DEUXIÈME VOYAGE DE CHAMPLAIN EN CANADA
Quoique M. de Monts eût subi de grandes pertes dans son expédition en Acadie, il conçut de nouveaux desseins dont il s'ouvrit à Champlain qui lui conseilla “ de s’aller cette fois loger dans le grand fleuve St-Laurent où le commerce et le trafic pouvaient faire beaucoup mieux qu'en l’Acadie.”
M. de Monts goûta fort la sagesse de ce conseil et ayant obtenu le privilège exclusif de la traite pour un an, il équipa deux vaisseaux, au printemps de 1608. L’un, amenant Pont-Gravé, “ député pour les négociations avec les sauvages du pays, prit les devants pour aller à Tadoussac ; Champlain, que M. de Monts honora de sa lieutenance, partit après lui avec toutes les choses nécessaires à une habitation.”
Champlain arriva à Québec le 8 juillet 1608, ‘où étant, dit-il, je cherchai le lieu propre pour notre habitation ; mais je n’en pus trouver de
andes *onçut Jhamloger merce mieux
à conde la ux, au xravé, Lvages 1SSAC ; de sa 2s les
1608, pour er de
plus commode, ni de mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelée des sauvages, laquelle était remplie de noyers.”
Pendant qu'une partie des ouvriers abattent les arbres, scient le bois, creusent les fondations et les caves de l'habitation, les autres vont chercher à Tadoussac le reste des approvisionnements.
À ce moment Champlain faillit être assassiné par un nommé Jean Duval, dégoûté du travail et mécontent de la nourriture. Il avait entrainé dans son complot quatre autres ouvriers, et ils cherchaient l’occasion de l’exécuter quand un des conjurés, Antoine Natel, le fit connaitre. Jean Duval jugé et condamné à mort par une espèce de jury, institué par Champlain, fut exécuté ; les autres envoyés en France pour y subir leur procès. “ Depuis qu’ils furent hors, tout le reste se comporta sagement en son devoir.”
Champlain choisit Québec pour y établir son habitation, d'abord parce que ce lieu n’était pas très éloigné de Tadoussac où s’arrêtaient au printemps les vaisseaux venant de France; de plus, parce que Québec lui offrait une position unique pour s’y fortifier, et pouvant résister à n'importe quel coup de main. “Ce site, dit M. l'abbé Ferland, convenait admirablement au dessein de Champlain de créer et d'organiser une France nouvelle en Amérique. Placé à cent trente lieues de l'embouchure du Saint-Laurent, Québec possède un havre magnifique qui peut
contenir les flottes les plus nombreuses, et où les plus gros vaisseaux peuvent arriver facilement de la mer. A ses pieds coule le grand fleuve, qui fournit une large voie pour pénétrer jusqu'au centre de l'Amérique septentrionale, Sur ce point, le Saint-Laurent se rétrécit considérablement, n'ayant plus qu'un mille de large ; de sorte que les canons de la ville et de la citadelle peuvent foudroyer les vaisseaux qui tenteraient de franchir le passage. Québec est donc la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de huit cents lieues ; il est la sentinelle avancée de l'immense empire français que rêva Louis XIV, et qui devait se prolonger du détroit de Belle-Ile jusqu’au golfe du Mexique.”
Au mois de juin 1609 les Montagnais auxquels se joignirent les Algonquins et les Hurons rappelèrent à Champlain la promesse que lui et M. de Pont-Gravé leur avaient faite de les aider contre leurs ennemis les [roquois. Tant pour tenir cette promesse que pour continuer ses découvertes, Champiain avec vingt hommes, montés sur une chaloupe, suivit les sauvages alliés. Aider, en ce moment, ces sauvages dans leur guerre contre les [roquois, c'était s’en faire des amis ; leur refuser assistance, c'eut été au contraire s’en faire des ennemis irréconciliables.
La petite troupe remonta la rivière des Iroquois, et s’avança assez loin dans le lac, depuis lors appelé lac Champlain. |
Le 29 juillet au soir on se trouva en présence
est nelle rêva troit
auxrons ui et ider pour ses mes, ages lans faire au les.
Iro- Juis
nce
des Iroquois. ‘“ La nuit se passa en danses et en chansons, avec une infinité d'injures de part et d'autre.” Le jour venu, les ailiés débarquèrent, en ayant soin de tenir les Français cachés pour mieux surprendre les Iroquois, qui, au nombre de deux cents, s'avançaient avec assurance, ayant trois de leurs chefs à leur tête. Les armes à feu dont disposaient les Français et dont les [roquois ne connaissaient pas l'usage donnaient aux alliés une grande confiance, Champlain “leur promit de faire ce qui serait en sa puissance, et de leur montrer, dans le combat, tout son courage et sa bonne volonté.” Et il tint parole ; dès que les deux armées furent à portée, Champlain s’avança jusqu’à trente pas des ennemis et d’un coup d’arquebuse tua deux des chefs et blessa grièvement un [roquois. Ce résultat, si étonnant pour eux, les effraya grandement ; leur frayeur fut à son comble, quand un autre Français tira un coup d’arquebuse. Ils prirent la fuite dans le plus grand désordre, laissant une douzaine de prisonniers.
A l'automne, Champlain, ayant reçu de mauvaises nouvelles de M. de Monts, dont le privilège venait d’être révoqué, se décida à passer en France, en laissant pour commander à sa place à Québec “ un honnête homme, appelé le capitaine Pierre Chavin, de Dieppe.”
D'après le rapport de Champlain sur ses nouvelles découvertes et sur les bonnes dispositions des sauvages, M. de Monts, quoiqu'il ne réussit
pas à obtenir un nouveau privilège de traite, résolut de continuer l'habitation à Québec et de ‘parachever de découviir dans le grand Saint- Laurent, suivant les promesses des Hurons, à la charge qu'on les assisterait dans leurs guerres.” Champlain dut repartir ; et M. de Monts remit tout à sa discrétion.