DÉTAILS SUR LES HURONS DONNÉS PAR LE PÈRE DE BRÉBEUF
Le Rév. père donne dans sa Relation des détails intéressants sur le pays, les mœurs, les coutumes des Hurons, et sur les dispositions qu'ils ont envers la Foi.
“ Le pays des Hurons n’est pas grand, sa plus longue étendue sc peut traverser en trois ou quatre jours; l'assiette en est belle, la plupart toute en plaine. Il est environné et entrecoupé d'une quantité de très beaux lacs ou plutôt mers; d’où vient que celui qui est au nord est appelé mer douce. Son sol est tout sablonneux, quoique non également. Cependant 1l produit quantité de très bon blé d'Inde, et on peut dire que c'est le grenier de la plupart des Alæonquins. [Il y à vingt bourgades, où se parle la même langue. Cette langue est commune à douze autres nations, toutes sédentaires et nombreuses. Les Hurons sont amis de tous ces peuples excepté de ceux que nous désignons sous le nom d’Iroquois.
“ Il est si clair et si évident, qu’il y a une divinité qui à fait le ciel et la terre, que nos Hurons ne la peuvent entièrement méconnaitre.
Et quoique 1ls aient l'esprit très obscurci des ténèbres d’une longue ignorance, de leurs vices et péchés, ils en voient pourtant quelque chose. Mais ils se méprennent lourdement et, ayant la connaissance de Dieu, ils ne lui rendent pas l'honneur, ni l’amour, ni le service qu’il convient; car ils n’ont ni temples, ni prêtres, ui fêtes, ni aucunes cérémonies.
‘“ Ils disent qu'une certaine femme, nommée Eataentsic, est selle qui a fait la terre et les hommes. Ils lui donnent pour adjoint un certain Jouskeha, qu'ils disent être son fils avec lLe-
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quel elle gouverne le monde; ce Zouskeha à soin des choses qui concernent la vie, et rar conséquent, ils disent qu'il est bon; Eataentsic a soin des âmes, et parcequ’ils croient qu’elle fait mourir les hommes, ils disent qu'elle est méchante. Et-ce sont parmi eux des mystères si cachés, qu'il n’y a que les vieillards qui en puissent parler avec crédit et autorité. Quelquesuns me disent que la maison de ces deux divinités est au bout du monde vers l'Orient; or chez eux le monde ne passe pas leur pays, c’està-dire l'Amérique.
“ Ce dieu et cette déesse vivent comme eux, mais sans souffrir de disette ; ils font des festins comme eux, sont lascifs aussi bien qu'eux ; bref tous se les figurent comme ils sont euxmêmes. Et encore qu'ils les fassent hommes et corporels, ils semblent néanmoins leur attribuer une certaine immensité en tous lieux. [ls disent que cette ÆEalaentsic est tombée du ciel, où il y a des habitants comme ici, et que quand elle tomba, elle était enceinte. Que si vous leur demandez qui a fait le ciel et ses habitants, leur seule réponse est qu'ils n’en savent rien. Ei quand nous leur prêchons un Dieu créateur du ciel et de la terre et de toutes choses : de même quand nous leur parlons d’un enfer et d’un paradis et du reste de nos mystères, les opiniâtres répondent que cela est bon pour notre pays et non pour le leur; que chaque pays a ses façons de faire. Je trouve dans leur mariage deux
choses qui me plaisent fort: l’une qu'ils n'ont qu’une femme, l’autre qu'ils ne se marient point à leurs parents en ligne directe ou collatérale. Il y à d’ailleurs assez à y reprendre, quand ce ne serait que le fréquent changement que les hommes font de leurs femmes et les femmes de leurs maris. [ls croient à l’immortalité de l'âme, qu'ils croient être corporelle. Toute la plus grande partie de leur religion consiste en ce point. Ce ne sont d’ailleurs que superstitions, que nous espérons avec la grâce de Dieu changer en vraie religion, et comme dépouilles enlevées à l'ennemi les consacrer à l'honneur de Notre-Seigneur, et en profiter pour leur soulagement particulier. [ls n’épargnent rien, même les plus avares, pour soulager les âmes des défunts. Nous en avons vu quelques-uns dénués de toutes leurs commodités parce que, plusieurs de leurs amis étant morts, ils en avaient fait largesse à leurs âmes. Au surplus les chiens, les cerfs, les poissons et autres ont des âmes immortelles et raisonnables, à leur dire. Ils ne font mention ni de peine, ni de récompense dans le lieu où sont les âmes après la mort; aussi ne mettent-ils pas de distinction entre les bons et les mauvais, entre les vertueux et les vicieux, et ils honoreat également la sépulture des uns et des autres. Ils ont une infinité de superstitions: leurs festins, leurs médecines, leurs péches, leurs chasses, leurs guerres, bref quasi
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toute leur vie roule sur ce point ; les songes surtout ont ici un grand crédit.
“ Quant à ce qui concerne les mœurs, les Hurons sont lascifs, quoique, en deux chefs, moins que les chrétiens qui rougiront un jour devant eux. Vous n’y verrez point de baisers ni de caresses déshonnêtes. [ls sont gourmands jusqu'à rendre gorge ; mais ils supportent la faim beaucoup mieux que nous, pouvant, après deux jours de jeune, ramer, porter, rire, se réjouir comme s'ils avaient bien diné. [ls sont fort fainéants, menteurs, larrons, demandeurs im portuns. On voit reluire parmi eux d’assez belles vertus morales : en premier lieu un grand amour et union qu'ils sont soigneux de cultiver par le mariage, par des présents, par des festins, par de fréquentes visites. L’hospitalité envers les étrangers est remarquable : ils leur présentent dans les festins ce qu'ils ont préparé de meilleur. Ils ne refusent jamais leur porte à un étranger ; ils ne lui donnent jamais son congé, et quand il le prend de lui-même, il en est quitte pour un simple grand merci.
“ Que dirai-je de leur étrange patience dans la pauvreté, disette et maladies ? Nous avons vu cette année les villages entiers sur la litière, nourris d’un peu de sagamité insipide, et ce »endant pas un mot pour se plaindre, pas un mouvement d'impatience, Nos sauvages entendent parler de la mort sans se troubler, sans pälir, sans blémir. ”
Ces bonnes dispositions et ces qualités des Hurons faisaient concevoir au P. de Brébeuf les meilleures espérances. C'est sur elles qu'il comptait, avec la grâce de Dieu, pour bâtir l'édifice de la religion chrétienne parmi eux.