‹ Les illusions du progrèsChapitre 25 sur 27 · II. — La manufacture. — Réduction de l’ouvrier au rôle · texte numérisé non relu

II. — La manufacture. — Réduction de l’ouvrier au rôle

d’insecte, — La coopération libre de Marx, — Instruction professionnelle.

III. — Echelle du capitalisme tracée par Kautsky. — Trusts et cartells d'après Paul de Rousiers. — Goût de. Pisolement chez l'Américain. — Illusion des trusts. — Trusts ef socialisme.

IV. — À quelles conditions les prévisions de Marx étaient admissibles. — Incapacilé de la socialdémocratie. — La dissolution d’après Proudhon. — Renaissance du socialisme sous l'influence des idées bolchevistes.

Aux considérations que j’ai présentées sur l’évolution historique (pages 238-250) se rattachent étroitement les idées émises par Marx sur la marche au

CR

(1) Ce chapitre a été écrit en séptembre 1920. J'ai fort utilisé des idées que j'avais exposées dans le Saggi di crilica del martismo et dans les Insegnamenti sociali della economia contemporanea; mais le $ 1v est neuf.

socialisme ; jusqu’à ces dernières années on ne les avait jugées intéressantes que pour les glossateurs du Capital ; mais aujourd’hui elles jouent un rôle important dans les discussions qui sont engagées sur la légitimité historique du bolchevisme. Lénine est violemment accusé par les docteurs ordinaires de la socialdémocratie d’agir au mépris des lois que Marx aurait établies. Il y a donc un intérêt pratique sérieux à examiner quels sont les échelons économiques de la marche au socialisme.

Suivant Marx il y aurait existé trois capitalismes. « Le capital usuraire et le capital commercial sont des formes dérivées et ils se présentent dans l’histoire avant le capital sous sa forme fondamentale qui détermine l’organisation économique de la société moderne (1). » Aïlleurs il les nomme deux frères (2). Et voici un autre texte essentiel : « Dans la société précapitaliste l’usurier peut s'emparer de tout ce qui dépasse ce qui est absolument nécessaire à l’existence de celui à qui il prête... Le capitaliste

(4) Marx, Capital, tome I, page 70, col: 2. — C'est un principe général dans la théorie marxiste de la connaïissance que les phénomènes sur lesquels se fonde l’explication scientifique, apparaissent les derniers (page 80, col. 1). Dans le même ordre d'idées, Marx écrit : « Le problème éclot simultanément avec le moyen de le résoudre » (page 36, col. 1). Quand on admet ce principe, on doit trouver bien naïve la prétention des néo-scolastiques s’imaginant qu’une philosophie éternelle peut être fondée sur la petite quantité : de. données qu’avaient à leur disposition Aristote et saint Thomas. |

(2) MARX, 0. cit, tome III, 2° partie, page 164.

usurier [peut donc] s’emparer de la totalité de la plus-value ; il en résulte que le capital usuraire paralyse les forces productives au lieu de les développer et éternise cette situation misérable dans laquelle, contrairement à ce qui se passe dans la production capitaliste, la productivité sociale du travail est incapable de se développer par le tra-

vail et aux dépens du travail lui-même (1). »

a) Les anciens philosophes n'étaient pas en mesure d’adresser au capitalisme usuraire les reproches que lui adresse Marx ; mais ils estimaient que l'intérêt constitue un paradoxe économique, incapable d’être légitimé d’après les principes des sociétés de laboureurs, d’artisans et de petits commerçants ; la production du profit usuraire ne fait pas, en effet, appel à la responsabilité de l’homme (2). L’usurier ressemble fort au tenancier d’une maison de jeu: celui-ci spécule sur la folie d’une clientèle qui, après ‘ avoir perdu, s’obstine à tenter la chance dans l’espoir que l’avenir lui fournira les moyens de se remettre à flot ; l’usurier spécule sur la naïveté de

(1) Marx, loc. cit., pages 166-167. — Le capitalisme industriel ne cesse d'accroître son outillage qui lui permet d'accroître son profit et souvent aussi de dominer plus complètement le travailleur.

(2) Une formule populaire grecque établissait un rapprochement entre la génération de l'or par l'usure et la production du métal précieux attribuée au soleil; ainsi se trouvait introduit un matérialisme peu conciliable avec les tendances de la philosophie post-socratique.

pauvres gens qui s’imaginent qu’en se donnant beaucoup de mal ils parviendront à rembourser, même avec de fortes majorations, les avances que leur fait le capitaliste pour leur permettre d’attendre la vente de leurs produits. Une des pratiques les plus blämables de l’usurier est celle qui consiste à exiger la liquidation des dettes dans des moments où des difficultés économiques écrasent son débiteur ; il lui est alors possible soit de lui faire accepter des contrats plus léonins, soit même de s'emparer des gages.

Lorsque l’usurier au lieu de tyranniser les paysans

et les artisans, se borne à aider un commerce pros-

père, il acquiert rapidement l’honorabilité que les métropoles (surtout les maritimes) reconnaissent au grand négociant lui-même: les moralistes se mettent en frais pour justifier ses opérations (1) ; il arrive enfin un temps où les hommes d’Etat, éclairés par les économistes, regardent comme des œuvres de Ia plus haute utilité sociaie l’établissement de banques mettant normalement le capital d’argent au service du commerce (2).

Dans les pays où tf’activité économique faiblit, on assiste à une singulière renaissance du capitalisme usuraire ; il commandite les opérations que font des

étrangers moins endormis que ses nationaux ; On 4.

souvent reproché à la France d’être plus préoccupée

(1) Marx, loc. cit., page 165.

(2; La création de la Banque d’Angleterre (en 1694) fut regardée comme un chef-d'œuvre, qui eut pour résultat de rendre moins fructueuses les opérations des anciens usuriers (MARX, loc. cit. page 176).

de prêter son argent que de l’engager dans les industries fondées sur son sol. L'histoire moderne est

bonne à étudier à ce point de vue : « Les rapines et les violences vénitiennes, dit Marx, forment une des

bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui : Venise en décadence prêtait des sommes considéra- :

bles. A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du xXvII* siècle de sa suprématie industrielle et commerciale, se vit contrainte de faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l’étranger, et, de 1701 à

1776 spécialement à l’Angleterre, sa rivale victo-

rieuse. Et il en est de même à présent de l’Angleterre et des Etats-Unis (1). »

Les écumeurs actuels des Bourses ne procèdent pas d’une manière essentiellement différente de celle des anciens usuriers ; ils exploitent chez les bourgeois aisés les illusions qui livrent les pauvres gens aux rapaces détenteurs d’argent ; les différences matérielles énormes qui existent entre ces opérations, ne doivent pas nous empêcher de reconnaître les identités psychologiques. La Bourse est une véritable maison de jeu, dans laquelle les espérances les

(1) MaARX, 09. cif., tome I, page 338, col. 1. — Un agent de change de New-York disait à Paul de Rousiers : « Des syndicats de petits capitalistes anglais viennent acheter ici des affaires industrielles déjà créées et en plein fonctionnement, brasseries, w4cking houses [usines à viande], etc.; mais l'argent qu'ils apportent sert aux Américains pour lancer de nouvelles affaires sous le régime des private firms; le génie créateur demeure personnel » (La vie américaine. Ranches, fermes et usines, page 350).

plus fantaisistes se manifestent au seul profit du spéculateur qui ne les partage pas. Les lanceurs d’affaires ont l’habitude d'introduire les titres à un chiffre sensiblement plus élevé que leur valeur nominale et le bon bourgeois, qui a passé sa vie à écomomiser, se laisse prendre aux fallacieuses promesses qu’on lui fait; il s’imagine, sur la foi de prospectus mensongers que l’avenir produira d’énormes plus-values (1). Comme les merchés financiers sont souvent soumis à des bourrasques, les grands spéculateurs ont de multiples occasions de faire entrer dans leurs caisses les titres qu’ils convoitent et qui les rendent maîtres des meilleures affaires. Jadis on avait fait beaucoup de lois contre les usuriers, Sans grand succès ; les lois modernes qui ont pour but de réglementer les opérations de Bourse, ne semblent pas avoir eu jusqu'ici des résultats bien heureux ; il ne paraît pas vraisemblable qu’on puisse empêcher les écumeurs d’affaires de tromper leurs victimes au moyen de prospectus trop habilement rédigés ; la seule chose que lEtat soit

(1) Les énormes plus-values réalisées sur les actions du canal de Suez ont beaucoup contribué à faire tourner la tête de la bourgeoisie la moins disposée, par ses habitudes, à se lancer dans des opérations aléatoires. Les folies les plus extravagantes eurent beau être faites par de Lesseps, dans son entreprise de Panama, il fui toujours le grand Français, le glorieux perceur d'’isthmes, l'homme qui avait fait rayonner dans le monde entier le nom de sa patrie. Cette aventure est d'autant plus curieuse que leg bonnes banques parisiennes ne soutenaient que très mollement cette entreprise.

jusqu'ici parvenu à réaliser d’utile, a été d’intervenir dans les moments de crise pour amener les grandes banques à s’entendre entre elles pour limiter les effets du désastre (1).

b) — On peut dire que, si l’usure spécule sur les fantaisies de ses victimes, fantaisies que l’on trouve identiques au fond chez les bourgeoïs les plus éclairés et dans les populations les plus arriérées, le commerce raisonne sur des différences de prix susceptibles d’une appréciation extrêmement probable, soit entre différentes places (entre lesquelles on établira un transport de marchandises), soit entre les diverses époques de l’année (que le magasinage rend idéalement contemporaines dans les livres de commerce), soit entre les différentes manières de présenter les objets au public (par exemple: en gros et en détail).

L’usure et le commerce ont entre eux beaucoup de points communs, je vais en signaler quelquesuns qui sont très apparents. Généralement ils ne créent pas des établissements très durables; il est assez rare que le fils d’un usurier ou d’un commer-

(4) Généralement les grandes banques à capital énorme ne se livrent pas trop à la spéculation, qui peut compromettre la confiance absolue que le public doit avoir en elles; on peut donc dire qu’elles jouent un rôle modérateur des Bourses comme autrefois elles ont modéré les exigences des anciens usuriers. Les écumeurs fondent souvent des journaux pour attaquer nos puissantes sociétés de crédit qui leur barrent le chemin; il faut donc beaucoup se défrer des campagnes menées contre ces institutions.

344 APPENDICE Ii

çant possède les qualités de sang-froid, de conve- nable appréciation des probabilités, de constante application aux affaires qui ont assuré les succès du fondateur de la maison; les enfants se ruinent

presque toujours en voulant vivre d’une façon aris-

tocratique. Les usines, au contraire, grâce à une organisation bureaucratique qui ne cesse de se perfectionner, peuvent continuer à prospérer après la disparition du premier maître. — Pour obtenir des grands bénéfices, l’usure et le commerce ont besoin de prix élevés (1); c’est pourquoi les créanciers hypothécaires réclament des droits protecteurs; les frusts américains et les cartells allemands ont fort contribué à faire élever les tarifs des douanes. — L’usure et le commerce entreprennent souvent de créer la rareté, de manière à créer artificiellement la cherté (2); la vraie nature de l’industrie capitaliste est de créer l’abondance; ainsi s’affirme d’une façon très nette l’opposition qui existe entre le capitalisme industriel et les vieux capitalismes. :

(1) Au milieu du xix* siècle beaucoup de vieilles maisons de commerce abandonnèrent les affaires en France, parce que les grandes banques se mirent à pratiquer l'escompte à bon marché, les chemins de fer et les compagnies ‘de navigation à vapeur offrirent leurs services à tout le monde et les tarifs de transport devinrent modérés. Jadis au contraire les transports avaient été difficiles à organiser à grande distance et les escomptes entourés de mille précautions.

(2) D'après la loi de King un déficit de 10 p. 100 augmnenterait le prix unitaire de 30 p. 100 et par suite la valeur totale de près de 12 p. 100. ;

c) « Avant la production capitaliste, c’ést le commerce qui domine l’industrie ; l'inverse se présente dans la société moderne » dit Marx (1). -- Et il avait écrit un peu plus haut: «La loi suivant laquelle le développement autonome du capital commercial est en raison inverse du développement de la production capitaliste, se vérifie le plus clairement chez les peuples dont le commerce était un commerce d’intermédiaires (carrying trade). Les Vénitiens, les Génois, les Hollandais réalisaient avant tout du profit, non pas en exportant les produits de leur pays, mais en assurant l’échange entre des nations ou des communautés peu développées aux points de vue économique et commercial, par conséquent en exploitant les pays producteurs. Leur capital commercial avait une existence propre et était nettement séparé des branches de production auxquelles il servait d’intermédiaire. Le monopole de ce rôle d’intermédiaire et le commerce auquel - il donnait lieu, déclinèrent à mesure que se développèrent économiquement les peuples dont l’exploitation l’alimentait; et ce fait qui se manifeste, non seulement par le déclin de quelques branches de commerce, mais par la décadence des peuples purement commerçants, prouve incontestablement que le développement de la production capitaliste a pour conséquence la subordination du capital commercial au capital industriel » (2). :

| (4) Marx, 09. cit. tome III, 1° partie, page 363. (2) Marx, loc. cit, pages 361-362. — Cette évolution se

Ainsi se trouve établie l’échelle marxiste du capitalisme, partant de l’usure pour atteindre la grande production moderne, en passant par le commerce. Nous avons à nous poser maintenant une grosse question dont les interprètes orthodoxes de Marx ne semblent pas s’être beaucoup occupés : faut-il considérer les trois moments comme successifs (ou tout au moins destinés à refouler dans une région d’impuissance historique les moments antérieurs); — ou bien faut-il les regarder comme susceptibles de conserver indéfiniment leur droit à l’existence, les modalités de celle-ci étant déterminées par des occurrences nationales.

On sait qu’un problème analogue divise les commentateurs de Hegel : les uns disent que, d’après le maître de Berlin, les deux premiers moments de l'esprit libre (art et religion) doivent disparaître quand la philosophie aura pris son entier développement (1); — les autres soutiennent que l’art, la reli-

traduit encore dans l'histoire de l'Angleterre par le fait que «la classe des commerçants et les villes commerciales [y furent] politiquement réactionnaires et alliées à l’aristocratie foncière et financière contre le capital industriel. I1 suffit pour en être convaincu de comparer le rôle politique de Liverpool à celui de Manchester et de Birmingham. Le capital commercial et l’aristocratie financière (monneyed interest) anglais ne se sont rendus à l'évidence et n'ont reconnu la suprématie du capital industriel que depuis la. suppression des droits d'entrée sur les céréales » (page 860).

(4) Cette première interprétation a été adoptée par Benetdetto Croce (Ce qui est vivant et ce qui est mort dans la philosophie de Hegel, trad. franç., page 106).

gion, la philosophie peuvent coexister. Marx acceptait la première interprétation; en effet on lit dans le Capital : « Le monde religieux n’est que le reflet du monde réel. Le reflet religieux du monde réel ne pourra disparaître que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique présenteront à l’homme des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature (1). » Marx suppose évidemment que les philosophies de l'esprit et de la nature, telles que les avait conçues Hegel, seraient appelées à se manifester complètement, aux dépens de la religion.

Cette interprétation de la pensée hégélienne a conduit Marx, dans sa lettre de 1875 sur le programme de Gotha, à prévoir qu’à la suite du renversement du régime capitaliste surgiraient, l’un après l’autre, un régime où régnerait le principe dit collectiviste d’après lequel chaque producteur recevrait une rémunération proportionnelle à son travail — et un régime communiste où chaque citoyen serait à même de satisfaire ses besoins. Ce sont là des vues de l’esprit, sur lesquelles on peut discuter indéfiniment; on doit cependant observer que la conception marxiste de l'esprit libre a contre elle toutes les inductions que fournit l’histoire; tout ce qu’on observe tend à montrer que l’art et la religion ne sont pas appelés à disparaître. Saverio Merlino avait donc le droit de soutenir que les principes collec-

(4) MARX, op. ci., tome I, page 31, col. 2.

tivistes et communistes ne sont pas exclusifs l’un de l’autre et que tous les deux sont appelés à se rencontrer dans la société capitaliste, depuis que tous les Etats entreprennent des réformes sociales (1). Les mêmes préjugés hégéliens ont inspiré à Marx l’idée d’une échelle technologique de la production moderne, aboutissant à la disparition des entreprises modestes que devait écraser l’industrie concentrée en gigantesques établissements, Il est certain: que, dans beaucoup de cas, la concentration industrielle représente un moment supérieur de la technique; mais j'ai dit plus haut (page 281) que les marxistes avaient généralement omis de remonter aux bases de cette supériorité (2); ils ont raisonné d’une façon abstraite, en admettant la supériorité de ce qui les émerveillait par l’énormité de ses dimensions. Les socialistes semblent d’accord aujourd’hui pour reconnaître que la concentration ne s’impose pas à l’agriculture comme à Ia métallurgie; mais, à la manière dont ils parlent de la petite propriété rurale, on voit qu’ils ne comprennent pas grand’ chose aux raisons techniques de sa prospérité; ils

(4) SAVERIO MERLINO, Formes et essence du socialisme. L'édition française est de 1898. Les socialistes qui rejetaient la théorie catastrophique de Marx auraient dû accepter avec empressement les doctrines de Saverio Merlino; mais nos réformistes étaient trop inintelligents pour comprendre les idées du socialiste italien.

(2) Cette supériorité est remarquable, comme je l'ai dit à la page 280, chaque fois qu'on a intérêt à économiser de la chaleur. C’est un point sur lequel j'ai souvent appelé l'attention.

demeurent asservis aux préjugés que Marx avait empruntés à l’enseignement hégélien (mais ils n’en apercoivent pas la nature).

L'idée biologique qui se trouve dans la conception romantique de l’évolution, rend invraisemblable tout retour aux formes de l’enfance d’une société (1). Marx pensait que la production étant parvenue au moment où le commerce est subordonné à l’industrie, on nereverrait jamais reparaître, dans un pays en voie de sérieux progrès, les formes qu’il nommait antédiluviennes ; cependant on a vu en Amérique l’usure conquérir, sous le nom de frusts, une place énorme dans l’économie américaine. Il n’aurait jamais supposé que les grandes usines puissent être remplacées par le travail des modestes ateliers familiaux; cependant, à l’heure actuelle, on se demande si l’emploi de petits moteurs électriques n’est pas capable de provoquer (dans certaines régions au moins) cette transformation (2). Il convient de se faire de l’échelle

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(1) L’obstination avec laquelle Kautsky a défendu la loi de la prolétarisation croissante tient à ce qu’il ne voulait pas admettre un recul d’un régime social que Marx avait signalé comme formant un moment important au point de vue de la marche vers le socialisme. — Dans la Misère de la philosophie Marx dit que le coton a chassé la laine et le lin; les pommes de terre, le pain de froment: l’eau-devie, les vins; et que «le coton, la pomme de terre et l’eaude-vie sont les pivots de la société bourgeoise » (page 82). I1 est probable qu'il regardait l’usage de ces trois produits d'espèce inférieure comme caractérisant un moment irréversible de l’évolution bourgeoise.

(2) I y a déjà longtemps que Reuleaux a affirmé que les machines à air chaud, à colonne d’eau, à gaz de pétrole,

du capitalisme une idée moins rigoureuse que celle qu’en avait Marx.

Nous allons maintenant examiner comment Marx se représentait l’échelle de l’organisation du travail dans les temps modernes.

a) Tout à fait à l’origine, les D achètent les matières premières, les confient à des ateliers familiaux pour les façonner suivant des tarifs qui donnent lieu à de grandes contestations, à cause de la mauvaise foi des entrepreneurs (1), et les vendent, tantôt dans des foires du pays, tantôt à de puissants négociants établis dans les métropoles commerciales. Ce régime auquel Le Play a donné le nom de régime de la fabrique collective, montre, d’une façon particulièrement crue, le rôle du commerce dans cette vieille industrie. Le marchand (que l'usage est d'appeler fabricant, quoiqu'il ne fabrique rien) est l’homme qui pense pour tout un groupe de produc-

susceptibles d’être établies dans de très bonnes conditions pour des forces de 1 à 3 chevaux, doivent être rangées «parmi les plus importantes des machines modernes et

considérées comme portant en elles les germes d’une trans-.

formation complète d’une partie de l’industrie » qui revien-

drait à un régime de métiers (Cinématique, trad. franç.

pages 559-561).

(1) Les erreurs volontaires sur le métrage des filés et l'appréciation arbitraire des malfaçons donnaient lieu à des abus scandaleux qui provoquèrent plusieurs fois des révoltes ouvrières.

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