MOYENS EMPLOYÉS PAR LES PÈRES POUR CONVERTIR LES SAUVAGES
Pour arriver à convertir ces peuplades le P.
de Brébeuf et ses compagnons les PP. Davost et
Daniel se mirent d’abord à l'étude de leur lan-
que qui, à cause de la diversité de ses mots composés, est presque infinie. Le P. de Brébeuf comprenait à peu près tout ce que disaient les sauvages et pouvait se faire entendre d'eux, même dans l'explication de nos plus ineffa es mystères. Après l'étude de la langue, ils se mirent à visiter, à soigner et à instruire les malades, et dans ces pieux exercices ils eurent la consolation de conquérir des âmes au Seigneur jusqu'au nombre de treize, à qui fut donné le baptême. Beaucoup d’autres furent instruits et demandèrent le baptême avec instance, mais comme ils n'étaient pas en danger, le père préféra que leur instruction fût plus complète.
Le P. de Brébeuf profita de l'hiver qui ren-
rent neur onné ruits mais
pré-
ren-
dait les sauvages sédentaires pour commencer ses prédications, et faire bien comprendre aux Hurons que lui et ses compagnons étaient venus dans leur pays, non pour y faire un gain en trafiquant des pelleteries, mais pour leur annoncer le vrai Dieu et son fils Jésus-Christ, sauveur universel des âmes.
Ces prédications ou catéchismes, pendant lesquels le rév. père se servait “ du surplis et du bonnet carré, pour donner plus de majesté,” avaient lieu dans la cabane des pères. En commençant, on chantait le Paler noster, traduit en vers hurons par le P. Daniel, puis le P. de Brébeuf, après avoir fait faire le signe de la croix à tous les assistants, récapitulait ce qu'il avait expliqué à la dernière assemblée et expliquait quelque chose de nouveau. Le père s’appliquait à faire comprendre aux Hurons cette vérité mémorable que les âmes immortelles vont toutes après la mort en paradis ou en enfer. Les pères furent puissamment aidés dans les bons résultats qu'ils obtinrent dans cette région, d'abord par la bonne santé que Dieu leur conserva au milieu de la contagion qui décimait les sauvages ; car les Hurons pensèrent que s'ils croyaient en Dieu comme les pères ils ne mourraient pas en si grand nombre ; et en second lieu par l’assistance et les soins qu'ils prodiguérent aux malades.
Plus tard le père de Brébeuf fut appelé à une entreprise des plus importantes et des plus dif-
ficiles : s'établir dans le bourg de Teanaustayaé, le plus considérable du pays et le gagner à Dieu. Appuyé sur la divine Providence, le père réussit dans cette entreprise et obtint qu'on recevrait les jésuites dans le bourg et qu'on leur donnerait une cabane. À sa grande joie la sainte messe y fut célébrée le 25 juin 1639 ; cette résidence fat placée sous le vocable de St Joseph.
Dans ce bourg, le P. de Brébeuf déploya toutes ses qualités d’apôtre pour cultiver cette nouvelle vigne du Seigneur. Avec l’aide du P. Chatelain, il prit soin aussi des bourgs St-Michel et St-Ionace. La moisson fut abondante : le nombre des sauvages baptisés dans le seul bourg St- Joseph s'étant élevé à plus de deux cent soixantedouze dans l’année 1640. Mais pour gagner ces âmes et secourir ces pauvres sauvages dans leur misère, le P. de Brébeuf se livrait à tout son zèle, à toute sa charité. I] leur prodiguait les secours spirituels et corporels jusqu’à s’ôter souvent je pain de la bouche, et se faisait tellement tout à tous que, malgré leur barbarie, ils étaient forcés de reconnaître que sa bonté et sa charité étaient surhumaines.