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NOTICE SUR LE P. GABRIEL LALEMANT

Donnons maintenant quelques notes biographiques sur le P. Gabriel Lalemant qui conquit la couronne du martyre en même temps que le P. de Brébeuf.

Le P. Lalemant était né le 31 octobre 1610 à Paris, et était entré dans la compagnie de Jésus le 24 mars 1630. Il était arrivé depuis six mois seulement dans cette mission des Hurons, et le dernier de tous, quand il fut choisi de Dieu pour être une des premières victimes immolées a ia haine du nom chrétien et de la foi.

Malgré sa complexion très délicate, et sa mauvaise santé, il y avait plusieurs années que le P. Lalemant demandait à Dieu avec des

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larmes et des soupirs d'être envoyé à la mission des Hurons. Le père, qui avait quitté le monde dès sa plus tendre jeunesse, était de la plus grande innocence, de la plus grande pureté.

Depuis qu'il était parmi les Hurons, il s'était donné avec une si grande ardeur à l'étude de leur langue, et y avait fait des progrès si étonnants que ses confrères ne doutaient pas que Dieu ne voulut se servir de lui en ce pays pour l’avancement de sa gloire.

Le P. Gabriel est mort comme il le souhaitait ardemment, pour sa foi, pour son Dieu. Il avait la volonté du martyre ; il en reçut la couronne.

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Fondatrice des Ursulines de Québec

VISION DE LA MÈRE MARIE DE L'INCARNATION AU SUJET DU CANADA ET DE MME DE LA PELTRIE.

Cette révérende mère raconte comme suit une vision qu'elle eut quand elle était dans la communauté des ursulines de Tours.

“ L'an 1633, vers la fin de l’année, peu après que j'eus fait ma profession religieuse, m'étant retirée, à l’issue de matines, dans notre cellule, il me sembla dans un léger sommeil que je pris par la main une jeune dame séculière, et que marchant avec elle d’un pas plus prompt que le sien, je la devançais toujours sans néanmoins la

laisser. Notre chemin était vers le lieu où on s'embarquait, Nous allämes toujours de compagnie durant notre voyage, jusqu'au lieu où nous devions nous rendre. Enfin nous arrivèämes à un grand pays.

‘“ Etant descendues à terre, no 5 montämes sur une côte par un passage, comine de la largeur d'in portail ; à côté de cette ouverture, parut un homme vêtu à la façon dont on dépeint les apôtres, qui, nous regardant bénignement ma compagne et moi, me fit signe de la main, me donnant à entendre que c'était là notre chemin pour aller à notre demeure, et quoique il ue parlät pas, son signe me servait d'adresse pour aller à une petite église, située sur la côte. Cette place était carrée de la forme d’un monas-

tère, les bâtiments beaux et réguliers. (Cepen-

dant sans m'arrêter à en considérer la struc-

ture, mon cœur était attiré vers cette petite église, qui m'avait été montrée par le gardien de ce pays.

‘ Jesentais toujours ma compagne après moi ; et, en avançant, je vis un chemin qui conduisait au bas de ce grand pays, qu'en un moment je considérais tout entier : il me parut couvert d’un brouillard épais, au milieu duquel j'entrevis une église, quasi enfoncée dans ces ténèbres, en sorte qu’on n'en voyait que le faîte. Ces obscurités qui remplissaient ce pauvre pays étaient affreuses et paraissaient inaccessibles. Ma compagne cependant me quitta et descendit

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quelques pas dans l'épaisseur de ces brouillards. Pour moi, qui, dès le commencement, avais eu signe d'aller vers une petite église qui était sur le bord de la côte, où nous étions, je n’aspirais qu'à y arriver au plus tôt ; elle était d’un beau marbre blanc, orné d'une sculpture à l'antique. La sainte Vierge était assise au-dessus, tout au milieu, et regardait ce grand pays, portant en son sein le saint enfant Jésus. La Mère et le Fils me paraissaient de marbre ; cependant leur attrait était si charmant qu’il me semblait que je ne sereis jamais arrivée assez tôt pour contenter ma dévotion.

“J'y arrivai enfin, pleine d’une ardeur qui me consumait. Pour lors je fus surprise, car en levant les yeux, je trouvais que la sainte Vierge et son divin Enfant n'étaient plus de marbre, mais de chair, et que cette Mère sucrée jetait ses regards pleins de pitié sur ce pays désolé, et que, baissant la tête, elle entretenait le petit Jésus ; il me semblait aussi qu’elle lui parlait de moi, ce qui m’enflammait le cœur de plus en plus.

“ La beauté du visage de la sainte Vierge qui paraissait quinze à seize ans, était caressante ; l'impression en est encore entière dans mon esprit.

“ Là-dessus, je m'éveillai avec une grande idée pour la conversion du pays que j'avais vu ; je n'avais cependant aucune vue de ce que pouvait signifier cette vision ; tout m'était un mys-

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tère que je n’entendais pas, parce que en tout cela il ne me fut pas dit une seule parole. Un jour donc que j'étais devant le saint Sacrement, je reçus tout à coup une nouvelle impression de cette même vision, et tout ce que j'avais vu de ce grand pays fut représenté à mon esprit dans toutes ses circonstances.

“ La divine Majesté, en cette vision, me dit intérieurement : C’est là le Canada que je t'avais montré, il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marie. Je n'avais jusqu'alors jamais entendu parier du Canada que lorsque, pour faire peur aux enfants, on les menaçait de les envoyer en Canada ; je le prenais pour un mot d'épouvante ou de raillerie. Pour cet homme qui en était le gardien, je ne pus douter que ce ne fut saint Joseph, Jésus et Marie ne pouvant être sans lui. ”

Six ans après que la mère Marie de l’Incarnation eut été favorisée de cette vision, la communauté des ursulines de Tours était dans la joie, dans ie ravissement. On venait d'apprendre qu'une grande dame s’y rendait afin d’y choisir avec l'autorisation de l'archevêque de Tours, des ursulines pour l'accompagner en Canada, où elle avait le dessein &’aller fonder une communauté ayant pour but l'instruction des filles des

sauvages.

Dès l’arrivée de cette dame, toute la communauté qui l’attendait “ en cérémonie ” la conduisit au chœur au chant du Veni creator et du

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Te Deum. Toutes les sœurs pleuraient de joie à la vue de cette pieuse dame qu’elles regardaient comme un ange du ciel.

“ Pour moi, dès que je l’eus envisagée, dit la mère Marie de l’Incarnation, je me souvins de ma vision, et je reconnus en elle la compagne qui s'était jointe à moi, pour aller à ce grand pays qui m'avait été montré. Sa modestie, sa douceur, et son teint m’en renouvelèrent l’idée ; tous les traits de son visage me parurent être les mêmes. ”

Cette pieuse dame, que la mère Marie de l'Incarnation reconnut pour la compagne de sa vision, était MARIE-MADELEINE DE LA PELTRIE.

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