ARRIVÉE DES PREMIERS JÉSUITES EN CANADA, ET RETOUR DE CHAMPLAIN
Champlain s'embarqua à Dieppe pour retourner à Québec, où il arriva le 15 juillet 1625. Il trouva tous les hivernants se portant bien, mais les constructions très peu avancées. Ce retard venait de ce que les ouvriers étaient employés “aux plus beaux et longs jours de l'année,” à l'entretien du bétail, pour lequel il fallait aller faire du foin à près de dix lieues de Québec. Pour remédier à cet inconvénient, Champlain établit auprès du Petit-Cap une habitation de deux logis et une étable, et alors le soin des bestiaux ne demandait plus que quelques personnes.
Il fit agrandir ensuite le fort pour pouvoir “ y retirer dans un cas donné tous les habitants ‘“ de la place.” Il s’occupa après des réparations urgentes à l'habitation et au magasin.
Cette même année, arrivèrent à Québec les cinq premiers pères jésuites qui venaient ap-
porter leur assistance aux récollets. Les premiers temps de leur séjour, ils l’employèrent, suivant la relation de 1626, ‘ à nous reconnaître un peu dans le pays, et à chercher quelque lieu propre pour y établir notre demeure, afin de témoigner aux RR. PP. récollets que nous désirons les délivrer au plustôt de l’incommodité que nous leur apportons. Après avoir bien considéré tous les endroits, et après avoir pris langue des Français et principalement des récollets, le ler jour de septembre, nous plantämes la sainte croix au lieu que nous avions choisi avec toute la solennité possible, Les révérends pères récollets y assistèrent avec tous les Français.”
L'hiver de 1626-27 fut très long, et il y mourut le premier français, Louis Hébert, des suites d’une chute.
Vers la fin de juin 1628, les vaisseaux n'étaient point encore arrivés de France, et les provisions commençaient à manquer à Québec.
De plus aucune barque n’y avait été laissée et il ne s’y trouvait également ni matelots, ni mariniers.
Québec était dans ce triste état lorsqu'une flotte anglaise, conduite par trois husuenots français, David, Louis et Thomas Kertk, qui avaient quitté la France pour se mettre au service de l’Angleterre, vint aggraver la situation.
Dès qu'on apprit à Québec que les Anglais avaient détruit la petite habitation du cap Tour-
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mente, Champlain fit réparer les retranchements de l'habitation et entourer le fort de barricades ; il disposa ensuite sa petite garnison aux endroits les plus menacés.
Le lendemain, 10 juillet, on aperçut dans la rade une chaloupe dont les matelots apportaient à Champlain une lettre de David Kertk, l'invitant à rendre la place. Cette lettre, ayant été lue par Champlain devant les principaux habitants, on décida que si l'Anglais “ avait envie de nous voir de plus près, il devait cheminer et non menacer de si loin.” Les Kertk, qui croyaient Québec en meilleur état de résister, jugèrent prudent de ne pas aller plus loin ; ils se retirèrent après avoir brûlé ou pris toutes les barques restées à Tadoussac.
S1 les vaisseaux de la nouvelle compagnie des Cent-Associés eussert pu arriver à Québec, y apportant toutes les ressources dont le pays avait tant besoin, le Canada était sauvé. Malheureusement le commandant, M. de Roquemont, ne sut pas éviter les Anglais ; il remonta le fleuve et attaqué par des forces supérieures, il fut défait, perdant tous ses approvisionnements.
Par cette défaite Québec était menacé d’une grande famine, car on ne devait pas avoir de secours avant dix mois. Malgré les funestes appréhensions qui le torturaient, Champlain ne fut pas au-dessous de sa tâche. Il exhorta ses compagnons à la patience et au courage; pré-
chant d'exemple, il se soumit comme tout le monde au plus dur, Le peu de grains récoltés par les récollets, les jésuites et la famille Hébert, joint à la pêche et à la chasse, empéchèrent les habitants de mourir cle faim pendant l'hiver.