Empire, lui venant en aide, est mauvais pour la France, mauvais pour la civilisation : le silence, toujours le silence ! » (op. cit. tome X, page 187). Le vrai patriotisme auraït consisté suivant Proudhôon à combattre Napoléon III : le 4 août il écrit à Delhasse, à propos de manifestations faites en Belgique contre les projets annexionnistes de l'empereur : « Je m'en réjouis, considérant tout ce qui est anti-bonapartiste comme éminemment libéral, juste, humanitaire, républicain et même français » (page 124). L'idée d'Union sacrée lui aurait sans doute paru bien étrange.
(2) PROUDHON, loc. cit. pages 205-206. — En 1864, en . composant la Capacité politique des classes ouvrières, il sentit l’espérancé renaître dans son cœur; le 9 octobre, il annonce à Delhassé qu'il espère voir la débâcle de la bourgeoisie (tome XIV, page 65),
Proudhon disait le 27 octobre 1860 à Chaudey : «Ma conviction profonde est que nous entrons de plus en plus dans l’ère de dissolution et de trouble. Les tueries viendront et la prostration qui suivra ces bains de sang sera effroyable. Nous ne verrons pas l’œuvre du nouvel âge; nous combattrons dans la nuit; il faut nous arranger pour supporter cette vie sans trop de tristesse en faisant notre devoir. Aidons-nous les uns les autres ; appelons-nous dans l'ombre et chaque fois que l’occasion s’en présente, faisons justice : c’est la consolation de la vertu persécutée » (1). Ne nous étonnons donc pas de trouver partout, à l’heure actuelle, une effroyable prostration; ce phénomène est dans la nature des choses,
Nous pouvons dire de notre temps ce que Prou- Ihon disait à Michelet le 23 janvier 1860: « On ne sort de là que par une révolution intégrale dans les idées et dans les cœurs. Nous y travaillons, vous et moi, à la révolution; ce sera notre honneur devant la postérité, si elle se souvient de nous» (2). La socialdémocratie est aujourd’hui cruellement punie d’avoir combattu, avec tant d’obstination, les anarchistes qui se proposaient de faire naître une révolution dans les esprits et dans les cœurs.
(1) PROUDHON, 0p. cit, tome X, pages 187-188.
(2) PROUDHON, 0. cit, tome XIV, page 192. — Le 3 mai il écrira à un vieux camarade : «Donnons toute notre pensée; donnons-là avec calme et sérénité, et puis laissons faire. Nous ne pouvons rien de plus» (op. cit. tome X, page 47.
Il faut bien observer cependant qu’il existe aujourd'hui un fait historique énorme qui est propre à relever les courages des révolutionnaires; partout les travailleurs se sentent solidaires de la République des soviets, tandis que les bourgeoisies se sentent solidaires des antibolcheviks. Le pape, après avoir pris tant de précautions pour ne pas être accusé, durant la guerre, de sortir de la neutralité qui lui paraissait commandée par sa situation de père commun des catholiques, est intervenu le jour où la Pologne a été sérieusement menacée par les armées rouges; c’est qu'à ses yeux, il n’était pas question d’un désaccord intervenu entre deux républiques à propos d'intérêts tout temporels; les bolcheviks lui ont paru être des destructeurs de toute la civilisation à laquelle l'Eglise était adaptée, comme ies Albigeoïis avaient paru l’être aux docteurs orthodoxes du Moyen Age. Faute d’oser prêcher une croisade entre les nouveaux hérétiques, les chefs de la hiérarchie ont engagé les fidèles à prier pour obtenir que le ciel intervint en faveur de la Pologne (1).
(1) Le clergé français est persuadé que le ciel a manifesté clairement sa politique durant cette guerre : une première fois à la fin de juillet 1918, après que Foch eut voué ses armées au Sacré-Cœur et au mois d'août 1920 en donnant aux Polonais la victoire devant Varsovie. Il est donc établi expérimentalement que le ciel déteste les Allemands et les bolcheviks. Nos publicistes réactionnaires ne mettent pas en doute que les puissances infernales de l'Allemagne et de la République des soviets ne cessent de comploter contre la civilisation.
Quantité de grands hommes de la bourgeoïsie — comme l’héroique bourgmestre de Bruxelles et des charretées d’autres héros —— ont manifesté toute l’horreur que leur inspirait la conduite des ouvriers
qui refusaient de prêter leur main-d'œuvre pour l’en-
voi d’armes ou de munitions à Varsovie. D'autre part, les prolétaires, même en Angletrre où cependant la III Internationale de Lénine est assez peu populaire, se sont sentis solidaires de la République des soviets ; ils n’ont pas écouté les gens compétents qui prétendaient leur démontrer que dans le conflit russo-polonais le droït était du côté de la Pologne ; pour eux, comme pour le pape, il ne s’agit pas de politique internationale, mais de la question sociale posée dans toute l’Europe par le développement des conflits économiques.
Beaucoup de travailleurs se demandaient jusqu'ici dans quelle mesure n’auraient pas raison les écrivains qui représentaient la thèse absolue du socia-
lisme comme une littérature trompeuse : mais depuis :
bientôt trois ans les bolcheviks tiennent tête à l’Europe dans des conditions bien autrement difficiles que celles où s’était trouvée notre Convention ; il faut donc admettre que dans des conditions normales le socialisme pourrait être appliqué sans trop d’embarras.
Dans une lettre du 21 mai 1858, Proudhon disait à
son médecin Crétin que son livre De la Justice, tout en étant d’une lecture trop difficile pour devenir populaire, aurait cependant des résultats considérables: « Les profondeurs de la science en garantis-
MR Dr £ “ ke
sent désormais la certitude et c’est la certitude qui assure la rapidité de la marche. Or, combien faut-il de lecteurs pour faire passer cette certitude de la théorie en soi dans la conscience générale ? Quelques douzaines, pas davantage. Le reste attrapera ce qu’il pourra et ce qu’il saisira de la science lui garantira le reste (1). » Cette certitude dont Proudhon signalait si bien l’importance pour l’avenir du socialisme, est aujourd’hui acquise pour le peuple d’une façon bien autrement solide qu’elle ne pouvait l'être par | l’action, plus ou moins directe, d’un livre; elle résulte du spectacle que nous offre la République des soviets ; le sentiment du sublime qui ne meurt jamais dans l’âme populaire (2), ému par le récit des sacrifices prodigieux consentis par les bolcheviks, consacre la certitude du socialisme, déjà admis par l’intelligence.
L'exemple de la République des soviets a pour effet de, donner une confiance singulière aux partisans de l’intransigeance socialiste qui ont tant de peine à
(1) PROUDHON, 0p. cit, tome VIII, page 46. — Proudhon observe que la philosophie de la Révolution n'est pas soumise aux conditions scolastiques qui règlent la propagation des doctrines d’un Aristote ou d’un Kant. « Le peuple, dit-il, ne me lit pas, et sans me lire il m’entend. Son cœur jure par la Révolution.» Proudhon affirme iei que ses doctrines sont en parfaite concordance avec les sentiments de la classe ouvrière. Un auteur ne peut être appelé grand parmi les socialistes modernes, s’il ne mérite un tel jugement.
{2) C’est pour cela que l'âme populaire a toujours accueilli les chants, parfois maladroits, mais fortement sentis, de poètes que néglige la critique bourgeoise,
lutter contre les réformistes ; ceux-ci s’appuient sur les sentiments très peu sublimes qu’on rencontre le plus souvent dans nos âmes (1) et ils sont soutenus à des degrés divers par les chefs politiques de la bourgeoisie. Les conseils que Proudhon donnait à Chaudey le 24 juin 1860 pour la rédaction du Courrier du dimanche, sont encore aujourd’hui utiles à méditer: « Méfiez-vous de la petite opposition. Ne discutez pas avec le despotisme ; ne laissez pas croire que vous prenez sa légalité au sérieux et que vous songez à vaincre par la loi impériale. Vous vous rabaisseriez et, un beau jour, à votre insu, vous vous trouveriez pris au piège et humilié (2). En l’état où est la France, si l’on se met tout de bon à attaquer l'Empire à armes égales, il y en a pour cent ans. D'ici là, comme dit le fabuliste, tout le monde sera mort et le pays en pleine décadence. Ce qu’il faut, c’est une guerre énergique, c’est la presse clandes-
(1) Le 27 octobre 1860 Proudhon écrit à Beslay : «Je ne collabore pas au Courrier du dimanche; je ne le trouve pas assez énergique contre la France impériale » (op. cit., tome X, page 196).
(2) Dans une lettre du 27 octobre 1860 il dit à Chaudey : «Rien n’est plus facile, vous le savez, sous un pouvoir despotique, que de parler de choses sur lesquelles le blâme est défendu et où on n’a que la ressource du silence. On veut faire acte d'opinion, même acte d'opposition, on se flatte de rester indépendant; on a recours à mille ficelles, à mille petites rubriques; on prend des précautions oratoires; on fait des concessions; enfin et toujours, après avoir dit trop peu et très mal, on arrive à donner gain de cause à son adversaire» (loc. cit., pages 183-184).
tine, c’est la réprobation rendue manifeste; ce serait au besoin la conspiration (1); c’est enfin, quand il n’y a pas moyen de faire plus, le silence. Oui, le silence : quel silence n’en dirait cent fois plus que les harangues des Ollivier et des Jules Favre? (2) »
Je crois utile de reproduire ici les dernières lignes des Insegnamenti sociali della economia contemporanea : « Le christianisme naissant aurait pu, très probablement, obtenir la tolérance, comme tant d’autres cultes exotiques, comme le judaïsme (3), mais il a cherché à s’isoler; il a provoqué ainsi les défiances et même les persécutions. Ce sont les docteurs intransigeants qui ont empêché la nouvelle religion de prendre une place normale dans la société romaine. Il n’a pas manqué de gens sages qui traitent d’insensés Tertullien et tous ceux qui ne voulaient
(1) Proudhon n’eût pas été scandalisé par les articles 1 et 8 des conditions d’adhésion à la III Internationale posées le 26 juillet 1920 au Parti socialiste français par le bureau de Moscou : changer le caractère de la propagande en donnant à la presse une allure franchement révolutionnaire, — combiner l’action légale avec l’action illégale.
(2) PROUDHON, loc. cit, pages 85-86.
(3) I1 semble que cela aurait pu se faire d’autant plus facilement que le christianisme a eu à Rome des protections ou même des adhérents dans la haute société de très bonne heure. Si les grands auteurs ne parlent pas des chrétiens (comme Juvénal) ou en parlent d’une façon sommaire et embarrassée (comme Tacite), c’est, à mon avis, qu'ils tenaient à ménager les susceptibilités du monde où se recrutaient leurs lecteurs et où se rencontraient des amis de la nouvelle religion.
Se 1e
386 APPENDICE Il
accepter aucune conciliation. Aujourd’hui, nous voyons que c’est grâce à ces prétendus insensés que le christianisme a pu former ses idées et devenir le maître du monde, quand son heure fut venue. » (1).
(1) Lorsque j'ai écrit la marche au socialisme, je n'avais sous la main ni l'Introduction à l’économie moderne, ni le manuscrit de mon livre sur le pragmatisme. Je prie le lecteur d’excuser les redites qu’il observera en comparant le présent travail à ces deux ouvrages.
AN PROPOS TN TN ADR OO A SR EE US Lee 7 AVERTISSEMENT POUR LA SECONDE ÉDITION.........
I. Querelle des anciens et des modernes. — Question des bons modèles en religion et en littérature. — Les gens du monde contre Boileau. — Triomphe des bons ouvriers du langage......
IT. Mœurs de la fin du xvI° siècle. — Philosophie de Fontenelle. — Origines politiques des idées sur la nature. — Pascal contre le rationalisme superficiel. — Le cartésianisme et les gens du RAT RQ UTE LAON T AN UT AE PA PEN PA VOS SD ASS ME RS LA 2
III. Idée d’une pédagogie de l'humanité. — Les vulgarisateurs. — Condorcet conçoit l’instruction populaire sur un modèle aristocratique ; ses illusions relatives aux résultats de l'instruc- MITA PT Ne RON NL ER RENOE RSR AE in
I. Création des administrations royales. — Croissance d'une classe de commis. — Importance de la bonne administration. — Besoin de tranquillité, — Contrôle fiscal des Parlements....
II, Caractères de l'idéologie d’une classe de commis. — Grande iiberté laissée aux théoriciens. — Passage à la pratique en trois courants....
Page
IT. Théories contractuelles. — Obscurité du livre de Rousseau. — Raisons du succès d’une doctrine abstraite. — Origines des idées contrac-. tuelles et système de Locke. — Entente des associés. — La volonté générale. — Interprétations contradictoires du Contrat Social...... 92
IV. Les physiocrates. — Leurs conceptions administratives. — Leur théorie de la propriété et des fondations, — Succès de leur système juridique après 14 REVOIUUHOR 4 na LS ARS 108
V. Les gens de lettres. — Leur influence provient de la place que leur fait la noblesse. — Leur véritable rôle dans l'aristocratie. — Absence d'éRDPI CPIÉIQUE 2 Re Re TT de ER Ron
I. La science comme objet de curiosité. — Idées de Diderot.— L'Encyclopédie. — Connaissances générales nécessaires aux administrateurs. — Découvertes qui font concevoir de grandes
esDéraAnGes UN ren eee ve be a en 137 II. Application des mathématiques aux questions
sociales. — Illusions de Condorcet. — Raisons
de l'erreur commise alors. — Maintien d’une
fausse science des probabilités.............,.. 156
I. Prudence de Rousseau en présence des questions pratiques. — Audace croissante de Turgot. — Confiance que la Révolution américaine donne AUX HÉ0lDBMES: NE LES Rae se 173
II. Retour à la nature, — Importance des lumières. — Puissance transformatrice de l'éducation... 185
II. Littérature relative aux sauvages. — Descriptions du P. Charlevoix. — Indifférence pour l'état existant .......... A co AA eo
Pages
IV. Progrès économiques. — Nouvelles préoccupations des administrateurs. — Accroissement de l’audace révolutionnaire avec le progrès maté- Le a 2 OR RES r EE R CRTRTT PEX À RE 206
I. Discours de Turgot.— Différences avec Bossuet; préoccupations bourgeoises. — Formation du progrès au milieu des hasards. — Le progrès malerieL'au Moyen Age ti RUN LE 215
II. Défense de l’ordre nouveau par Mme de Staël. — Nouveaux principes de critique littéraire. — Fusion des civilisations. — Le SONORE ne LP DER Pa RE RE AS UE RAP LE A AE ue 228
III. Naissance de l’idée d'évolution à la suite des guerres pour l'indépendance des nations. — La formation historique du droit et la conscience juridique. — L'évolution est le contraire du TOR POS MALE CU RE RENE A LEE DER RE MANN LCI er 238
IV. Tocqueville et la marche nécessaire vers l'égalité. — Proudhon et les objections de Marx, — Abandon de l’idée de nécessité par Proudhon:
10 HrOBrOS MOTTE UN CARRE) PR ne nn 250
V. Le progrès dans la littérature démocratique. — Théorie de P. Lacombe : ses caractères naïvement illusoires ; ce qu’elle renferme d'aveux sur 1®#!: démocratie: 4,440, 265
VI. Le progrès réel ou progrès technique de la production. — Coup d'œil sur le progrès des machines. — Idéologie contemporaine........ 216
APPENDICE I. — Grandeur et décadence.
I. Evolutions cycliques des philosophes grecs. — La loi de régression apparente. — Significations des communismes des primitifs et des programmes socialistes ........ RS DU Dar DUB OT
II. Dégénérescence du droit : système pénal: — divorce; — influences des pratiques commerciales et de la richesse mobilière............
ITï. Les faits uniques dans l’histoire. — Raisons du droit romain. — La Renaissance et la Révolution française. — Vues générales sur les révolutions.
IV. Génie et médiocrité. — Arts de divertissement; corruption des arts d'éducation et de puissance. — Religions: rôle moderne de la médiocrité. — Philosophies.......,....... he