‹ Les illustrations canadiennes [microforme]Chapitre 22 sur 65 · MARTYRE DES PÈRES DE BRÉBEUF ET LALEMANT · texte numérisé non relu

MARTYRE DES PÈRES DE BRÉBEUF ET LALEMANT

Le 16 mars 1649, un millier d’Iroquois, ennemis des Hurons, bien armés avec des armes à feu,données par leurs alliés, les Hollandais, après avoir la veille pris le bourg St-Ignace dont ils tuèrent tous les habitants, se ruèrent sur le bourg St-Louis, fortifié au moyen d’une solide palissade. Après deux assauts infructueux, les

Iroquois, bien supérieurs en nombre, se rendirent maitres du bourg. Ils y entrèrent en vainqueurs farouches et barbares, et jetèrent au milieu des flammes les vieillards, les malades, les enfants et tous ceux qui étant trop blessés ne pouvaient être amenés en captivité.

Dans ce bourg Saint-Louis se trouvaient alors les pères de Brébeuf et Grabriel Lalemant qui avaient soin de cinq bourgades composant la mission Saint-Jonace.

Les pères auraient pu, comme plus de 506 personnes quise sauvèrent à la première alarme, mettre leur vie en sûreté. Mais ils se devaient à leur troupeau et ils demeurèrent au milieu des combattants, l’un à la brèche baptisant les

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catéchumènes, l’autre donnant l’absolution aux néophytes ; tous deux excitant les chrétiens à mourir dans les sentiments de leur foi, dans l'amour de Dieu.

La plupart des combattants furent pris vivants par les [roquois et avec eux les deux pères de cette petite Eglise.

Dès qu'ils furent faits prisonniers, on les amena au bourg St-Ignace avec lesautres captifs. On les dépouilla de leurs vêtements, on leur arracha quelques ongles, et à l'entrée du bourg ils furent assaillis à coups de bâton sur les épaules, sur les reins, sur les jambes, sur l’estomac, sur le ventre, sur le visage.

Malgré la douleur que lui font subir tous ces coups, le P. de Brébeuf se préoccupe de son troupeau : ces chrétiens qu'il avait instruits et qui étaient captifs avec lui. “Mes enfants, leur “ disait-il, levons les yeux au ciel dans le plus “ fort de nos douleurs, souvenons-nous que Dieu “est le témoin de nos souffrances, et en sera “ bientôt notre trop grande récompense. Mou- “rons dans cette foi et espérons de sa bonté “ J’accomplissement de ses promesses, J'ai pitié “ plus de vous que de moi; mais soutenez avec “courage le peu qui reste de tourments, ils “ finiront avec nos vies; la gloire qui les suit “n'aura jamais de fin.” Ces ardentes paroles qui raffermissaient les chrétiens, augmentaient la rage des vainqueurs. Pour punir ces captifs de ne pas avoir ‘“ la langue captive,” ils coupent

à l’un les mains, ils percent l’autre d’alènes aigués et de pointes de fer ; ils leur appliquent sous les aisselles et sur les reins des haches rougies au feu, et leur en mettent un collier autour du cou, de sorte que chaque mouvement de leur corps leur causait une atroce douleur. Ils entourèrent leur corps d’une ceinture d’écorce, enduite de poix et de résine, et ils y mirent le feu.

Au milieu des plus grands tourments le père Gabriel Lalemant levait les yeux au ciel, invoquant Dieu à son secours. Le P. Jean de Brébeuf souffrait comme un rocher insensible aux feux, aux flammes, ne poussant aucun cri, silencieux, recueilli tout en Dieu son espoir, son soutien, Il s’arrachait à ce recueillement seulement pour prêcher ses bourreaux et surtout pour encourager les chrétiens, captifs comme lui.

Les [roquois veulent empêcher l’apôtre de se faire encore entendre ; ils le bâillonnent, lui coupent le nez et lui arrachent les lèvres ; “mais son sang parlait bien plus haut que n'’a- “ vaient fait ses lèvres.”

Pour se moquer du saint baptême, que ces bons pères avaient administré au plus fort du combat, ces barbares voulurent les baptiser d’eau bouillante. Deux et trois fois, tout leur corps en fut couvert au milieu des railleries et des insultes de ces sauvages. Mais plus les tourments devenaient grands, plus les pères

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demandaient à Dieu que leurs péchés ne fussent

pas la cause de la réprobation de ces pauvres aveugles auxquels ils pardonnaient de tout leur cœur.

Lorsqu'on les attacha au poteau où ils souffrireut tous ces tourments et où ils devaient mourir, ils se mirent à genoux, l’'embrassèrent avec joie comme l’objet de leurs désirs, de leur amour et un gage assuré de leur salut. Ils y furent quelque temps en prières, trop longtemps au gré de leurs bourreaux, qui arrachèrent les yeux au P. Lalemant et y appliquèrent des charbons ardents,

Avant la mort de ces martyrs, leurs bourreaux leur ôtèrent le cœur et le mangèrent de suite en buvant leur sang tout chaud qu'ils puisaient à sa source. On leur enleva aussi des morceaux de chair des cuisses, des jambes et des bras, et ces morceaux étaient rôtis sur des charbons et mangés avidement.

Le P, de Brébeuf avait eu la peau du crâne arrachée, les pieds coupés, les cuisses décharnées jusqu'aux os, et la mâchoire fendue en deux d'un coup de hache.

Le P. Lalemant avait reçu un coup de hache sur l'oreille gauche qui lui avait mis la cervelle à nu; toutes les parties de son corps avaient été grillées.

Le père Jean de Brébeuf endura les plus grands supplices pendant trois heures, le jour même où il fut fait prisonnier, le 11 mars 1649,

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et rendit son âme à Dieu, vers quatre heures du soir. Le père Gabriel Lalemant souffrit plus longtemps, depuis six heures du soir jusqu’au lendemain neuf heures du matin.

Les précieux restes des deux pères furent recueillis, le 21 mars, par un père jésuite et sept Français envoyés de la résidence Sainte-Marie. Ils furent ensevelis le même jour “ avec tant de consolation et des sentiments de dévotion si tendres chez tous ceux qui assistèrent à ces obsèques ” que tous semblaient souhaiter semblable mort, et paraissaient très heureux d'être en un pays où Dieu leur ferait la grâce de mourir comme les pères, en confesseurs de leur foi.

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