ARRIVÉE DU P. DE BRÉBEUF EN CANADA
Jean de Brébeuf, d’une famille noble du diocèse de Bayeux, Normandie, naquit le 25 mars 1593, et entra dans la compagnie de Jésus le 5 octobre 1617. Il fut du nombre des cinq premiers missionnaires jésuites qui vinrent avec Champlain en Canada, et qui en 1625 firent construire la première résidence des pères jésuites sur la terre canadienne, près Québec.
Tout l'hiver de 1626, d'octobre au mois de mars, le P. de Brébeuf le passa chez les sauvages, à vingt-cinq lieues de Québec pour ap-
prendre leur langue. Peu après son retour à Québec, le supérieur reconnaissant ‘ les talents que Dieu lui avait départis,” l’envoya chez les Hurons à 300 lieues de Québec, Il n'y arriva pas sans peine, car les sauvages voulurent plusieurs fois le faire débarquer du canot où il avait pris place sous prétexte qu'il était trop chargé. À force de présents, il triompha de ce mauvais vouloir, et Dieu l’emporta sur le diable.”
Le révérend père commençait à connaitre assez la langue des Hurons pour se faire comprendre lorsque l’arrivée des Anglais, en 1632, le contraignit à quitter ces pauvres sauvages sur lesquels il exerçait déjà une salutaire influence : “ Ecoute, lui dirent-ils, tu nous as dit que tu avais un Père au Ciel qui avait tout fait et que celui qui ne lui obéissait pas était jeté dans les feux. Nous t’avons demandé d'être instruits, et tu t'en vas, que ferons-nous ? ” Un capitaine l’aborde par ces paroles : “ Æ£chom, je ne suis pas baptisé, et tu t’en vas, mon âme sera donc perdue ? Que ferai-je à cela ? Tu dis que tu reviendras ; va-t-en donc, et prends courage, reviens avant que je meure.” Tels étaient les indices d’une heureuse et abondante moisson, récompense des travaux du dévoué apôtre.
Mais Dieu qui avait réservé ce champ fertile à l’activité et à la charité du père de Brébeuf ne le tint pas longtemps éloigné du Canada.
LE R. P. JEAN DE BRÉBEUF 11 ur à Le 22 mai 1633, il arrivait de nouveau à Québec lents sur un vaisseau qui portait aussi M. de Chamz les plain. À son entrée dans la résidence des rriva jésuites, le père fut reçu avec des transports de plu- joie par scs confrères et par quelques sauvages vu il qui se trouvaient avec eux.
trop Le P, de Brébeuf avait hâte de reprendre ses a de travaux apostoliques qui lui avaient déjà donné r le tant de promesses et de se retrouver parmi les
Hurons. Aussi, au mois de juillet 1634, s'embar-
aître qua-t-il avec le P. Daniel pour se rendre aux com- Trois-Rivières, à trente lieues de Québec, afin 632, ; d'y attendre les Hurons qui y descendaient pour rages la traite. Ils y vinrent cette année bien moins in- nombreux que les années précédentes, par suite sdit d'une grande défaite qu'ils avaient essuyée t fait dans une rencontre avec les Iroquois. Ce ne jeté fut qu'après des pourparlers réitérés, et avec de l'être grandes difficultés, que les Hurons voulurent " Un recevoir dans leurs canots les pères de Brébeuf, m, je Daniel et un de leurs hommes. Le voyage fut sera très pénible, rempli de privations et de dangers, 1 dis mais enfin les voyageurs arrivèrent au pays des ends Hurons le 5 août, au village de Toanché où le Tels P. de Brébeuf était déjà connu. Mais, comme lante le dit le révérend père lui-même, il paraît que voué les Hurons avaient oublié l’aide qu'il leur avait donnée dans leurs maladies et les belles pro-
rtile messes qu'ils lui avaient faites lors de son débeuf part, car, après l’avoir débarqué avec quelques
Lada. ornements d'église, ils l’abandonnèrent tout
seul sans vivres et sans cabane, et s'enfuirent vers leurs villages, éloignés de plus de sept lieues. Le père eut beau prier ces sauvages de l'accompagner au village, ou de rester à garder les paquets pendant qu'il irait à la découverte, ils furent sourds à ses prières.
Après avoir remercié Dieu des grâces et des faveurs reçues pendant le voyage, et imploré sa protection dans ce nouveau péril, le P. de Brébeuf, prenant avec lui ce qu'il avait de plus précieux, se mit à la recherche du village qu'il rencontra à trois quarts de lieue. Dans le trajet il vit “avec attendrissement et ressentiment le lieu où il avait habité et célébré le saint sacrifice trois ans durant, converti en un beau champ.” Le père arriva enfin au village. Dès qu'il fut aperçu et reconnu, on cria: “ Voilà Echom revenu ”, tout le monde sortit pour le saluer, et on lui disait: ‘“ Quoi, Echom, mon neveu, mon frère, mon cousin, es-tu donc revenu.” Après avoir pris son logement chez un Huron, Aouandoïè, le père accompagné de jeunes volontaires, fut chercher ses bagages. Il demeura dans ce logis avec le P. Daniel et un de leurs hommes pendant un mois, attendant que leur cabane fut prête. ‘“ Ces cabanes, dit le P. de Brébeuf, ne sont ni des Louvres, ni des palais, ni rien de semblable aux riches bâtiments de notre France, non pas même aux plus petites chaumines ; c’est néanmoins quelque chose de meilleur et de plus commode que les taudis des
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Montagnais. Je ne vous saurais mieux expriaer la façon des demeures Huronnes, que de les comparer à des berceaux ou tonnelles de jardin, dont au lieu de branches et de verdure, quelques-unes sont couvertes d'écorce de cèdre, quelques autres de grosses écorces de fresne, d'orme et de sapin, et quoique celles de cèdre soient les meilleures suivant l'avis et l'usage le plus commun, il y a néanmoins cette incommodité qu’elles sont quasi aussi susceptibles du feu que des allumettes, d'où procède l’embrasement de bourgades entières... Il y a de ces cabanes de diverses grandeurs. La largeur ordinaire est de quatre brasses et la hauteur est presque pareille. Il n’y a pas de divers étages ; il ne se voit ici ni cave, ni chambre, ni grenier. On n’y voit d'autre fenêtre ou cheminée, qu'un méchant trou au haut de la cabane, qu’on y laisse à dessein pour chasser la fumée.”